BOURLOTON. Imprimeries réunies, À, rue Mignon, 2, Paris.

BULLETIN

SOCIÉTÉ BOTANIQUE

D

DE FRANCE

FONDÉE LE 23 AVRIL 1854

ET RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE

PAR DÉCRET DU 17 AOÛT 1875

TOME TRENTE-DEUXIÈME

(Deuxième série. ToME VII‘)

PARIS

AU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ

RUE DE GRENELLE, 84

1885

SOCIÈTÉ BOTANIQUE

DE FRANCE

SÉANCE DU 9 JANVIER ISS2.

PRÉSIDENCE DE Me BESCHERELLE.

M. Bescherelle, en prenant place au fauteuil, prononce l'alloeu- tion suivante :

Messieurs,

Depuis 1854, date de sa fondation, la Société botanique de France a presque toujours choisi ses présidents parmi les hommes haut placés dans la science, et qui avaient acquis une grande notoriété, soit par leur enseignement, soit par d'importants travaux d’organographie ou de bota- nique descriptive; et elle avait raison de mettre ainsi à sa tête ces grandes illustrations qui faisaient rejaillir sur elle l’éclat de leur célébrité. Vous avez cependant quelquefois, Messieurs, dérogé à cet usage, et, comme pour les encourager à persévérer dans leur voie, vous avez à plusieurs reprises porté vos suffrages sur des botanistes qui, plus spé- cialement attachés à l'étude de certaines classes de la cryptogamie, s’élaient fait une place à part dans la science. C’est ainsi que vous avez acclamé en 1872 et en 1877 deux mycologues, MM. Cordier et de Seynes ; en 1874, un lichénologue, M. Fée, et en 1882 un algologue, M. Bornet. Cette année, la Société a voulu encore manifester l'intérêt qu’elle porte à toutes les branches de la cryplogamie, en élevant à Ja présidence un bryologue, qui, s’il n’a pas la notoriété des botanistes que je viens de nommer, a du moins, depuis vingt ans, consacré le temps que lui laissaient ses occupations professionnelles à l'étude et à la des- cription des Mousses de nos colonies, et posé ainsi un jalon pour rédaction de la flore coloniale de la France.

T. XXXII (SÉANCES) 1

SÉANCE DU 9 JANVIER 1885.

19

Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien agréer mes plus vifs remer- ciements pour l’honneur que je reçois de vous, et que je considère comme une haute récompense de mes modestes travaux. À défaut de la science de mon éminent prédécesseur, je vous apporte ma bonne volonté; je ferai tous mes efforts pour ne pas être au-dessous de la tâche qui m'est confiée, et je suis certain de pouvoir, à l’avance, compter sur le zèle éclairé de mes collègues du Bureau, et sur votre bienveillant concours, Messieurs, pour mw’en faciliter l’accomplissement.

M. Mangin, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance du 26 décembre dernier, dont la rédaction est adoptée. M. le Président annonce cinq nouvelles présentations.

Dons faits à la Société :

E. Bucquoy, Étude de la famille des Cypéracées des Pyrénées-Orien- tales.

Stanislas Meunier, Traité de Paléontologie pratique.

Leiller, Note sur les Fougères du terrain houiller du nord de la France.

De Ficalho et Daveau, Jndexr seminum horti botanici Scholæ poly- technice olyssiponensis, 1884.

Report of the Commissioner of Agriculture for the year 1883 (Dépar- tement de l’agriculture de Washington).

Journal and Proceedings of the Royal Society of New-South-Wales for 1883.

De la part de M. Bescherelle :

Brotherus, Études sur la distribution des Mousses au Caucase. S. 0. Lindberg, Historiska data rôrande var kännedom om Moss- sporens groniny.

De la part de M. le Ministre de l’Instruction publique :

MissiON SCIENTIFIQUE AU MEXIQUE ET DANS L’AMÉRIQUE CENTRALE. Recherches zo0ologiques. 1 partie : Anthropologie du Mexique, par M. Hamy. {°° livraison.

HERBIER FORESTIER DE LA FRANCE : Descriplion botanique, situation. culture, qualités, usages, par Eugène de Gayffier. 4 vol. relié in-folio.

M. Malinvaud attire Pattention sur les belles photographies, au nombre de 85, représ entant avec une admirable fidélité les essences foreslières, qui donnent une grande valeur au livre de

FRANCHET. PLANTES DU YUN-NAN. 3

M. de Gayffier. II ajoute que c’est grâce à une démarche person- nelle de M. Duchartre que la Société a obtenu pour sa bibliothèque la concession de ce précieux ouvrage depuis longtemps épuisé, et dont il ne restait qu’un exemplaire disponible dans les dépôts du Ministère.

M. Bornet dépose sur le bureau, en l'offrant à la Société au nom de l’auteur, un ouvrage intitulé : Les Butrachospermes, organisu- lion, fonctions, développement, classification, par M. J. Sirodot, doyen de la Faculté des sciences de Rennes.

M. Franchet fait à la Société la communication suivante :

PLANTES DU YUN-NAN RÉCOLTÉES PAR M. L'ABBÉ DELAVAY, par M. A. FRANCHET.

M. l'abbé Delavay, prêtre des Missions étrangères, a fait récemment parvenir au Muséum une petite collection de plantes recueillies par lui dans le nord du Yun-nan, il réside depuis près de trois ans. Toutes ces plantes, et beaucoup d’autres qu’il n’a pu expédier à cause de la guerre, ont été récoltées dans les hautes montagnes, à des altitudes quelquefois supérieures à 3000 mètres, principalement dans le voisinage de la ville de Tali et du grand lac qui porte ce nom, situé par le 26° de latitude N., presque à l’une des extrémités de cette longue chaîne qui court du nord au sud, depuis le Yun-nan jusqu’à la pointe de l’Annan.

La végétation du Yun-nan est à peu près inconnue. Le D' Anderson, attaché comme médecin et naturaliste à l’expédition du major Sladen, put réunir une collection d'environ 800 espèces, déposée aujourd’hui dans Pherbier de Calcutta et faite principalement dans les montagnes de Khasien, ou aux environs de Momien et de Hotha. Malheureusement beaucoup de ces plantes, récoltées sans fleurs ni fruits, ne sont pas dans des conditions qui permettent une détermination rigoureuse. Celles que M. S. Kurz a pu nommer, et qui font le sujet d’une note insérée dans le Journal of Botany (1873, p. 193), semblent indiquer une végétation participant à la fois de celle du Japon, de la Chine, du nord de l’Inde et aussi, pour une petite part, de celle de Java; le nombre des espèces autonomes est très restreint, peut-être parce qu’elles n’ont pu être reconnues, pour la plupart, à cause de l’imperfection des échantillons.

Les plantes envoyées par M. l'abbé Delavay présentent une affinité beaucoup plus grande avec les formes himalayennes, en même temps que le nombre des espèces autonomes y est bien plus considérable, au moins dans certains genres (Gentiant, Primula); il s'élève à 45 pour 100 du

4 SÉANCE DU 9 JANVIER 1885.

chiffre total des plantes reçues. Il est évident que, en raison du petit nombre des espèces connues de cette région, il serait prématuré de s'étendre plus longuement sur les relations géographiques de la flore du Yun-nan. Si les collections faites par M. Delavay, et dont le chiffre s'élève à plus de 1000 espèces pour la seule année 1883, parviennent heureu- sement au Muséum, j’espère pouvoir en entretenir la Société, ce sujet

étant tout particulièrement intéressant pour les études de géographie botanique.

Thalictrum alpinum L. In montibus e viciniis Tali; jul. 1883; 47.

Anemone obtusiloba Don. In monte Hee-chan-men, supra Lan- kong ; 2 jun. 1884; 49.

Anemone rupestris Don. In monte Hee-chan-men, supra Lan- kong ; 16 oct. 1883 ; 2.

Anemone polyanthes Don. -- In monte Hee-chan-men, supra Lan- kong ; 15 maj. 1884; 41.

Anemone cœælestina, Sp. nov. (Anemonanthea). Khizoma cras- sum. Folia plus minusve longe petiolata, e basi integrà cuneatà ovato-sub- triloba, lobis obtusis, intermedio inciso-crenato, lateralibus minoribus integris vel unà alterâve crenà auctis, supra dense puncticulata, sparse pilosa, subtus sericeo-villosa. Pedunculi villosi, erecti vel ascendentes. Involucrum trifoliatum, foliolis integris ovato-lanceolatis, acutis vel ob- tusis ; sepala 5, ovata, oblusa, exlus piloso-sericea, intense cærulea vel intus albida ; filamenta staminum complanata, lata, glabra. Ovaria dense rufo-sericea ; stylus brevis, apice uncinatus. Fructus . . . -— Folia polli- caria vel paulo longiora, in parte dilatatà 20-25 mili. lata ; pedunculi 1-2 decim. ; flores 15-20 mill. diam. |

In monte Hee-chan-men, supra Lan-kong ; 2 jun. 1884; n°° 3 et 48.

Belle espèce à fleur d'Hépatique. Elle est très voisine de l'A. trulli- folia Hook. et Thomps., dont elle n’est peut-être qu'une variété remar- quable ; elle en diffère par ses feuilles plus longuement cunéiformes à la base, couvertes en dessus de fines ponctualions et portées par un pétiole non dilaté inférieurement ; mais c'est surtout la coloration des fleurs qui permettra de distinguer sûrement les deux plantes : elles sont d’un Jaune d'or dans l’A. frullifolia.

Ranunculus Cymbalariæ Pursh. In paludibus ad fauces montis Koua-la-po, prope fo-kin ; 26 maj. 1884 ; 60.

Ranunceulus pulchellus C. À. Mey. [n paludibus ad fauces montis Koua-la-po, prope Ho-kin ; 26 maj. 1884; 61.

F

FRANCHET. PLANTES DU YUN-NAN. D Ranuneulus yunnanensis, Sp. nov. Rhizoma breve, ad collum

fibrillis rigidis (petiolorum anni præteriti vestigiis) dense vestitum. Caulis gracilis, erectus, vix ultra digitalis, superne pubescens. Folia pallide viridia, triplinervia, margine albido crasso cincta, apice crenis vel denti- bus tribus erosa, radicalia longiter petiolata, petiolo basi membranaceà dilatato, limbo ovato, veletiam fere orbiculato ; caulina (1 vel 2) oblonga, superiora linearia integra. Sepala sub anthesi patentia, pilosa ; petala lutea, late obovata. Carpella in capitulum sphæricum congesta, ovata, inflata, dense et breviter hirtella, stylo elongato, gracili, obliquo, vix incurvato. Folia 12-18 mill. longa; flores parvi, vix 1 cent. diam. ; carpella illis R. Cymbalariæ paulo majora. In monte Hee-chan-men, supra Lan-kong ; 11 jul. 1883; 4.

La forme des feuilles rappelle assez bien celles du R. plantagini- folius ; mais le R. yunnanensis n’a pas de stolons et la forme des car- pelles est toute différente. C’est à côté du R. affinis R. Br. qu'il doit prendre place,

Callianthemum eachemirianum Cambess. In cacumine montis Koua-la-po, inter Tali et Ho-kin ; 26 maj. 1884; 38.

Dentaria repens, Sp. nov. E Dentariä tenuifoliä Ledeb. vx distinguenda nisi rhizomate elongato, tenui, horizontali, noduloso, ad nodulos radiculas emittenti ; in D. tenuifolià rhizoma valde abbrevia- tum, fibrillas filiformes producens, apice tuberculigeras.

In faucibus Han-tchang-kiou, secus viam e Tali ad Ho-kin ducentem ; 27 maj. 1884; Go.

Draba, species. Affinis Drabæ elatæ Hook. et Arn., sed folia inte- gerrima, pilis stellatis dense vestita.

In rupibus calcareis montis Koua-la-po ; 29 maj. 1884; 44.

Viola Hookert Thomps. In cacumine montis Hee-chan-men, supra Lan-kong ; 2 jun. 1884; 40.

Le rhizome, un peu épaissi au collet, est très grêle, presque perpen- diculaire, et présente souvent des renflements noueux.

Viola Patrinii DC. In pratis siccis ad Mo-so-yun, prope Lan- kong ; 28 maj. 1884; 39.

Polygala triphylia Hamilt. In monte Yang-in-chan, supra Lan- kong ; 20 jul. 1883; 39 bis.

Linum perenne L. In lapidosis ad Mo-so-vun ; maj. 1883; 43.

Guldenstaedtin Delavayi, Sp. nov. Sericeo-pilosa. Petioli longe nudi, foliolis ovatis, obtusis, 4-6 jugis ; peduneuli folia subæquantes. Flo- res (4-6) umbellati; calvx dense et adpresse pilosus, dentibus lineari- lanceolatis, acutis; corolla purpureo-violacea, calyee duplo longior,

6 SÉANCE DU Ÿ JANVIER 1885.

vexillo late ovato. Legumen parvum, 10-12 mill. longum, lineari-cylin- dricum, obtusum, pilis albis hispidum, valvis purpureo-maculatis. In pratis siccis ad Mo-so-yun, prope Lan-kong; 28 maj. 1884; 42.

Voisin du G. pauciflora, mais assez distinct par ses fleurs plus nom- breuses et non pas réduites à 1-3, il s'éloigne du G. mirpourensis, sur- tout par ses fruits sensiblement plus courts.

Poterium filiforme Hook. fil. In paludibus ad transitum montis Koua-la-po, prope Ho-kin ; 26 maj. 1884; 63.

Potentilla anserina L. [n paludibus ad Kang-hay-tze, in monte Hee-chan-men, supra Lan-kong ; 2 jun. 1884; 51.

Saxifraga Delavayi, Sp. nov. (Berchemia). Rhizoma elongatum, digiti minoris crassitie. Stipulæ latæ, membranaceæ glaberrimæ. Folia utraque facie glabra, petiolo brevi; limbus e basi attenuatà late obova- tus, margine cartilagineo angustissimo cinctus, inferne setis raris ciliatus, cæterum præsertim apice subtilissime denticulatus ; pedunculus inferne pilis rufis sparsim pubescens, superne lanuginosus. Flores racemosi pauci (6-7), cernui ; pedicelli calyce longiores dense rufo-lanuginosi ; calyx late campanulatus, pilis rufis strigosis præsertim basi vestitus, ultra medium 5-lobatus, lobis apice rotundatis, margine anguste cartilagineis nec cilia- tis; corolla purpurea, late aperte campanulata, violaceo-purpurea, petalis late obovatis. apice leviter emarginatis, in unguem limbo breviorem atte- nuatis vel etiam contractis; stamina glabra; styli corollà breviores. Folia 8-10 cent. longa (incluso petiolo 10-15 mill.); scapus vix ad 2 decim.; calyx circiter 10 mill. long., 8 mill. basi latus; petala 15-18 mill. longa.

In monte Trong-chan, supra Tali; 4 jun. 1884; 30.

Belle espèce à grandes fleurs d’un pourpre violacé largement ouvertes, campanulées, une fois plus grandes et plus larges que celles du S. pur- purascens ; ses feuilles présentent seulement quelques rares cils vers la base, etsont très obscurément dentées, surtout au sommet, caractères qui font du S. Delarayi un intermédiaire entre le S. purpurascens et le S. Stracheyi. H diffère de l’un et de l’autre par les dimensions de sa corolle et la forme élargie des pétales.

Chrysosplenium Griffithii Hook. et Thomps. In umbrosis supra transitum montis Koua-la-po, prope Ho-kin; 26 maj. 1884; 62.

Chrysosplenium Davidianum Decne. In umbrosis silvarum inter fauces Lan-kien-ho, prope Lan-kong; 26 april. 1884; 36.

A la description insuffisante donnée par M. Maximowiez (Diagn. 1, p.162) on peutajouter : Perianthium membranaceum, in siceo badium, qua- drifidum, lobis rotundatis, concavis. Stamina 8, perianthium subæquan-

FRANCHET. PLANTES DU YUN-=-NAN. 1

tia, inter lobos disei tenuis perigyni alte inserta, antheris luteis. Ovarium semisuperum, profunde bifidum; semina ignota. —- Rhizoma gracile elongatum, hypogæum.

Le C. Davidianum, placé avec doute par M. Maximowiez, qui n’en avait vu que des sommités incomplètes, dans le voisinage du C. alterni- folium, appartient en réalité au Dialysplenium, à cause de son ovaire semi-supère ; ou, pour mieux dire, il forme avec plusieurs autres espèces le passage entre les Gamosplenium à ovaire tont à fait infére, et les vrais Dialysplenium à ovaire presque complètement libre, et dont les éta- mines sont plus sensiblement périgynes. Les spécimens du Yun-nan dif- férent très peu de ceux de Mou-pin, par leurs feuilles radicales et florales plus grandes.

Chrysosplenium yunnanense, Sp. nov. (Dialysplenium). Humile, glabrum, e basi ramosissimum, ramis decumbentibus, fere usque ad api- cem florigerum radicantibus. Folia opposita crassiuscula, parvula (5-6 mill. longa, superiora duplo minora), limbo orbiculari, basi breviter attenuato vel emarginato, multicrenato. Flores subsessiles, perianthii Jobis orbiculatis; stamina 8, perianthio paulo breviora, juxta partem ovarii liberam inserta. Ovarium profunde bilobum, vix e tertià parte in- feriori immersum. Capsula matura oblonga, acuta, perianthium paulo vel e tertia parte superans. Semina ovata, lucida, levissima.

In faucibus montis Lan-kien-ho, supra Lan-kong ad fontes; 26 apr 1884; 3.

Port du C. nepalense, mais très différent par sa capsule brièvement infère, aiguë et non pas seulement semisupère et obtuse. La place du C. nepalense est à côté du C. macrocarpum. I s’en distingue facilement par ses petites dimensions, sa capsule plus courte et surlout par ses éta- mines incluses.

C. Delavayi, Sp. nov. (Gamosplenium). Humile, glabrum, flaccidum ; stolones epigæi, ad nodos sæpius radicantes præter rosulam terminalem folia tantum 2 opposita ad medium gerentes. Folia membranacea, longi- ter pedunculata, limbo orbiculari, basi truncato vel leviter emarginato, obscure multicrenato, crenis incumbentibus; caulis floriferus fere nudus, inferne tantum foliatus; folia floralia sensim minora. Flores breviter pedicellati; perianthii herbacei lobi rotundati; stamina 8, filamentis brevibus e crenis disei paulo exsertis, perianthio paulo brevioribus. Discus eximie epigynus, profunde crenatus, crenis 8, transverse quadratis. Ova- rium depressum, immersum, stylis sub anthesi brevissimis. Capsula ma- tura perianthio multo brevior, lobis parum distinctis. Semina ovata, 15-costata, inter costas leves dense transversim striolata.

8 SÉANCE DU 9 JANVIER 1885.

In faucibus montis Lan-kien-ho, supra Lan-kong, in umbrosis silva- rum ; 26 april. 1884; 34.

Diffère du C. baicalense Maxim., seule espèce avec laquelle il peut être comparé, par labsence de villosité confervoïde, par ses propor- tions beaucoup moindres, par ses graines ovales très obtuses et non aiguës, striées transversalement entre les côtes.

Parnassia mysorensis Heyne. In monte Hee-chan-men, alt. 3000"; supra Lan-kong; 15 aug. 1883; 33.

Parnassia Wightiana Wall. Secus rivulos ad Lan-kong, prope Tali; 14 jul. 1883; 32.

Forme typique, à pétales frangés de longs cils dans leur partie inférieure.

Parnassia Wightiana Wall, var. microblephara. Petalorum un- guis breviter et parce ciliatus ; petala e basi longe attenuatà obovata, usque ad 2 cent. longa. Inter P. mysorensem et P. Wightianam quasi media,

Ad fauces montis Koua-la-po, inter Tali et Ho-kin, alt. 2500" ; 24 jul. 1884; 31.

Cireæa alpina L. In monte Che-tcho-tse, supra Houeng-kia-pin, prope Tali; 23 aug. 1884; n°5.

Nardostachys Jatamansi DC. —— In saxosis umbrosis montis Mao- kou-tchong, supra Ta-pin-ize, prope Tali ; 29 aug. 1883 ; 28.

La forme envoyée du Yun-nan par M. l'abbé Delavay se rapporte tout à fait à la figure donnée du N. Jatamansi par De Candolle (Mém. sur les Valér. pl. 1); ses feuilles sont étroitement lancéolées, et les bractées oblongues; elle offre cette particularité que les racines sont inodores ou à peu prés.

Morina betonicoides Benth. In monte Tehong-chan, supra Tali; 2 jun. 1883; no 29,

Morina Delavayl, Sp. nov. Caulis semi-pedalis, puberulus. Folia parallele nervata, glabra, integra, margine ciliato-spinnlosa, dimorpha, foliis rosularum sterilium oblonga, caulinis paucis late ovatis, supre- mis amplexicaulibus. Flores dense capitulati, intense purpurei; bracteæ late ovatæ, integræ, spinulis secus margines præsertim basin versus fas- ciculatis; calyeis limbus campanulatus, apice oblique truncatns, inæqua- liter 9-dentatus, spinuloso-ciliatus ; corolla pilosa, tubo calycem longe superante, incurvo, limbo ampliata ; stamina didynama. |

In monte Hee-chan-men, prope Lan-kong; 2 jun. 1884 ; 52.

Voisin du M. betonicoides Banth., qui paraît caractérisé par ses

FRANCHET., PLANTES DU YUN-NAN. 9

feuilles toutes étroitement lancéolées, même les caulinaires, par sa corolle plus petite, par son calice à dents beaucoup plus grandes.

Cyananthus barbatus, Sp. nov. Caulis e basi fruticulosà ramosus, ramis decumbentibus, gracilibus, hirtellis, ad apicerm usque foliatis. Folia alterna, petiolata, limbo parvo, angulato-reniformi, supra glabro, sublus pilis albidis strigosis adpressis dense veslitis. Flores breviter pedicellati, ramos terminantes; calyx tubulosus, basi truncatus, intus sparse pilo- sus, extus ad nervos pilis albidishirtellus, c#terum glaber, quinqueden- tatus, dentibus lanceolatis, ciliatis, apice incrassatis et quasi extus cucul- latis, tubo brevioribus ; corolla intense cærulea, tubo cylindrico intus piloso, calyce subduplo longiori ad faucem pilis longis exsertis hirto ; limbus patens, lobis ovato-lanceolatis tubo paulo brevioribus. Ovarium lageniforme, pilis conspersum, triloculare ; stylus brevis, parte stigmati- ferà 5-partità, lobis demum incurvis. Caules 12-20 cent. longi; folia 45 mill. Dnga et paulo latiora; flores subpollicares, calvee eirciter 8 mill. longo.

In cacumine montis Hee-chan-men, supra Lan-kong, 3000 m. ; 16 aug. 1833; 7.

Picris formosa D. Don. In monte Hee-chan-men, supra Lan- kong; 15 maj.; 77.

Rhododendron eapitatum Maxim. In cacumine monti Koua-la-po, prope Ho-kin ; 26 maj. 1884; 58.

Très voisin du R, parviflorum Adams, dont il n’est peut-être qu'une variété ; il en diffère seulement par son calice membraneux, à lobes sou- vent très inégaux, lancéolés, obtus, longuement fimbriés sur les bords. Dans le R. parviflorum le calice est épais, coriace, à lobes arrondis, très courts.

Rhododendron cephalanthum, Sp. nov. Pedale vel sesquipedale, ramosum, cortice ramorum anni præteriti cinereo, facile detersili, ramulis hornotinis breviter setuloso-glandulosis. Folia obovato-oblonga, in pe- tiolum 5-6 mill. longum attenuata, supra intense viridia, asperata, subtus dense lepidota, squamis elevatis, fuscis ; perulæ ovatæ, ciliolatæ, juvenilibus lepidotis. Flores 8-15 ad apicem ramorum dense congesti; calyx breviter pedicellatus, bracteolà lineari stipatus, membranaceus, lepidotus, campanulatus, ad medium vel paulo ultra 5-lobus, lobis inæ- qualibus margine ciliatis, nune apice rotundatis, nunc subacutis; corolla alba, glabra ; tubus cylindricus, calyce vix duplo longior (1 cent. circiter longus), intus dense villosus ; limbus explanatus tubo subduplô brevior, lobis rotundatis basi sese invicem obtegentibus; stamina 7-8, tubo bre- viora, filamentis sparse pilosis. Ovarium lepidotum.

In cacumine montis Koua-la-po, prope Ho-kin ; 26 maj. 1884: 59.

10 SÉANCE DU 9 JANVIER 1885.

Espèce intermédiaire entre le R. anthopogonoides Maxim. et le R. anthopogon Don. Elle diffère du premier par le tube de la corolle beaucoup plus court, et par ses feuilles atténuées à la base; du À. an- thopogon, par ses fleurs plus nombreuses, par ses filets staminaux poi- lus; elle s'éloigne de l’un et de l’autre par ses fleurs blanches, par les écailles de la face inférieure des feuilles, qui sont très saillantes.

Rhododendron eampylogynum, Sp. n0V. Pumilum, e basi ramo- sum. Ramuli hornotini scabri. Folia coriacea, oblonga vel ovato-oblongæ crasse mucronulata, in petiolum brevem attenuata, supra lucida, gla- berrima, subtus parce vel vix squamulosa, marginibus revolutis et serie squamulorum impressà notatis. Flores terminales, sæpius gemini, cernui; pedunculi elongati; calycis lobi glabri, sub anthesi fere orbiculares, corollà sextuplo breviores, demum accrescentes; corolla glaberrima, purpureo-violacea, perfecte campaniformis, ad quartam partem 5-loba, lobis rotundatis; stamina 8, tubi longitudine, filamentis basi dilatatis, infra medium breviter hispidis; stylus elongatus e medio sub angulo fere recto deorsum inflexus, inter lobos corollæ exsertus. Ovarium dense lepidotum. Capsula ovato-oblonga, obtusa. Fruticulus vix ultra semi- pedalis vel humilior ; folia 20-25 mill. longa, 12-15 mill. lata.

In rupibus graniticis montis Tsang-chan supra Tali ; 14 juin 1884.

Port du R. pumilum Hook. fil. Il s’en distingue surtout par &es feuilles glabres en dessus, peu ou pas écailleuses en dessous; par sa corolle glabre et uon pas pubescente en dehors, comme dans la plante de Hooker ;

par son calice également glabre, et surtout par son style courbé à angle droit dans le milieu.

Androsace rotundifolia Hardw. var. axillaris. Cymæ umbelli- formes 2-3 superpositæ, scilicet 1-2 inferiores laterales, ad insertionem foliorum superiorum quasi axillares. Pro cæteris ut in formà tvpica.

In monte Hee-chan-men, supra Lan-kong, alt. 3000 m.; 15 maj. 1883 ; 20.

Androsnee rotundifolia, var. dissecta. Folia fere ad basin usque

tripartita, segmentis lateralibus profunde trifidis, lobis a basi cuneatà breviter trilobulata.

In herbidis ad fauces montis Koua-la-po dictas, inter Tali et Ho-kin ; 26 maj. 1884; 55.

Androsace strigillosa. À. foliosa Klatt, in Linn. XXXII, P. 293 (non Duby); 4. sarmentosa Wallich, var. 2. grandifolia Hook. FL. of Br. Ind. TT, p. 498. Exsicc. Hook. et Thomps. Androsace, 10. Tota, præter flores, pilis strigillosis patentibus (in peduneulis longioribus) plus minus dense vestita. Rhizoma elongatum pennæ anserinæ crassilie,

VAN TIEGHEM. CANAUX A GOMME DES STERCULJACÉES. 11

ad collum vestigiis foliorum anni præteriti obsitum, breviceps, rosulas plures sessiles emittens, pluribus sessilibus, altera florifera. Folia e basi longe attenuatà anguste oblonga vel obovata, obtusa val subacuta; brac- teæ ovatæ vel lanceolatæ, parvæ ; calyx obconicus, breviter 5-lobus, lobis ovatis; corolla purpureo-violacea, parva, lobis late obovatis, leviter emarginatis.

a. mutica. Folia oblonga vel late obovata, apice callosa; folia plus minus dense vestita. Flores pauci, nonnulli sub anthesi longe pedicellati.

Sikkim, regione alp., alt. 13-14000 ped. (Hooker et Thomps. Andr. 10).

B. spinulifera. Planta dense vestita. Folia angusta (5-7 mill. lata), in apiculum spinulosum rigidum desinentia, foliis rosularum juveni- libus pungentibus. Flores numerosi, dense capitati, breviter pedicellati.

In monte Hee-chan-men, supra Lan-kong; 2 jun. 1884; 53.

Espèce paraissant bien distincte de l'A. sarmentosa par ses caractères végétatifs, la nature de son indument formé de poils strigilleux et non pas lanugineux, par l’absence de stolons, etc.

M. Van Tieghem fait à la Société la communication suivante :

SUR LES CANAUX A GOMME DES STERCULIACÉES, par M. Ph. VAN TIEGHEM.

Les Malvacées (y compris les Bombactes), les Tiliacées et les Stercu- liacées (y compris les Buettnériées), possèdent en commun plusieurs caractères anatomiques importants, et cette communauté de structure, jointe à la conformité bien connue de l’organisation florale, vient à l'appui de l’opinion suivant laquelle ces trois groupes sont bien plutôt les trois tribus d’une seule et même famille que trois familles distinctes (1). Bornons-nous ici à citer deux de ces caractères communs.

Partout la tige et la racine ont un liber secondaire stratifié, c’est-à- dire dans lequel des couches de fibres alternent régulièrement avec des couches de tubes criblés ; d’un faisceau à l’autre, ces libers secondaires sont séparés par des rayons de parenchyme progressivement élargis en dehors en forme d’éventail, et dont les cellules, fortement dilatées sui- vant la tangente, contiennent en grand nombre des macles d’oxalate de chaux. C’est l’organisation bien connue dans les Tilleuls, mais qui se retrouve dans les Mauves et les Bombax aussi bien que dans les Tilleuls, dans les Sterculia et les Buettneria aussi bien que dans les Mauves. On

(1) Ph. Van Tieghem, Traile de botanique, 1883, p. 1440.

42 SÉANCE DU 9 JANVIER 1885.

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sait qu’elle se rencontre aussi chez les Diptérocarpées, qui, sous ce rapport, se rapprochent intimement des trois groupes dont il est ici question.

Partout aussi il y a production plus ou moins abondante de gomme ou de mucilage ; mais cette propriété ne se manifeste pas de la même ma- nière dans les trois groupes. Chez les Malvacées et les Tiliacées, la gomme est sécrétée, comme on sait, dans de grandes cellules ordinairement 1so- lées, quelquefois rapprochées plusieurs eôte à côte, et qui penvent alors se confondre en résorbant les parois en contact (Althæa, Tilia, ete.). Dans les Sterculiacées, au contraire, tout au moins dans les tribus des Sterculiées, Hélictérées, Eriolénées et Dombéyées, la gomme se produit dans de larges canaux sécrétenrs, issus de dissociation. C’est sur ces canaux à gomme que je voudrais appeler un instant l’attention de la Société.

Le plus souvent les cellules qui les bordent ne diffèrent en rien de celles du parenchyme ambiant, et peuvent comme celles-ci renfermer de l’amidon ou des macles d’oxalate de chaux. Quelquefois pourtant, comme dans les Dombeya, les Sterculia,ete., le canal se creuse dans un cordon de cellules plus petites que celles du parenchyme environnant, cellules qui lui font dans le jeune àge une bordure continue; plus tard ces petites cellules, incapables de s’accroître tangentiellement pour suivre la dilatation du canal, se dissocient, et on les retrouve çà et à la péri- phérie de la lacune, isolées ou par groupes de deux ou trois; elles se rabattent même assez souvent de manière à devenir méconnaissables, et le canal se trouve désormais, sur tout son pourtour, bordé directement par les cellules du parenchyme ambiant. |

Cherchons maintenant comment ces canaux à gomme sont distribués dans les principaux genres des Sterculiacées.

Racine. La racine ne renferme de canaux à gomme dans aucune de ses régions, ni dans sa période primaire, même quand elle possède alors une large moelle, comme dans le Sterculia mexicana par exemple, ni dans sa période secondaire. Ces canaux sont done exclusivement locali- sés dans Ja tige et dans la feuille.

Tige. Ts se développent ordinairement à la fois dans l'écorce et dans la moelle de la tige; les autres régions, notamment le liber et le bois, en sont toujours dépourvues. Ceux de l'écorce sont disposés en un cercle unique dans la zone moyenne: leur nombre peut s'élever à une vingtaine (Eriolæna Wallichii, etc.), une quarantaine (Pterospermum acerifolium, Cola acuminata, etc.), et même une soixantaine (Cola cordifolia, etc.). Ceux de la moelle sont rangés le plus souvent en un seul cercle dans la zone périphérique, toujours séparés pourtant du bois pri- maire des faisceaux par quelques rangées de cellules médullaires ; ils appartiennent donc bien à la moelle même, non au bois primaire, comme

VAN TIEGHEM. CANAUX A GOMME DES STERCULIACÉES. 13

les canaux oléifères des Diptérocarpées, Liquidambarées et Simarubées. Ce cercle en comprend tantôt une vinglaine (Pterospermum acerifo- lium, etc.), tantôt une dizaine seulement (Eriolæna Wallichi, etc.); quelquefois moins encore, huit (Cola acuminata), ou cinq (Tarrietia Argyrodendron). Quelquefois ils forment deux cercles concentriques, l’externe, par exemple, avec 10-12 canaux, l'interne avec 6-8 (Sterculia mexicana, Cola cordifolia, Tarrietia javanica). Les canaux médullaires du cercle unique, ou du cercle externe quand il y en a deux, sont disposés tantôt en alternance avec les pointes ligneuses des faisceaux (Eriolæna, Sterculia, etc.), tantôt en superposition avec elles (Tarrietia, etc.). Corticaux ou médullaires, les canaux sont quelquefois interrompus, entre- coupés de parenchyme, réduits par conséquent à des poches plus ou moins allongées (Helicteres 1sora, etc.), d’où une transition vers les Malvacées.

Dans quelques autres genres, l'écorce est dépourvue de canaux, tandis que la moelle en possède comme à l'ordinaire (Dombeya, Heritiera, Melhania). Les canaux médullaires sont alors disposés soit en un seul cercle périphérique assez irrégulier, c’est-à-dire offrant des canaux plus externes et d'autres plus internes (Dombeya, Heritiera), soit en plusieurs cercles concentriques irréguliers de manière à paraître disséminés sans ordre (Melhania). Ici aussi les plus externes tantôt se -superposent aux faisceaux libéro-ligneux (Heritiera, Dombeya), tantôt alternent avec eux (Melhania).

Feuille. Dans le pétiole, les faisceaux libéro-ligneux se disposent quelquefois en une simple courbe fermée (Dombeya, Eriolæn«a, ete.) ; mais le plus souvent cette courbe fermée renferme d’autres faisceaux for- mant un arc ouvert en haut (Sterculia, Heriliera, Pterospermunmn, etc).

Les genres qui possèdent des canaux en même temps dans l'écorce et la moelle de la tige en ont aussi à [a fois dans le parenchyme externe et dans le parenchyme interne du pétiole. Dans le Sferculia mexicana, par exemple, il y en a une soixantaine formant une courbe fermée dans le parenchyme externe, quatorze dans le parenchyme compris entre la courbe libéro-ligneuse fermée, et l'arc libéro-ligneux interne, deux seule- ment dans le parenchyme situé à l'intérieur de cet arc. Quand les canaux sont découpés en poches dans la tige, ils subissent la même modification dans Le pétiole ({elicteres Isora).

Dans les genres l'écorce n’a pas de canaux, le parenchyme externe du pétiole n’en renferme ordinairement pas non plus (Melhania, Dom- beya) ; cependant le Dombeya mollis, par exemple, développe dans le parenchyme externe de son pétiole de grandes cellules à gomme qui n'existent pas dans l'écorce de la tige. Quelquelois les choses vont plus loin, et le parenchyme externe du pétiole contient comme moelle de véritables canaux à gomme ; ces canaux foliaires s'arrêtent alors dans la

414 SÉANCE DU % JANVIER 48385.

tige au nœud même ou très près du nœud (Heritiera macrophylla). Les canaux du parenchyme interne affectent d’ailleurs, par rapport aux fais- ceaux libéro-ligneux, la même disposition que dansles canaux médullaires delatige de la même plante, ici superposés aux faisceaux (Heritiera, Pterospermum), alternes avec eux (Dombeya, Sterculia, Erio- læna, ete.). Is peuvent se réduire à quatre (Eriolæna Wallichii), ou à trois (Melhania Hamiltoniana).

Embryon. Les gros cotylédons amylacés du Cola acuminata et de l'Heritiera littoralis sont entièrement dépourvus de canaux à gomme ; les faisceaux libéro-ligneux, notamment dans le Cola acuminata, y ont leurs vaisseaux complètement différenciés et épaissis. Ge caractère est sans doute en relation avec l’absence de canaux à gomme dans la racine et dans la tigelle.

Quelques genres de Sterculiacées se sont montrés entièrement dé- pourvus de canaux à gomme, aussi bien dans la feuille que dans la tige. Ce sont les Hermannia (H. denudata), Mahernia (M. cordata, M. verticillata), Buettneria (B. herbacea, B. carthagenensis), Rulingia (R. pannosa), Lasiopetalum (L. solanaceum), Thomasia (Th. macro- carpa). 1 est vrai que les genres Hermannia et Mahernia se distinguent encore des autres Sterculiacées par leur liber secondaire très peu déve- loppé, privé de fibres, ou n’en renfermant qu’un petit nombre, et dépourvu de toute stratification. Mais les Rulingia, Lasiopetalum, Thomasia, ont le liber secondaire aussi bien développé a. aussi nettement stratifié que les autres Sterculiacées.

Par la présence de ces canaux sécréteurs, notamment par les genres ces canaux n'existent qu’à la périphérie de la moelle sans se montrer dans l’écorce (Dombeya, Heritiera), les Sterculiacées se rapprochent des Diptérocarpées plus que les Malvacées et les Tiliacées. Il faut con- venir pourtant que l’analogie qui résulte de ce caractère est plus appa- rente que réelle: car dans les Sterculiacées les canaux sont gommeux, contenus dans la moelle même et souvent dans l'écorce, localisés dans la tige et la feuille à l'exclusion de la racine; tandis que dans les Diptéro- carpées les canaux sont oléo-résineux, renfermés dans le bois et répandus aussi bien dans la racine que dans latige et la feuille. La famille des Diptérocarpées reste donc, malgré tout, bien distincte, quoique voisine de la vaste famille des Malvacées, qui comprend à la fois, comme grandes tribus, les Malvées, les Tiliées et les Sterculiées.

M. Prillieux fait à la Société la communication suivante :

PRILLIEUX. FRUITS DE STIPA. 15

SUR LES FRUITS DE ST/PA QUI PERCENT LA PEAU DES MOUTONS RUSSES, par M. Éd. PRILLIEUX.

Il vient sur le marché de la Villette un assez grand nombre de mou- tons russes (1) qui présententune assez singulière particularité, c’est qu'ils ont dans la peau et sous la peau des sortes d’épines qui causent aux garçons bouchers qui les dépouillent de douloureuses écorchures. Ces corps piquants sont des fruits de Stipa.

Les fruits (caryopse) de Stipa sont vêtus, c’est-à-dire entourés, d’une balle qui les enveloppe très étroitement et ne s’en détache pas ; à sa partie supérieure la glumelle inférieure se termine par une très longue arête tordue à la base. Cette arête est hygroscopique : à la sécheresse, elle se tord; à l'humidité, elle se détord complètement. La base du fruit est ter- minée en une pointe très dure et très aiguë, au-dessus de laquelle se trouvent des poils raides et fort abondants, tous dirigés de bas en haut. La balle et l’arête portent aussi, en plus ou moins grande quantité selon les espèces, des poils aigus et raides dirigés dans le même sens. Il en résulte que, s’il est facile de faire glisser sur une feuille de papier un fruit de Stipa la base en avant, il n’est pas possible de le pousser en sens inverse, les petits poils s’agrippent au papier, et présentent une résis- tance extrême. Le fruit d’un Stipa ne peut done, à cause de la disposi- tion des poils qui le couvrent, cheminer que dans un sens, sa pointe acérée en avant. En arrière est l’arête tordue qui joue le rôle de propulseur actif. À l’humidité, elle s’allonge en se détordant. Si l’on met un échan- tillon sec d'herbier sur une plaque de verre et qu'on le mouille d’un peu d’eau, on voit très bien le fruit tourner sur lui-même d’un mouvement lent et régulier. Dansles essais que j'ai faits avecle Stipa tortilis, il met- tait environ une minute pour accomplir une révolution autour de son axe. À l'humidité, par suite de l'allongement de l’arête qui se détord, le fruit est donc poussé en avant ; à la sécheresse, les poils qui le couvrent l’'empêchent de retourner en arrière, et l’arête doit, en se retordant et se raccourcissant, s’avancer à la suite du grain. C’est par ce mécanisme que les fruits de Stipa engagés dans la toison des moutons descendent par une sorte de mouvement de vrille, jusqu’à piquer la peau de leur pointe aiguë. A la suite de l’irritation qu'ils leur causent, les moutons, en vou- lant se gratter, les enfoncent davantage, et, grâce aux poils qui dirigent toujours les mouvements des fruits dans le même sens, ils finissent par traverser la peau et s’enfoncer jusque dans les masses graisseuses et les museles, comme on le voit sur les animaux abattus à la Villette.

(1) Amenés d’Odessa, d'Elisabethgrad, d'Iekaterinoslav, de Kiew, et quelquefois de Kicheneff en Bessarabie.

16 ADDITION À LA SÉANCE DU Â2 DÉCEMBRE 1884.

Les fruits de Stipa engagés dans la peau ou la chair des moutons ne sont plus guère déterminables spécifiquement; mais on a reçu au Ministère del’Agriculture, du gouvernement russe, des échantillons complets de la plante d’où ils proviennent, et l’on ne peut hésiter à y reconnaitre une forme très grande et très robuste du Stipa capillata.

M. Bureau dit qu’il existe dans les pâturages de la Nouvelle- Calédonie une espèce d’Andropogon dont les fruits, sans doute par un mécanisme analogue à celui que M. Prillieux a décrit pour les Stipa, traversent la peau des moutons de ce pays et pénètrent même dans les muscles sous-jacents.

ADDITION A LA SÉANCE DU 12 DÉCEMBRE 1884.

ALGUES DE MADAGASCAR RÉCOLTÉES PAR M. CH. THIÉBAUT, par M. Éd. BORNET.

Dans les premiers jours d'avril de cette année, notre regretté con: frère M. le capitaine de frégate Charles Thiébaut, qui venait de rentrer en France, épuisé par les fatigues d’une longue croisière dans l'océan Indien, m’envoya un pelit paquet d’Algues récoltées à Madagascar en 1883. Il se proposait d'en communiquer la liste à la Société botanique en lui demandant de l’insérer dans le Bulletin. La mort a empêché notre confrère de réaliser son projet. Qu'il me soit permis de le suppléer et de donner à sa place l’énumération des quarante-six espèces contenues dans le fascicule que j'ai reçu de lui.

Toutes proviennent de Tamatave et de Majunga (1). «Il ya des «ul- » garités, m'écrivait M. Thiébaut, mais cela représente, au moins pour » Majunga, tout ce que j'ai lrouvé à la marée de septembre, non sans » grand dommage pour ma santé. J'ai essayé de draguer ; mais iln°v avait » rien à faire sur ces fonds rocheux les ancres ne tiennent qu'à grand’ » peine... Les huit premiers numéros viennent de Tamatave, récif à » peu près mort, quelques polypiers seuls donnent des preuves de » vitalité. Le reste vient de Majunga, sur une roche schisteuse mélan- » gée de calcaire qui forme la côte près du fort. En somme il y a peu d’Algues. »

Y

(1) Majunga est situé au N. 0. de Madagascar, sur le canal de Mozambique; Tama . Ü * LE] ° : « . T tave fait face à l'île de la Réunion, sur la côte opposée. /

12.

13.

14. 15. 16. 17.

BORNET. ALGUES DE MADAGASCAR. 17

CHLOROPHYCÉES.

CHLOROSPORÉES.

Anadyomene stellata Lamouroux. Récif de Tamatave.

Enteromorpha compressa Greville, var. cæspitosa. Majunga.

Enteromorpha ereeta Hooker. Majunga, sur le Laurencia diva- ricata.

Bryopsis setacea Hering. Tamatave.

Codium tomentosum Agardh., Majunga.

Caulerpa clavifera Agardh. Tamatave.

. Caulerpa Chemnitzia Lamouroux. Tamatave.

MÉLANOPHYCÉES.

PHÉOSPORÉES.

Ectocarpus heterocarpus Crouan. Tamatave. Colpomenia sinuosa Derbès et Solier. Majunga.

. Hydroclathrus cancellatus Bory. Majunga.

FUCACÉES.

. Sargassum (Glandularia) poiyeystum Agardh. Majunga,

Sargassam (Acanthocarpa) einetum J. Agardh, var. Majunga. DICTYOTÉES.

Dictyota ciliata J. Agardh. Majunga. La variélé désignée sous le nom de Beccarii(Zanardini) est mêlée au type.

Stœchospermum marginatum Kützing. Majunga.

Spatoglossum Schræderi Kützing. Majunga.

Padina pavonia Gaillon. Majunga.

Dictyopteris acrostichoides J. Agardh? Majunga.

Cette Algue est remarquablepar sa ramification dichotome pennée, qui ressemble à celle du Fucus platycarpus. La fronde, dépourvue de veines latérales, est mince et membraneuse. La fructification n’est pas développée.

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FLORIDÉES.

Erythrotrichia ceramicola Areschoug, Majunga : sur la fronde de l’Acanthophora Thierii. à Goniotrichum elegans Zanardini. Majunga ; sur le Stæchosper-

num marqinatunr. T. XXXII. (SEANCES) 2

18 ADDITION À LA SÉANCE DU 12 DÉCEMBRE 1884.

90. Chantransia virgatula l'huret. Majunga ; sur le Stwchospermum marginatum.

21. Ceramium strictum Harvey. Majunga; sur lAcanthophora Thierii.

22. Constantinea ? Thichauti, Sp. n0v. Majunga.

L’Algue que je rapporte avec doute au genre Conslantinea n’est représentée dans la collection que par un seul exemplaire. La fronde se présente sous la forme d’une lame charnue, d’un rouge foncé, longue de 7 centimètres, et large de 6 centimètres (quand elle est mouillée), portée sur un pied de 3 centimètres de long. Le point d'attache du pied manque. Tout à fait à la base, le pied est cylindrique ; au-dessus, il est canaliculé et bordé de deux crêtes inégales, qui semblent n’être que la base persistante de lames beaucoup plus larges qui auraient disparu. Au-

FiG. 1. Fic. 2.

En Le à

SAS

Constantinea ? Thiebauti, sp. nov.

F16. 4. Fronde de la même grandeur que l'échantillon desséché. F16. 2. Coupe longitudinale d’un lobe de la fronde (grossissement de 160 diam.).

dessus de ces crêtes, le pied, redevenu presque cylindrique, s’élargit brus- quement en une lame pinnatifide, subcordiforme à la base. Les lanières sont larges d’un centimètre, ondulées, crispées, subdichotomes, arrondies et un peu dilatées au sommet; leur bord est garni de dents aiguës. Les tétraspores, peu nombreux, sont épars dans le tissu cortical des lanié- res ; ils présentent la division zonée.

La fronde est formée de trois couches. Au centre, se voient des cellules allongées, étroites, filiformes, entrelacées en un tissu lâche ; en dehors, elles se transforment en cellules courtes, ovales ou sphériques, beaucoup plus grosses, disposées en files rayonnantes obliques, et rapprochées en faux parenchyme ; enfin à la périphérie, se trouve la couche corlicale, qui est composée de courtes files de petites cellules colorées. Le pied présente la même structure ; toutefois les trois parties sont plus épaisses,

BORNET. ALGUES DE MADAGASCAR. 19

les cellules plus serrées ; enfin, sur un tiers environ de la circonférence, on remarque une couche corticale de formation secondaire. Vers le milieu de cette couche, on distingue trois assises superposées, indiquant autant d’arrêts et de reprises de la végétation de la fronde. Cette structure est précisément celle des Constantine.

Si l'attribution à ce genre que je fais de la plante récoltée par M. Thié- baut est exacte (et l’on ne peut en avoir la certitude aussi longtemps que le fruit cystocarpique sera inconnu), cette espèce serait intéressante au point de vue de la distribution géographique du genre. Il comprendrait quatre espèces, au lieu de trois actuellement connues. De celles-ci, deux (C. Rosa-marina et sitchensis) sont originaires des mers arctiques ; la troisième (C. reniformis) croît dans la Méditerranée ; la quatrième, dont il vient d'être question, habite les mers chaudes de l’océan Indien.

. Meristotheca papulosa J. Agardh. Majunga, Tamatave. . Rhodophyllis nitophylloides Harvey. Majunga. Gracilaria cortieata J. Agardh, var. ramalinoïides. Majunga. Gracilaria Wrightii Agardh. Majunga. . Hypnea pannosa J. Agardh. Tamatave. Hypnea seticulosa Agardh. Majunga. Hypnea musciformis Lamouroux. Majunga. 30. Gelidium erinale Lamouroux. Majunga. 31. Laurencia perforata Montagne. Tamatave. 32. Laurencia obtusa Lamouroux. Tamatave. 33. Laurencia papillosa Greville. Majunga. 94, Laurencia divaricata d. Agardh. Majunga. 35. Chondria dasyphylla Agardh. Majunga. 36. Acanthophora Thierii Lamouroux. Majunga. 931. Amansia glomerata Agardh. Majunga. 38. Amansia Dietrichiana Grunow. Majunga. 39. Vidalia obtusiloba J. Agardh. Majunga. 40. Neurymenia fraxinifolia J. Agardh. Majunga. 1. Melobesia membranifolia Lamouroux. Majunga ; sur les frondes de Vidalia et de Neurymenia. 42. Melobesia farinosa Lamouroux. Majunga; avec le précédent. 43. Amphiroa gracilis Harvey. Majunga. 44. Cheïilospermum cultratum Harvey. Majunga. 5. Jania pacifiea Areschoug. Majunga ; sur les frondes de Neury-

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menid. 46. Corallina pilifera Lamouroux., Majunga.

20 SÉANCE DU 23 JANVIER 1885.

SÉANCE DU 23 JANVIER 18895.

PRÉSIDENCE DE M. BESCHERELLE.

M. Mangin, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance du 9 janvier, dont la rédaction est adoptée.

Par suite des présentations faites dans la séance précédente, M. le Président proclame membres de la Société :

MM. DaGuiLLon, préparateur à l’École normale supérieure, rue d'Ulm, 45, à Paris, présenté par MM. Bonnier et Leclerc du Sablon.

GALLÉ (Emile), industriel, avenue de la Garenne, 2, à Nancy, présenté par MM. Le Monnier et Mangin.

Héraiz, maître de conférences à l’École supérieure de pharmacie de Paris, rue Corneille, 5, présenté par MM. Van Tieghem et Flahault.

MarTiN (Henri), rue du Faubourg-Saint-Denis, 157, à Paris, présenté par MM. Henri et Maurice Vilmorin.

MAscLEFr (l'abbé), professeur au petit séminaire d'Arras, présenté par MM. l'abbé Boulay et Bescherelle.

M. le Président annonce ensuite quatre nouvelles présentations.

M. le Président fait connaître à la Société les noms des membres désignés par le Conseil, dans sa séance du 16 janvier dernier, pour faire partie des commissions annuelles mentionnées par le Règle- ment (1).

Ces commissions sont composées, pour l’année 1885, de la manière suivante :.

Commission de comptabilité : MM. E. Cosson, Ad. Larcher, E. Roze.

Commission des archives : MM. Mangin, Marès et À. Ramond.

3 Commission du Bulletin: MM. Bonnier, Bornet, Buffet, Bureau, Duchartre, Franchet, Leclerc du Sablon, Marès, Maugeret et Prillieux.

& Comité consultatif, chargé de la détermination des plantes de France et d'Algérie soumises à l'examen de la Société : MM. Bainier, Cornu, E. Cosson, Franchet, Malinvaud, Petit, Poisson et Rouy.

(1) Voy. art. 49 et suiv. du Règlement. D'après l’article 95, le Président et le Secré- taire général font partie de droit de toutes les commissions.

ZEILLER, AFFINITÉS DU GENRE LACCOPTERIS. 21

Commission chargée de formuler une proposition relative au siège et à l’époque de la Session extraordinaire: MM. G. Bonnier, Bornet, Cosson, Duchartre, Duval, Petit et J. Vallot,

M. Zeiller fait à la Société la communication suivante :

SUR LES AFFINITÉS DU GENRE LACCOPTERIS, par M. R. ZEILLER.

Le genre Laccopteris a été créé par Presl, en 1838 (1), pour des pin- nules de Fougères des couches rhétiennes de Bamberg, en Franconie, portant des sores composés de cinq ou six sporanges rayonnant en étoile autour d’un point d’attache commun. On en compte aujourd’hui plusieurs espèces, échelonnées depuis l’étage rhétien jusqu'au terrain crétacé, et dont quelques-unes sont complètement connues, tant à l’état fertile qu’à l’état stérile, et à tous les degrés de développement.

Ce sont : d’abord le Laccopteris elegans Pres], type du genre, puis le L. Gœpperti Schenk (L. Braunii et L. germinans Gœpp.), des mêmes couches, réuni par Schimper à l’espèce précédente, et le L. Münsteri Schenk, des couches rhétiennes de la Theta, près de Bayreuth.

Ensuite viennent : L. cœæspitosa Phillips (sp.) (L. Phillipsi Zigno), de l’oolithe inférieure de Scarborough; L. rotzana Zigno, de l’oolithe de Rotzo dans le Vicentin; L. Daintreei Schenk, du jurassique de la Nou- velle-Galles du Sud; Z. Dunkeri Schenk, du wealdien du nord-ouest de l’Allemagne, et L. pulchella Heer, du néocomien d’Almargem en Portugal.

M. Schimper a en outre rattaché à ce même genre, d’après son mode de nervation, le Pecopteris Atherstonei Tate, du jurassique de l'Afrique australe, série de Uitenhage; mais tant qu’on ne connaîtra ni la fructifi- cation, ni l’ensemble de la fronde de cette espèce, cette attribution doit être regardée comme purement hypothétique.

Enfin, je citerai comme ayant aussi été rapporté au genre Laccopteris, l’'Alethopteris Gœpperti Ettingsh., du wealdien de l'Allemagne septen- trionale, séparé depuis lors par M. Schenk pour constituer le genre Matonidium.

Les Laccopteris présentent tous des frondes stériles composées de pennes simplement pinnées ou pinnatifides, rayonnant du sommet d’un pétiole commun, ou plus exactement formant au sommet de ce pétiole comme deux cymes scorpioides opposées. Quelques-unes des figures pu- bliées par Gœppert sous les noms de L. Braunii et de L. germinans (2),

(1) Presl, in Sternberg, Flora der Vorwelt, 11, fase. 7-8, p. 115. (2) Gœppert, Genres de plantes fossiles, livr. 1-2, pl. V, fig. 1 à 7,et pl. VI, fig. 1 à 12.

29 SÉANGE DU 23 JANVIER 1885.

montrent aussi nettement que possible cette disposition caractéristique de la fronde, tant sur les plantes jeunes que sur les plantes adultes ; ces figures permettent de suivre loute la série des phases du développement de cette espèce, depuis les frondes les plus jeunes, à segments entiers, pré- sentant encore, à ce qu’il semble, des traces de prothalle à la base de leur pétiole, jusqu'aux frondes de grande taille, à pennes de 0",15 ou 0",20 de longueur. La fig. 3, pl. V, et les fig. 4, 5, et surtout 7, pl. VI, montrent de la façon la plus nette les pennes se détachant du rachis les unes à la suite des autres en cyme scorpioïde, plutôt que naissant d’un centre uni- que, comme on aurait pu le croire d’après quelques autres empreintes.

Quant aux fructifications, elles forment sur chaque pinnule deux sé- ries parallèles, placées de part et d’autre de la nervure médiane; chaque sore est composé d’un petit nombre de gros sporanges, six à neuf, étalés sur le limbe, et rayonnant autour d’un réceptacle commun, comme les secteurs d’un cercle. Ïls paraissent avoir été nus, car on distingue presque toujours les traces de l’anneau élastique qui les entourait, et qui suit le contour extérieur de chacun d’eux. Gœppert a figuré cet anneau chez les L. Brau- nii (1) et germinans (2); mais les figures les meilleures et les plus carac- téristiques sont celles que M. Schenk a données des sores du L. Müns- teri (3), dans lesquels il a même réussi, à l’aide des réactifs oxydants, à découvrir des spores, dont il a pu reconnaître la forme tétraédrique (4). Je reproduis d’ailleurs plus bas (voy. fig. L et !) les figures de M. Schenk, montrant un sore grossi quarante fois, et des spores à un très fort gros- sissement.

Presl, en publiant le genre Laccopteris, l'avait rangé parmi les Glei- chéniées, en faisant remarquer qu'il se rapprochait des Gleichenia par ses fructifications, et des Mertensia par la disposition de ses nervures, qui partent obliquement du rachis, et se divisent une ou deux fois par dichotomie. Gœppert à fait le même rapprochement, mais en faisant re- marquer qu'on ne pouvait voir «si l'anneau était excentrique, comme dans les Gleichëniées, ou s’il entourait exactement le bord, ainsi que dans la plupart des Fougères », bien que cette deuxième hypothèse lui ait paru la plus vraisemblable,

À son tour, M. Schenk 2 rangé les Laccopteris parmi les Gleichéniées, et à signalé teur analogie avec les Mertensia, au point de vue de la ner- vation, ainsi qu'au point de vue de la taille, du nombre et de la disposi- tion des sporanges ; mais il a fait remarquer que, par le mode de division de leurs frondes, ils venaient se placer à côté des Matonia.

(1) Gœppert, loc. cit. pl. V, fig. 6, 7.

(2) Id. ibid. pl. VE, fig. 11, 42.

(3) Schenk, Foss. Flora der Grenzschichten, pl. XXIV, fig. 8, 9. (4) Jbid. pl. XXIV, fig. 10.

ZEILLER. AFFINITÉS DU GENRE LACCOPTERIS. 23

Ce dernier genre a en effet des frondes composées de pennes simple- ment pinnées, disposées en deux cymes scorpioïdes, partant ensemble et parallèlement l’une à l’autre, du sommet du pétiole et allant en divergeant peu à peu. La figure qu’en a donnée Wallich (1), qui ne représente évi- demment qu’une moitié de fronde, montre nettement cette disposition, de même, du reste, que la figure publiée par Beddome (2) qui repré- sente une fronde de moindre dimension. La nervation du Matonia pecti- nata, la seule espèce du genre, à aussi une très grande ressemblance avec celle des Laccopteris, à cette différence près que, dans la partie inférieure des pinnules, qui se soudent entre elles à leur base, les nervures forment quelques anastomoses, et que notamment plusieurs d’entre elles viennent toujours converger au point d'insertion des sores, à la base du réceptacle, formant une grande aréole à peu près circulaire, divisée en six à dix sec- teurs. Lessores eux-mêmes sont composés de cinq à onze gros sporanges, généralement six à huit, rangés en étoile autour d’un réceptacle à peine saillant, longs de 0"*,5 environ, étalés sur le limbe, et étroitement re- couverts par un indusium membraneux. Cet indusium, pelté et attaché par son centre au réceptacle, recouvre le sorecomme une ombrelle, et vient se rattacher au-dessous de lui à la base du réceptacle ; à la maturité, il se déchire en cercle vers son équateur, et, son pédicelle se détachant, il dégage les sporanges, qui peuvent alors s'ouvrir pour émettre leurs spores. Les sporanges sont munis d’un large anneau oblique complet, absolument semblable à celui des Cyathea et des Alsophila ; quand on regarde en dessus les groupes de sporanges, on voit cet anneau suivre le contour externe et les bords latéraux de chaque sporange souvent pres- que jusqu’au point d'attache ; on ne l'aperçoit jamais en entier, car il passe en dessous, tout contre le point d’attache, pour se refermer. Sui- vant que les sporanges sont plus ou moins convexes, l'anneau se montre sur leur contour externe sur une portion moindre ou plus grande de sa largeur. Quelquefois, mais rarement, par suite d’une torsion des sporan- ges, on aperçoit l’anneau par sa tranche, partant du centre pour dispa- raître sur le bord externe.

Dans leur disposition normale, ces sporanges, avec leur anneau sui- vant leur contour extérieur, présentent avec ceux des Laccopteris une ressemblance parfaite, qui complète la ressemblance déjà signalée dans la disposition générale de la fronde. J’en avais été frappé, tant en considé- rant la figure de Wallich (3) qu’en examinant les échantillons de Mato- nia pectinata qui se trouvent dans l’herbier du Muséum, et j'en avais fait mention incidemment dans mon étude sur la flore rhétienne du

({) Wallich, Plant. asiatic. rar. f, pl. 16. (2) Beddome, The Ferns of British India, I, pl. 186. (3) Wallich, loc. cit. pl. 16, fig. 6.

24 SÉANCE DU 23 JANVIER 1889.

Tong-king (4). Ayant reçu récemment d’un ami, M. J. de Morgan, ingé- nieur civil des mines, de très beaux exemplaires de cette espèce, recueil- lis par lui dans la péninsule malaise, j'ai pu en étudier de plus près les organes de fructification, et je donne ici le dessin de deux groupes de sporanges de M. pectinata, lun incomplet M, l’autre intact M',au même grossissement de 40 diamètres que la figure L de M. Schenk, représen-

tant un sore de Laccopteris Münsteri. On voit qu’il y a pour ainsi dire identité, lant au point de vue de la disposition des sporanges et de leur anneau, que de la taille même de ces organes. Quant aux spores, j'ai dessiné en m trois spores de Matonia, grossies 250 fois, et l’on peut voir que, par leur forme tétraédrique et par les légères crêtes saillantes dont elles sont munies sur les arêtes du tétraèdre, elles ressemblent aussi de tout point aux spores de Laccopteris observées par M. Schenk, et re- produites ci-dessus en /. J'ajouterai que j'ai retrouvé, sur un sore d'un échantillon fertile de L. Münsteri qui se trouve dans les collections du Muséum sous le 947, la disposition anormale que je signalais tout à l'heure chezle Matonia pectinata, c'est-à-dire que j'ai pu constater que,

(1) Annales des Mines, livraison, 1882 : Examen de 1 ] chlrbon du Tong-king, pe MT, e la flore fossile des couches de

ZEILLER. AFFINITÉS DU GENRE LACCOPTERIS. 95

sur quelques sporanges, l’anneau est vu par sa tranche, et se montre sur presque toute sa largeur. J’ajouterai que, sur cet échantillon, l'anneau occupe sur tous les sores une largeur sensiblement plus grande que dans la figure de M. Schenk, offrant ainsi un aspect absolument identique à celui de la figure M', ainsi qu’on en peut juger par la figure L, représen- tant un de ces sores également grossi 40 fois.

Il est donc impossible de méconnaître l’étroite affinité qui lie les Laccopteris aux Matonia, si bien que je n’hésiterais pas à les considérer comme génériquement identiques, si l'absence d’indusium ne paraissait bien constatée chez tous les Laccopteris fossiles ; la nervation est en outre un peu différente, puisqu'on n’a jamais observé chez ceux-ci aucune anastomose, et que les sores paraissent occuper simplement les points de bifurcation des nervures. En tout cas, les Laccopteris représentent, aux époques géologiques, le genre actuel Matonia, et ce sont vraisem- blablement les premières de toutes les Cyathéacées.

Quant au genre Matonidium, j'ai dit que M. Schenk l'avait créé pour l’Alethopteris Gæpperti Ettingsh., antérieurement rattaché par M. Schim- per aux Laccopteris ; comme ceux-ci, il présente des frondes entièrement semblables à celles des Matonia, mais il a des sores indusiés, et c’est en raison de ce caractère que M. Schenk a cru devoir le rapprocher plus étroitement du genre Matonia, et choisir un nom dérivé de ce dernier. D’après les figures et la description qu’il en a données (1), les sores, presque contigus et couvrant presque entièrement la face inférieure des pinnules, sont de forme oblongue, couverts d’un indusium déprimé au centre, et composés de sporanges munis d’un anneau‘oblique. Mais, d’une part, la forme oblongue des sores constitue déjà une différence avec les Matonia ; d'autre part, d’après la figure 3 de la pl. XXX, l’indusium, au lieu de se détacher tout entier, se déchirerait ivrégulièrement; enfin les sporanges paraissent infiniment plus nombreux que dans le genre vivant, au nombre peut-être de quinze à vingt dans chaque sore, autant qu'on peut en juger d’après le dessin. De plus, suivant les observations de Heer, l’indusium serait, non seulement déprimé, mais fendu au milieu (2). Il y a donc, entre le genre Matonidium et le genre Matonia, des diffé- rences assez importantes, et, sans contester aucunement les affinités qui paraissent exister entre eux, je crois qu’elles sont moindres que celles qui lient les Laccopteris aux Matonia; en tout cas, la place du genre Laccopteris me paraît maintenant ne plus pouvoir donner lieu à un doute.

(1) Schenk, Beitrag zur Flora der Vorwelt. Palæontographica, t. XIX, p. 219, pl. XXVIIT, fig. 2a; pl. XXX, fig. 3. (2) O0. Heer, Contrib. à la flore fossile du Portugal, p. 16, pl. XV, fig. 1, 1 b.

26 SÉANCE DU 23 JANVIER 1885.

M. Franchet fait à la Société la communication suivante :

PLANTES DU YUN-NAN RÉCOLTÉES PAR M. L'ABBÉ DELAVAY, par M. 4. FRANCHET (1) [suite].

Gentiana rubieunda Franch. Bull. Soc. bot. de France, t. XXXI, p. 373. In rupibus humidis montium altissimorum prope Tchend- fong-chan ; maj. 1882; 8.

Gentiana primuliflora Franch. loc, cit. p. 375. [n pratis, ad Mo- che-tchin, supra Ta-pin-tze, prope Tali; 3 oct. 1882; n°9.

Gentiana fastiginta Franch. loc. cit. p. 373. In monte Yung-in- chan, supra Lan-kong ; 30 jul. 1883; 10.

Gentiana alsinoides Franch. loc. cit. p. 374. In monte Yang-in- chan, supra Lan-kong ; 30 jul. 1883 ; 11.

Gentiana lineolata Franch. loc. cit. p. 375. In pratis montis Che-tz0-tze, supra Ta-pin-tze, prope Tai; 3 oct. 1883; 14.

Gentiana aprica .Decne. In paludibus, ad Ta-pin-tze, prope Tali ; 8 oct. 1883; 12.

Gentiana papillosa Franch. loc. cit. p. 374. In monte Mao-kou- chan, supra Ta-pin-tze, prope Tali; 923 april. 1883 ; 17.

Gentiana Serra Franch. loc. cit. p. 376. In sepibus, ad Lan-kong, prope Tali; 6 nov, 1883; 13.

Gentiana yunnanensis Franch. loc. cit. p. 316. In monte Hee- chan-men, supra Lan-kong ; 8 nov. 1883; 15.

Gentiana Delavayi Franch. loc. cit. p. 311. In monte Hee-chan- men, supra Lan-kong; 8 nov. 1883 ; 16.

Gentiana ternifolia Franch. loc. cit. p. 371. In cacumine montis Hee-chan-men, alt. 3000 mètres, supra Lan-kong, prope Tali; 5 nov. 1882; 18.

Gentiana detonsa Fries. Secus rivulos, ad Lan-kong, prope Tali ; nov. 1883 ; 19.

Swertia chinensis Bunge. [n monte Hee-chan-men, supra Lan- kong ; 8 nov. 1883 ; G.

Mandragora eaulescens Clarke? In monte Koua-la-po, inter Ho- kin et Tali, alt. 3000 mètres ; 26 maj. 1884; 54.

C’est avec quelques doutes que Je rapporte la plante du Yun-nan au

(1) Voyez le Bulletin, séance du 9 janvier 1885.

FRANCHET. PLANTES DU YUN-NAN. 27

M. caulescens, que M. Clarke à décrit d’après des individus en fruit, sans en connaître les fleurs. La description qu’il donne des organes de végétation convient très bien à la Mandragore envoyée par M. l'abbé Delavay, dont je ne crois pas inutile de décrire les fleurs, pour compléter la diagnose de M. Clarke, en admettant que les deux plantes appartien- nent à un même type spécifique :

Flores ante anthesin cernui. Calyx late infundibuliformis, subcampanu- latus, ad tertiam partem quinquelobatus, lobis ovato-deltoideis, obtusis, subinæqualibus, tenuiter reticulatis; corolla poculiformis, sub anthesi calicem vix æquans, inæqualiter quinqueloba, lobis ovatis, obtusis. Sta- mina ad medium corollæ inserta, lobos subæquantia, antheris sagittatis. Ovarium globosum. Stigmata linearia, divaricata. Planta pilis crusta- ceis plus minus vestita. Radix bi-tripartita, partitionibus fusiformibus. Caulis inferne laxe squamosus, squamis rufis. Folia juvenilia ovato- oblonga.

Hemiphragma heterophyllum Wall. In monte Koua-la-po, inter Ho-kin et Tali, alt, 3000 mètres ; 26 maj. 1884; 57.

Les capsules de cette plante singulière paraissent être dimorphes, comme les feuilles: tous les auteurs les ont décrites comme devenant un peu charnues à la maturité; dans les spécimens du mont Koua-la-po, elles sont complètement sèches et une fois plus petites.

Veronica serpyllifolia L. In pratis humidis, ad San-tchang-kiou, supra Koua-la-po ; 27 maj. 1884; 64.

Corylus Davidi Baill.; Ostryopsis Davidiana Deene ; var. cinerascens.

À formà mongolicà typieà differt foliis latioribus, ovato-rotundatis, sub- tus pilis sericeis micantibus densius vestitis. Ramuli hornotini magis pilosi et glandulosi. Fruticulus vix bipedalis, ramulis debilibus, flexilibus.

In collibus calcareis ad Mo-so-yun, prope Lan-kong; 1 jun. 1884; 317.

Cypripedium plectrochilum, Sp. nov. Caulis gracilis, palmaris præsertim inferne pube brevi densà vestitus. Folia 2-3 secus caulem alterna, ovalo-lanceolata, acuta vel breviter acuminata, margine et ad nervos pilis rigidis brevibus ciliata, florale (bractea) anguste lanceolatum flore brevius. Flores solitarii, pro genere parvi, circiter ad 2 cent. longi; sepala libera, glabra, superiore ovato-lanceolato, lateralia anguste lan- ceolato-linearia ; petala lateralia anguste linearia, sepalis longiora, la- bello paulo breviora ; labellum (in sicco) sordide purpureum, striolatum, præsertim ad os lineis fuscis brevibus notatum et pilis crustaceis lon- giusculis obsitum, ovatum, modice inflatum, apice non ut in congene- ribus rotundatum, sed paulo attenuatum, quasi obtuse rostratum, rostro

28 SÉANCE DU 23 JANVIER 1885.

breviter conico, retrorso. Ovarium pubescens. Capsula matura oblonga, recta, scabra. In quercetis, ad Houang-li-pin, supra Ta-pin-tze ; 27 aug. 1883; 46. Species flore parvo tantum eum C. debili Rehb. comparanda, sed jam labelli indole diversissima; perianthium (in sicco) quoad colorem illo C. calceoli simile ; os labelli anguste apertum, margine quasi radiatim plicatum.

Asplenium Iaciniatam Don. In rupibus umbrosis montium aliis- simorum, v. g. montis Man-kou-tebang, supra Ta-pin-tze; 27 aug. 1883; 66.

Asplenium yunnanense, Sp. nov. (Euasplenium). Rhizoma de- mum breviter caulescens. Frondes cæspitantes ; petioli basi nigricantes, superne viridescentes, paleis setaceis plus minus obsiti; pinnæ utrinse- eus 20-28, superiores contiguæ, infimæ inter se valde distantes; lamina ambitu anguste lanceolata, e medio decrescens, pinnis anguslis, incisis vel etiam basi pinnatipartitis, lobis in lobulos 2-3 acutos fissis; pinnæ infimæ minimæ; venæ simpliciter furcatæ. Sori secus venas alternantes oblongi, indusio albido, firmulo, margine integro. Frons cum petiolo brevi 45-25 cent. longa ; lamina ad medium ultra vix 2-3 cent. lata; pinnæ 12-18 mill. longæ, 4-5 mill. latæ, soriferæ inferne vix latiores.

In monte Che-tcho-tze, supra Ta-pin-tze, prope Tali ; 23 aug. 1883; 72.

Inter À. variantem et A. pekinensem quasi medium ; lamina potius A. pekinensis, sed pinnæ angustiores ; ab utroque differt pinnis etiam basi inciso-lobatis, nec usque bipinnatis.

Pellæa nitidula Baker. In rupibus humidis, ad Chouang-che-teou, supra Ta-pin-tze ; 19 aug. 1883 ; 73.

Scolopendrium Delavayi, Sp. n0v. Rhizoma breve, obliquum, ad collum paleis lanceolato-subulatis, nigricantibus vestitum. Petiolus fuscus vel nigricans ; glaber, nitidum, gracile, supra canaliculatus ; frons tenuis, integerrima, orbicularis, vel suborbicularis, basi cordata, sinu clauso vel aperto; venæ flabellatim repetito-dichotomæ, liberæ. Sori secus venas secundi vel tertit ordinis elongati, venarum apicem non attingentes ; indusium tenuiter membranaceum, diutius persistens. Petioli 7-12 cent. longi; lamina 2-3 cent. diam., læte virens, pellucida.

In montibus, ad Chouang-che-teou, supra Ta-pin-tze, prope Tali: 19 aug. 1883 ; 67. |

Aspidium acanthophyllum, Sp. nov. (Polystichum). Truncus brevis, erectus. Frondes plures, paleisfulvis densis veslitæ ; petiolus stra- mineus, angulatus, paleaceus, paleis fulvis concoloribus, dimorphis, aliis angustis, linearibus, aliis late ovatis, abrupte cuspidatis, parce fimbrio-

FRANCHET. PLANTES DU YUN-NAN. 29

latis ; lamina anguste lanceolata, acuminata, inferne parum decrescens ; rachis præsertim subtus paleacea, paleis fulvis vel decoloribus, lineari- setaceis; pinnæ præter inferiores confertæ, subsessiles, sese invicem ad medium usque obtegentes, quasi imbricatæ, coriaceæ, pallidæ, glabræ, ovato-lanceolatæ, basi pinnatilobatæ (lobis ovatis utrinque 2, secus rachim erectis), apice tantum lobulatæ; lobi margine incrassati, apice rigide spinescentes. Sori secus nervum primarium uniseriati ; indusium peltatum, orbiculare, margine leviter erosum. Frons cum petiolo 8-10 cent. longo circiter 16-20 cent. alta, 25 mill. vix lata; pinnæ 7-8 mill. basi latæ.

In rupibus calcareis, supra collum Koua-la-po inter Hokin et Tali; 26 maj. 1884; 56.

Prope À. iicifolium Don collocandum, sed jam pinnis confertis, im- bricalis, formà diversis distinctum.

Polypodium porosum Wall. In montibus Yang-in-chan, supra Lan-kong, prope Tali; 7 april. 1883; 71.

Polypodium lincare Thunb.— In montibus, cirea Tali ; 7 april. 1883 ; 74.

Polypodium yunnanense, Sp. nov. (Goniophlebium). Rhizoma repens, paleis fuscis lineari-subulatis dense vestitum. Petiolus stramineus, glaber; lamina ambita lanceolato-deltoidea, in utràque facie breviter et sparse pubescens, pinnatipartita, pinnis alà angustà secus rachim conjunc- tis; pinnæ lanceolato-lineares, acutæ vel subobtusæ, subtiliter crenatæ ; venæ et venulæ tenuiter impressæ. Sori biseriales ad costam approximati. Frons cum petiolo tripollicari cireiter 25 cent. longa ; lamina 7-8 cent. inferne lata ; segmenta basi circiter 7 millim. lata.

In rupibus umbrosis montium, ad Mao-kon-tchang, supra Ta-pin-tze ; 27 aug. 1883; 68.

P. amæno Wall. affine, et quoad nervationem illo simillimum ; præ- sertim differt pubescentià brevi, laminam in utràque facie et rachim ves- tiente ; pinnæ obtusæ vel subacutæ, nec acutissimæ.

Polypodium glaueopsis, Sp. nov. (Drynaria). Rhizoma repens, paleis fuscis lanceolatis dense vestitum. Petiolus pallide fuseus, glaber ; lamina glaberrima, coriacea, glaucescens, ambitu deltoideo-ovata, pinnati- partita, pinnis alà angustà basi confluentibus, utrinque 2-5, oblongis, obtusis, nunc fere ovatis, margine crasse coriaceis, inæqualiter crenulatis, vel etiam præsertim apice minute serrulatis; segmenta jugi inferioris haud raro profunde lobata, lobis obtusis ; venæ et venulæ omnino P. tri- fidi. Sori secus costam approximati, uniseriati. Petiolus 8-12 cent. ; lamina cireiter 8-10 cent. longa, 6-8 cent. basi lata.

In monte Che-tcho-tze, supra Ta-pin-tze, prope Tali; 23 aug. 1883 ;

30 SÉANCE DU 923 JANVIER 1885.

70. In monte Mao-ku-chong, supra Houang-kia-pin, prope Tali ; 7 jul. 1883 ; 69. | P. trifido haud dissimile ; egregie differtglaucetudine, texturà corlaceà, pinnis obtusis eximie crenatis vel etiam inferioribus inciso-lobatis. Spe- cimina juvenilia tantum trifida, lobis ovatis apice rotundatis. Botrychium Lunaria L.— In graminosis montis Hee-chan-men, supra Lan-kong ; 2 jun. 1884; 50.

La liste des plantes qui viennent d’être énumérées est évidemment trop courte pour permettre un jugement précis sur les relations de la flore des hautes montagnes du nord du Yun-nan; cette liste présente _ pourtant un certain intérêt, en ce qu’elle donne comme les prémices de la géographie botanique de cette contrée. Ainsi on peut dire que sa plus grande somme d’affinités est avec l'Himalaya (37 esp.), et qu’elle n’a de commun avec la flore d'Europe que sept espèces, qui se retrouvent d’ailleurs dans presque toute la haute région montagneuse de l'Asie. Ses relations avec la Chine centrale et orientale sont dans les mêmes proportions, et vont en s’affaiblissant à mesure que l’on remonte dans le nord vers la Mongolie et la Sibérie (4 esp. seulement). Le Thibet oriental est trop peu connu pour que l’on puisse rien préjuger;, deux espèces du Yun-nan se retrouvent cependant dans la province de Moupin, Chryso- splenium Davidianum et Gentiana rubicunda. Quant au Kansu, dont M. Maximowicz a commencé à faire connaître la végétation d’après les récoltes de M. Prjewalski, je ne lui vois de commun avec la petite col- lection dont il est ici question que le Rhododendron capitatum ; il est aussi à remarquer que c’est dans ces deux régions seulement qu'on a signalé jusqu'ici des Gentianes annuelles dans le groupe des Pneumo- nanthe.

D'autre part, ainsi que je l’ai dit en commençant cette note, la flore du nord du Yun-nan promet d’être fort riche en types spécifiques nou- veaux, puisque la moitié environ des plantes envoyées par M. Delavay se trouve être dans ce cas.

M. Leclerc du Sablon fait à la Société la communication suivante

SUR LE SPOROGONE DES HÉPATIQUES ET LE ROLE DES ÉLATÈRES, par M. LECLERC DU SABLON.

Le fruit des Hépatiques, ou sporogone, se présente sous une forme sphérique ou ovale ; ses parois, très minces, se composent de deux assises de cellules, et dans son intérieur on trouve une grande quantité de spores mélangées à des cellules spéciales, allongées et spiralées, connues sous le nom d'élatères. À la maturité, la déhiscence s'opère par quatre valves

LECLERC DU SABLON. SPOROGONE DES HÉPATIQUES. 91

qui se recourbent sur l’extérieur, et laissent à découvert spores et élatères. Tantôt, comme chez les Frullania, les élatères restent adhérentes aux valves par une de leurs extrémités ; tantôt, comme chez les Pellia, elles sont complètement libres, et s’enchevêtrent avec les spores, comme les filaments de fibrine avec les globules du sang caillé.

En étudiant la structure du sporogone et son mode de déhiscence, on est frappé des analogies que présente cet organe avec les anthères des Phanérogames. Comme chez la plupart des anthères, les parois se com- posent de deux assises de cellules : l’épiderme, formé de cellules à struc- ture relativement simple, et une assise sous-épidermique, présentant des épaississements ligneux sur une paroi mince et cellulosique. Enfin, c’est à la différence de contraction des ornements et de la partie non lignifiée de la paroi, que sont dus les mouvements des valves.

Si nous prenons comme premier exemple le Pellia epiphylla, nous voyons que les cellules de l’assise sous-épidermique, irrégulièrement disposées, portent des ornements sur leurs parois interne et latérales. Sur la face interne, ces ornements sont parallèles entre eux dans une même cellule, mais leur direction varie d’une cellule à l’autre ; ils se prolongent dans les parois radiales, et se terminent au contact de la face externe, qui est elle-même dépourvue d’ornements. Pour ce qui concerne cette assise, l’action de la dessiccation est évidente; elle contractera la face externe plus que la face interne, et recourbera la valve sur l'extérieur. Quant à l’épiderme, son rôle, quoique moins net, est tout à fait comparable. Les cellules v sont plus grandes que dans l’assise sous-épidermique, et portent des ornements plus rares et moins lignifiés; de plus, les orne- ments, au lieu d’avoir la forme d’un U complet, subissent souvent des solutions de continuité sur la face interne, en sorte qu'il ne reste quel- quefois que les branches latérales. La différence de lignification entre les deux faces est donc moindre que pour l’assise sous-épidermique ; la diffé- rence de contraction sera donc aussi moindre, tout en restant dans le même sens.

Les lignes de déhiscence, au nombre de quatre, sont disposées dans deux plans rectangulaires, et découpent les parois du sporogone en quatre portions égales. Leur position est invariable, et n’est marquée, avant la déhiseence, que par une adhérence moindre des cellules entre elles. La paroi mitoyenne des deux cellules se trouve en partie divisée par une fente, et une légère traction suffit pour rendre la séparation complète.

Chez le Calypogeia Trichomanis, les choses se passent d’une façon analogue, mais cependant un peu différente. Le sporogone est oblong au lieu d’être sphérique, et les lignes de déhiscence sont des lignes spirales, allant d'un pôle à l’autre du sporogone, au lieu d'être de simples méri- diens. Les valves forment donc des bandes spirales qui se déroulent sous

32 SÉANCE DU 23 JANVIER 1885.

l’action de la dessiccation, deviennent à peu près planes, et finalement forment une étoile régulière à quatre branches. Les cellules de l’assise sous-épidermique sont tout à fait comparables à celles du Pellia, mais elles sont allongées parallèlement aux lignes de déhiscence, et les orne- ments en U sont régulièrement disposés dans des plans perpendiculaires à la plus grande dimension des cellules. Si donc on considère la diffé- rence de contraction parallèlement à la direction de ces cellules, on voit que l’effet produit sera de dérouler la valve enroulée en spirale.

Il arrive quelquefois, notamment chez le Jungermannia tersa, que l’épiderme a une structure en tout comparable à celle de l’assise sous- épidermique ; il joue par conséquent le même rôle qu’elle, et contribue au recourbement des valves.

Le Frullania dilatata s’écarte un peu du type que je viens de décrire. L’assise sous-épidermique des parois du sporogone porte aussi des orne- ments sur ses faces interne et latérales, mais des ornements d’une forme spéciale : sur la face interne, les bandes d’épaississement forment un ré- seau irrégulier tout à fait comparable à celui qu’on peut étudier sur l’as- sise fibreuse de l’Erythræa Centaurium. Les ornements des faces radia- les sont, comme d'ordinaire, rectilignes et en rapport avec ceux de la face interne. Malgré ces quelques différences, la cause du recourbement des valves reste toujours la même, puisqu'on retrouve toujours le fait essen- tiel : la différence de lignification entre les parois interne et externe. Les cellules de l’épiderme, notablement plus grandes que celles de l’assise sous-épidermique, ne portent des ornements que sur les parois radiales ; il n’y aura donc pas de différence notable entre la contraction des deux faces. I y a lieu cependant de faire remarquer ici que l’analogie n’est pas complète entre l’épiderme des anthères et celui des sporogones. Les cellules de l’épiderme des anthères sont complètement dépourvues d’élé- ments lignifiés; au moment de la dessiccation, elles s’aplatissent contre la couche fibreuse, et ne jouent aucun rôle dans la déhiscence (1). Chez les Hépatiques au contraire, la présence d’ornements radiaux empêche l’aplatissement de l’épiderme, et, par conséquent, permet aux parois tangentielles composées de cellulose d’exercer sur la couche sous-jacente plus fortement lignifiée une action utile à la déhiscence.

On sait que, après la déhiscence, les élatères restent fixées à l'extrémité des valves; elles sont de dimensions relativement considérables, et ne présentent qu'une seule spirale. On à souvent attribué à ces organes, dits hygroscopiques, un rôle dans la dissémination des spores. Pour voir ce que cette assertion a de fondé, il suffit d'étudier de près les changements de forme que subit une élatère sous l’action de la dessiceation. On

(1) Voyez Comptes rendus Acad. des sc., séance du 25 août 1884.

LECLERC DU SABLON. SPOROGONE DES HÉPATIQUES. 33 voit que, à mesure qu'une élatère se dessèche, elle se raccourcit notable - ment, et que les tours de spire deviennent plus serrés ; l’humecte-t-on de nouveau, la spirale se détend, et l’on revient à la forme primitive. Cela tient à ce que l'intervalle compris entre deux tours de spire se contracte beaucoup plus que la spirale elle-même, qui est lignifiée. Le rôle de la bande d'épaississement est de donner une certaine solidité à l’élatère, tou! en lui permettant de se contracter très-fortement. Outre ces changements de forme, l’élatère subit des changements de position. Considérons en effet deux élatères, fixées sur les deux bords opposés de l'extrémité d’une valve: au moment de la déhiscence, la valve change de forme, se recourbe vers l'extérieur; les élatères qui suivent ces mouvements devront donc forcément changer de position lune par rapport à l’autre : avant la déhis- cence, elles sont parallèles entre elles ; après, elles sont divergentes. Grâce à ces différents mouvements, et surlout gràce au dernier qui a sa cause première dans la contraction des parois du sporogone, les spores sont en quelque sorte brassées, séparées les unes des autres, et leur dissémina- tion est facilitée d'autant.

M. Duchartre demande à M. Leclerc du Sablon si l’épiderme du sporogone joue un rôle passif, et:s’il ne serait pas plus exact de supposer que la contraction des cellules molles a une influence sur la courbure des valves.

M. Leclerc du Sablon répond que, dans le cas les cellules de lépiderme présentent des ornements, elles peuvent jouer un rôle dans la déhiscence, comme cela a été expliqué dans sa communica- tion. Dans le cas l’épiderme ne présente pas d'ornements, il y à tout lieu de supposer que les choses se passent comme dans les an- thères qui ont la même structure: Or on sait que, dans ce dernier cas, on peut enlever l’épiderme sans modifier les mouvements des valves; les cellules molles s’aplatissent en se desséchant, et leur con- sistance est trop faible pour qu’elles puissent exercer une contrac- tion appréciable. D'ailleurs, pour que la contraction de l’épiderme augmentàt la courbure de l’assise sous-épidermique, il faudrait que cette contraction füt plus grande que celle de la paroï externe de l’assise sous-épidermique, ce qui parait difficile, puisque cette paroi est généralement dépourvue d'ornements.

M. Duchartre demande en outre à M. Leclere du Sablon si Les or- nements en forme d'U ne peuvent pas jouer un rèle actif imdépen- damment de la paroi externe des cellules, comme cela parait avoir

T. XXXIL. (SÉANCES)

34 SÉANCE DU 23 JANVIER 1885.

lieu pour les cellules de l’anneau des Fougères, dont la structure est d’ailleurs différente.

M. Leclerc du Sablon répond que le mécanisme de la déhiscence du sporogone des Hépatiques est complètement différent de celui du sporange des Fougères, et que, dans l’un comme dans l’autre cas, les parties lignifiées considérées isolément ne peuvent, à son avis, jouer de rôle actif. Pour les Fougères, il l’a démontré dans une précédente communication faite à la Société (séance du 28 juin 1884). Pour le cas du sporogone des Hépatiques, en tout compara- ble à celui des anthères, les nombreuses dispositions d’ornements qu'il a étudiées lui ont toujours montré la déhiscence due à l’an- tagonisme des parties lignifiées et des parties non lignifiées ; de plus, la différence de contraction entre les ornements et les parties non lignifiées lui paraît avoir été démontrée expérimentalement (Comptes rendus, 25 août 1884), tandis que rien jusqu'ici n’est venu prouver l'existence de la propriété des ornements à laquelle M. Duchartre fait allusion.

M. Rouy fait à la Société la communication suivante :

DEUXIÈME NOTE SUR LE MELICA CILIATA L., par M. G. ROUY.

En juillet 1881, M. Malinvaud, signalant la découverte au Puy du Melica transsilvanica Schur (M. ciliata Godr. non L.), disait avoir trouvé dans le département du Lot des intermédiaires entre les M. Ma- gnolii Gren. et Godr. et M. næbrodensis Parlat. Le 13 janvier 1882, ayant lu ce passage dans le fascicule de notre Bulletin distribué quelques jours auparavant, je crus intéressant de faire à la Société une courte communi- cation sur les espèces voisines du M. ciliata, dans laquelle j’énonçais notamment que le M. nebrodensis Parlat. était étranger à la flore de France, que le M. nebrodensis Gren. et Godr. n’était autre que la forme genuina du M. ciliata L., identique à la plante de la localité princeps, l'île d'Œland, de l’espèce linnéenne, et que le Y. Magnolii n’était en réalité qu'une variété du M. ciliata L., points importants pour la flore française. M. Malinvaud, présent à cette séance, ne répondit rien. Aussi fus-je quelque peu surpris, en avril 1884, plus de deux ans après, lorsque je lus, dans la première partie du compte rendu de la session d’Antibes, qne notre confrère était revenu sur cette question et avait discuté là-bas mes précédentes remarques, alors qu’il lui était si facile de le faire à Paris,ce qui m'eût permis, puisque j'assiste à presque toutes nos séances

ROUY. MELICA CILIATA. 35

ordinaires, de répondre immédiatement à ses assertions et de clore ainsi définitivement ce petit débat. De plus, la note lue à Antibes a été scin- dée de telle façon, dans l'impression du compte rendu de la session extraordinaire de 1883, que la presque totalité n’a paru que dans le fascicule 2, reçu seulement ces jours derniers. Cela explique, Messieurs, que je ne puisse répondre qu'aujourd'hui à une communication faite en mai 1883 à Antibes.

Ma réponse sera brève d’ailleurs, car je n’entreprendrai pas derevenir sur les citations un peu écourtées que M. Malinvaud a bien voulu faire de certains passages de ma première note, ni discuter ses opinions ou celles de M. Hackel sur le sens qu’ils donner‘ à l’espèce, ni insister sur les variations qu’a subies, pour le cas présent, la manière de voir des deux botanistes auxquels j'ai l'honneur de répondre.

Disons cependant que tous ceux qui s'occupent de botanique savent par expérience qu’il est matériellement impossible d’attribuer une égale valeur spécifique à toutes les espèces d’un genre, même en leur ratta- chant comme sous-espèces ou variétés des formes de moindre impor- tance ; les espèces linnéennes elles-mêmes ne’ supporteraient point cet examen.

M. Malinvaud désirerait, dans la section des barbatæ Nym. du genre We- lica, ne détacher du M. ciliata L. que le M. Baubhini Al. Que ce botaniste veuille bien se reporter au Flora orientalis, il y verra que M. Boissier, que l’on ne saurait accuser d’appartenir à l’école multiplicatrice, admet déjà, seulement pour la flore orientale, trois espèces: M. ciliata L., M. Cupani Guss., M. penicillaris Boiss. et BL. Le M. ciliata y présente trois variétés, qui pour beaucoup constituent déjà des espèces ou des sous-espèces sérieuses, et auxquelles l’auteur rapporte dix synonymes. Le M. Cupani présente, comme formes orientales rattachées à lui par M. Boissier, huit variétés, avec quinze synonymes. Ajoutons-y les formes européennes occidentales non visées par M. Boissier dans le Flora orien- talis, telles que M. transsilvanica Schur, M. lobata Schur, M. ty- bhina Bor., etc., et l'on peut voir à quel chaos nous conduiraitla méthode préconisée par mon contradicteur, qui consisterait à englober toutes ces plantes dans une seule espèce, M. ciliata, en reculant de cent cinquante ans en arrière pour s’en tenir à la diagnose linnéenne : « flosculi infe- rioris petalo exteriore ciliato », si courte, si précise, si limpide, suivant * MMalinvaud, et qui me paraît tellement courte, à moi, qu’elle force à com- prendre dans le M. ciliata, tel que l’a caractérisé Linné, non seulement le M. Bauhini, quoi qu'en dise notre confrère, mais toutes les espèces européennes ou orientales de la section, voire même le 41. Caffrorum Schrad., de l'Afrique australe ! Cette diagnose avait donc besoin, je le répète, d’être « complétée », d’après la plante de la localité linnéenne

36 SÉANCE DU 23 JANVIER 1885.

princeps, et e'est ce qu'ont fait d’ailleurs tous les auteurs qui ont suivi Linné, car on ne peut plus, au siècle actuel, admettre cette diagnose autrement qu'à titre de phrase servant à caractériser une section tout entière, comprenant plusieurs espèces appartenant à l'Europe, à l’Asie et à l'Afrique.

La diagnose linnéenne n’a donc pu me paraître « sibylline »; encore moins me suis-je livré, en développant précédemment mes modestes con- clusions, à une « sorte d’exégèse par voie d'interprétation subjective »(!), ainsi que veut bien le supposer mon honorable confrère, Je n’insiste pas.

Quant à me faire ranger au nombre des partisans de la multiplication indéfinie des espèces, je dois dire qu’on aura quelque peine à obtenir ce résultal, parce que tous les botanistes avec qui j'ai l'honneur d’être en relations savent que, loin de me rallier à l’école dialytique, j'ai tou- jours pour but principal de rattacher autant que possible à des types non controversés les formes élevées à tort au rang d’espèces; mais cela sans cependant tomber dans l’excès contraire, en acceptant, par exemple, le Melica ciliata tel que le comprend M. Malinvaud, ou en tenant comme fondées des déterminations erronées. Mes publications botaniques depuis huit ans suffisent à démontrer l'exactitude de ce qui précède.

Dans sa note, notre confrère a été amené à reproduire comme conclu- sions presque exactement celles que j’avais émises plus d'un an aupara- vant sur nos plantes françaises, puisque j'avais formulé (voy. le Bulletin, t. XXIX, p. 89) que le M. Magnolii n’était qu’une variété (il dit forme ou sous-variété) du M. ciliata L.; que le M. ciliata Godr. était bien le M. transsilvanica Schur, mais non la forme genuina du M. ciliata L.; enfin que le M. nebrodensis Gren. et Godr. était, lui, cette forme genuina du M. ciliata, et non le vrai M. nebrodensis Parlat., que M. Malinvaud disait avoir vu dans le Lot.

Malheureusement notre confrère termine ainsi sa communication : €... et nous devons ici prévenir M. Rouy qu’il est mal informé au sujet du M. nebrodensis Parlat., lorsqu'il suppose cette forme particulière à la Sicile ; Parlatore lui-même déclare qu'il l’a reçue provenant de localités françaises. » Je dois donc ajouter quelques mots.

« Localités françaises » est très vague. . . . Le moindre renseignement sur une localité certaine, basée sur un échantillon authentique, ferait bien mieux l'affaire. Or je n’en connais pas encore, malgré la quantité très respectable d'exemplaires de M. ciliata provenant de nombreuses localités françaises que j'ai reçus ou vus, et il paraitrail que d’autres n’ont pas été plus heureux que moi, puisque M. Nyman, qui a consulté récem- ment les grands herbiers européens pour la publication de son Conspectus Flore europæw, ne le signale qu’en Sicile et en Istrie ; que MM. Cesati, Passerini et Gibelli (Compendio della Flora italiana) ne le mentionnent

ROUY. MELICA CILIATA, 37

qu’en Sicile, et M. Boissier (Flora orientalis), avec les synonymes de M. cretica et M. laxiflora, seulement en Crète et en Asie Mineure. I] semble dès lors que probablement Parlatore s’est aussi « laissé abuser par une observation hâtive et incomplète », pour reprendre les expres- sions de notre confrère parlant de Grenier et Godron, et qu’il convient d'attendre qu’on ait signalé une localité française récente et certaine pour le M. nebrodensis Parlat., plante méridionale orientale, jusqu'ici mentionnée en Sicile, en Algérie, et de l’Istrie à Ja Perse, mais qui n'a encore été rencontrée ni en Portugal, ni en Espagne, ni dans l'Italie occi- dentale, et que je n’ai, du reste, point dit être particulière à la Sicile, ainsi que Pa avancé M. Malinvaud. J’ajouterai que l'observation de Parlatore remonte à 1848, époque à laquelle les botanistes français prenaient le vrai M. ciliata L. pour le M. nebrodensis Parlat., ainsi que l'ont fait Grenier et Godron.

En résumé, les deux points suivants que j'avais signalés à l'attention des botanistes français restent pleinement acquis :

Le M. nebrodensis G. et G. n’est point le M. nebrodensis Parlat., mais bien le vrai A. ciliata L., ce qu'a confirmé M. Hackel dans sa lettre à M. Malinvaud en mai 1883.

Le M. nebrodensis Parlat. n’est plus admis par les auteurs comme appartenant à la flore française, et ce n’est pas lui que M. Malinvaud à pu rencontrer dans le Lot, mais bien le M. nebrodensis G. et G.

Nulle dissertation ou controverse ne pourra rien changer à ces asser- lions, qui sont du domaine des faits, etque j'ai énoncées dès janvier 1882.

Je terminerai donc là, laissant M. Hackel établir dans le H. ciliata L. deux variétés principales (1): « Linnæi et 8 transsilvanica,et M. Malin- vaud vouloir créer encore une sous-espèce pour la première de ces variétés : Subspec. Linnœæi. Tout cela est affaire de pure appréciation personnelle, et ne peut servir qu’à embrouiller la syÿnonymie existante : reste à savoir si ces propositions nouvelles ont chance d’être agréées par les botanistes, qui peuvent, je crois, s’en tenir à la nomenclature très simple que j'ai adoptée dans ma première note pour nos espèces françaises, et que je reproduis ici :

LM. ciziara L. +. genuina (M. nebrodensis Gren. et Godr., non Parlat.).

Var. 8. intermedia (M. glauca F. Schultz) (2). Var. y. elata (M. Magnolii Gren.et Godr.).

2. M. rranssizvanica Schur (M. ciliata Godr. F1. de Fr. non L.). Soit, en tout, deux espèces et deux variétés ; rien de plus. (1) Pourquoi principales ?...

(2) Je ne suis point d'accord avec M. Hackel sur l'identité des M. ciliala &. genuina et M. glauca. J'ai souvent trouvé en Espagne ce dernier croissant seul ou en compagnie

38 SÉANCE DU 23 JANVIER 1885.

M. Malinvaud dit qu'il n’est pas disposé à revenir sur la question des Melica, qui lui semble épuisée ; il ne pourrait que reproduire à cet égard les conclusions qu'il croit avoir suffisamment déve- loppées et justifiées dans de précédentes communications (1). Se référant à celles-ci pour tout le reste, il se bornera à faire remar- quer que les renseignements fournis par Parlatore sur l'existence de son Melica nebrodensis dans les limites de la flore française ne sont pas aussi dépourvus de précision que parait le croire M. Rouv. L'auteur du Flora italiana déclare qu’il a reconnu sa plante sur des échantillons envoyés de France par M. de Franque- ville, et il ajoute la mention de la localité à celle du pays d’origine.

M. Cosson dit qu’il a pu examiner le Melica nebrodensis Par. sur des échantillons venant de Parlatore lui-même, et par suite d’une authenticité certaine, et qu’il n’y voit qu’une simple forme du Melica ciliata L.

M. Poisson fait à la Société la communication suivante :

SUR LE GENRE NOUVEAU HENNECARTIA DE LA FAMILLE DES MONIMIACÉES, par M. J. POISSON.

Peu de plantes présentent des caractères aussi variés dans leur androcée que celles de la famille des Monimiacées. Les étamines, en effet, ont les anthères les plus diverses, soit par la forme même de ces organes, soit par le mode de déhiscence de leurs loges.

Indépendamment des appendices singuliers qui, le plus souvent, accom- pagnent chacune des étamines à forme normale, on voit dans d’autres genres des étamines qui prennent une configuration spéciale, et qui peut, dans la plupart des cas, servir à distinguer tel ou tel genre de cette famille,

On sait qu’il n’en est pas de même pour la majorité des autres groupes de plantes, notamment ceux à sexes séparés, dont les représentants ne peuvent qu’exceptionnellement être caractérisés d’une facon suffisante avec le secours des fleurs mâles.

du M. Magnolü; il est suffisamment reconnaissable par sa panicule allongée, inter- rompue comme dans le M. Magnolü, maïs bien plus grèle, et me paraît mériter d’être conservé comme variété du M. ciliata.

(1) Voyez le Bulletin, t. XXVIIT (1881), pp. 241-243, et t. XXX (1883), session d’An- tibes, pp. XCVI et suiv.

POISSON. HENNECARTIA, GENRE NOUVEAU DE MONIMIACÉES. 39

Par la structure des étamines de certains genres, les Monimiacées accu- sent leur parenté avec les Laurinées, en ayant des anthères à loges s’ou- vrant par des panneaux, comme dans les Citrosma, Atherosperma et Doryphora. Si la déhiscence est longitudinale, comme on le constate dans les Ambora et Monimia, la forme même de l’anthère et celle de son connectif sort de l'ordinaire. Enfin les anthères peuvent, par une longue courbe passant d’une loge à l’autre et réunissant celles-ci par un sinus commun, prendre la forme d’une selle, par exemple, d’où Ephippiandra, ou d’un fer à cheval, ce qui se rencontre chez les Mollinedia, Mat- thœa, etc.

Le genre Hennecartia est un nouvel exemple de la diversité des fleurs mâles dans cette famille, et c’est peut-être le trait le plus saillant de ce type intéressant.

En effet, les étamines sont disposées sur un réceptacle discoïde, rappe- lant un peu le réceptacle d’inflorescence de quelques Dorstenia, ou plus exactement celui d’un Antiaris. Elles sont très nombreuses (60 à 80), dépourvues de tout appendice accessoire, et forment autant de petites demi-sphères rapprochées les unes des autres.

Au moment de la déhiscence, chacune d’elles, en s’élevant par son point central ou connectif, déchire la loge circulairement, et les parois libres de l’anthère apparaissent comme un petit Champignon muni de son pédicule, tandis qu’à la base reste la portion qui n’a pas été soulevée, et qui forme une sorte de margelle adhérente au réceptacle. Chaque anthère semble avoir ainsi à sa base une petite cuvette réceptrice du pollen.

La fleur femelle, quoique n'ayant pas une originalité égale à celle de la fleur mâle, n’est pas dépourvue d'intérêt.

Dans un réceptacle en forme de bouteille, ce qui est le propre de beau- coup de Monimiacées, on remarque un ou, le plus souvent, deux ovaires ou carpelles. Ces ovaires sont fixés à la base du réceptacle, un peu à la manière de ceux des Rosiers, dont ce réceptacle rappelle assez la forme. La paroi interne est tapissée de poils simples et ascendants.

Cependant il faut considérer comme étant spécial au genre Hennecartia la tuméfaction du bord du réceptacle femelle, qui produit un bourrelet saillant, épais, révoluté et légèrement festonné. Cet appareil simule un volumineux stigmate, crénelé à son pourtour et terminant un ovaire.

Les carpelles sont accompagnés d’un style relativement court, attei- gnant à peine la gorge rétrécie du réceptacle, et surmontés d’un stigmate fort réduit. Chacun d’eux contient un ovule anatrope pendant du sommet de la loge, à micropyle supérieur et à raphé externe.

Le fruit, unique dans le spécimen considéré, remplit complètement le réceptacle, lequel reste couronné des traces du bourrelet, si évident à l’époque de la floraison. Cependant cette enveloppe, sorte d’indusie du

40 SÉANCE DU 23 JANVIER 1885.

réceptacle persistant, se rompt en quatre ou cinq lanières, et laisse échapper son contenu.

L’achaine, qui est ainsi mis en liberté, est formé d’un péricarpe crus- tacé renfermant une graine à tégument mince et papilleux, puis est pourvu d’un raphé qui a la particularité de se séparer de la graine en un mince ruban, à reflet nacré sur l’échantillon sec. Ce caractère du raphé, au moins saillant, est figuré dans une des planches du beau mémoire de M. Tulasne sur les Monimiacées.

Quelle place faut-il assigner à ce genre dans la famille qui@i donne asile ?

Par le port, l’'Hennecartia rappelle, à s’y méprendre, une Artocarpée, et l’on serait tenté, de prime abord, de le placer dans le genre Sorocea, dont il a le feuillage. Cependant une grossière anatomie de la feuille l’en éloigne aussitôt. Dans ce dernier, la couche épidermique de la face supé- rieure des feuilles est composée d’un seul rang de cellules, tandis que les feuilles de l'Hennecartia ont un épiderme formé de deux rangs évidents de cellules superposées, incolores, de diamètre différent, il est vrai, mais qui n’en composent pas moins la couche épidermique de ces feuilles . |

Sous le rapport de l’androcée, aucun genre de la famille ne peut lui être comparé. Cette forme particulière d’étamines ne se rencontre guère que dans le genre Brosimum, qui, par ce caractère d’avoir des étamines à anthères peltées, se distingue si facilement entre toutes les Artocarpées.

Le gynécée est celui d’une Monimiacée à fleurs unisexuées, sauf le développement du bord du réceptacle et le nombre restreint des car- pelles.

En résumé, on pourrait placer ce nouveau type près des genres Monimia et Mollinedia, mais l'Hennecartia serait la Monimiacée la plus pauci- ovulée qui soit connue.

HENNECARTIA.

Flores monœci (fortassis et diæci), in inflorescentias axillares ad apices ramorum juniorum congesti.

Masculi pedicellati, perianthio destituti, e receptaculo discoideo sta- mina numerosa gerente constantes, antheris sessilibus peltiformibus rima circulari continua dehiscentibus.

Fœminei pedicellati, perianthio nullo, aut e laciniis paucis minutis faucem receptaculi lageniformis cireumdentibus confecto; margine receptaculi incrassato aut tumefacto.

Ovarium unicum aut binum, stylo gracili terminatum, stigmate acuto aut punctiformi; ovulo unico anatropo, ex apice loculi pendulo.

POISSON. HENNECARTIA, GENRE NOUVEAU DE MONIMIACÉES,

Fructus siccus, involucro persistente involutus. Semen maturum albuminoso-carnosum, oleosum ; raphe a tegumento facile solubili.

IT. OMPHALANDRA, Sp. nov.

Arbuscula 3-4 metralis, ramis cylindricis striatis, ætate primaria pube- rulis, demum glabratis ; merithallis inæqualibus.

Folia opposita suboppositave, nonnunquam in verticillum approximala aut in merithallis procerioribus alterna, lanceolata acuminata, 7-12 cent. longa, 2 1/2-3 lata, coriacea, lucida, e viridi glaucescentia, argute ser- rala, serraturis mucronulatis, 1-3 mill. longis, ab apice ad basim foli gradatim decrescentibus, in ipsa basi quasi nullis, pagina superiore cel- lularum tabula duplici instructa; nervis primariis in pagina inferiore prominentibus, secundariis pinnatim divisis, mox areuatis, extremis inter se anastomosantibus. Petioli breves, canaliculati, primo puberuli, demum glabrati, celloso-rimosi, 5-7 mill. longi.

Flores masculi singulatim ex axilla bracteolæ brevis orti, oppositi aut suboppositi, raro verticillati, 4-6 in eodem ramulo congesti.

Receptaculum dilatatum discoideum, margine nonnihil sinuatum, in tempore antheseos 1 cent. circiter latum, pedicello centrali puberulo 6-7 mill. longo, vix 4 mill. crasso suffultum, inferius leve, brunneum, superius stamina 60-80 gerente, antheris luteis peltiformibus puncto cen- trali brunneo notatis; connectivo depresso discoideo rima cireulari con- tinua apertis idcircoque formam agaricinam referentibus. Pollen subglo- bosum.

Flores fœminei solitarii, ex axilla bracteæ caducæ in ramis junioribus singulatim nascentes, oppositi aut subverticillati vel etiam in eodem ramulo alterni ; pedicello viflosulo gracili,5-7 mill. longo. Receptaculum lageniforme villosum brunneum, 2-4 mill. crassum, exostomate quodam sligmatiformi carnoso fimbriato faucemque claudente superiusterminatum, cavitate interiore pilis simplicibus erectis instructa, fauce ipsa angusta, ligulis tenuibus vix perspicuis occupata. Ovaria bina (rarius unum) ad basim receptaculi inserta, stylo brevi gradatim attenuato et in stigma Minutum desinente superata.

_ Ovulum unicum pendulum, anatropum, raphe exteriore prominula Signatum.

Receptaculum fructiferum globosum 7-10 mill. diametro transversali meliens, ante maturitatem clausum, extus rugosum, in sicco flavescens, apice reliquis exostomatis coronatum; maturum in 4-5 lacinias intus brunneas, demum revolutas, irregulariter lacerum.

_Fructus (achænium) e receptaculo sponte delabens, epicarpio tenui nigro lucido endocarpioque crustaceo lutescente involutus.

42 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

Semen hilo superius notatum raphemque gerens prominulam facile a tegumento secedentem et chalazæ lata insertione applicitam ; tegumento papilloso, cinereo ; albumine copioso carnoso oleoso; embryone minuto prope hilum sito.

America meridionali : « Paraguay. Forêts situées à l’est de la Cor- dillière de Villa-Rica. » Legit Balansa, 2342.

Genus D. Hennecart botanices fautori egregio dicatum.

SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

PRÉSIDENCE DE M. CHATIN, VICE-PRÉSIDENT.

M. Costantin, vice-secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance du 23 janvier, dont la rédaction est adoptée.

M. Malinvaud demande la parole à propos du procès-verbal et s'exprime en ces termes :

Notre honorable collègue M. Rouy, dans la note, ou plutôt la mercu- riale qu’il m’a fait l’honneur de m'adresser à la fin de la dernière séance sur la question des Melica, a fait valoir divers griefs sans aucun rapport avec l’objet du débat, et auxquels je suis certain qu’on m’excusera de ne pas répondre. Un reproche plus sérieux, si j’en ai bien compris la portée au cours de la lecture un peu rapide de notre collègue, serait de n’avoir pas traduit avec une précision ou une clarté suffisante le passage du Flora italiana de Parlatore sur lequel je m'étais appuyé pour mettre hors de doute, me semblait-il, l'existence du Melica nebrodensis (étroi- tement ou largement compris, peu importe) dans les limites de la flore française. Désireux de faire droit à cette réclamation, je demande à lire ici le texte original que je m'étais borné à résumer. Parlatore (oc. cit. tome [, page 300) indique dans les termes suivants la distribution géo- graphique de son Melica nebrodensis :

« Specie propria delle montagne delle Madonie in Sicilia, et dei Pirenei, donde l’ho » avuta comunicata dal sig. Franqueville, che l’ha raccolta a Saint-Sauveur in luoghi » sassosi aprici, à 983 metri di altezza. »

SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885. 43

Si notre confrère avait pris la peine de consulter lui-même l'ouvrage de Parlatore, il aurait sans doute renoncé à l’une de ses deux conclusions, à savoir, que le Melica nebrodensis (qualifié par lui de plante orientale) ne saurait plus être admis « comme appartenant à la flore française ».

Quant à la seconde conclusion, relative à la disjonction spécifique des Melica nebrodensis et ciliata, je ferai simplement remarquer que je ne suis pas seul de l'avis contraire, qui est celui de spécialistes tels que M. Hackel et d'auteurs classiques, par exemple MM. Cosson, Boissier, ete.

Notre honorable collègue me semble donc avoir affirmé un peu témé- rairement que ses deux assertions « sont du domaine des faits ».

M. Rouy répond de la manière suivante :

Puisque M. Malinvaud revient encore sur ce sujet, je suis aise que mon honorable collègue cite enfin, non point des localités françaises, comme ilest dit dans sa note lue à Antibes, mais la localité des Pyrénées centrales, seule mentionnée par Parlatore. Par une heureuse fortune, je me trouve avoir, entre plus de cinquante parts d’espèces ou formes de la section du Melica ciliata L., justement la plante de Saint-Sauveur, Gèdre, Luz, qui.a été distribuée par M. Bordère, le collecteur bien connu, et publiée par lui dans l’Herbarium europœum de M. Bæœnitz, en 1876 et 1882 ; je puis dès lors garantir à M. Malinvaud que l’assimilation entre la plante des Pyrénées centrales et celle de Sicile ne saurait être faite à bon droit, et que le Melica de Saint-Sauveur, par ses feuilles longues, enrou- lées, subulées au sommet, sa grappe du double plus allongée, sa taille relativement élancée, ses glumes plus courtes, presque égales, ne peut être séparé de la forme ordinaire (genuina) du M. ciliata L., notamment de mes exemplaires provenant de l'ile d’Œland, localité princeps de l'espèce linnéenne. Pour le surplus, je m’en réfère simplement à ma note lue à la dernière séance.

Donc, que l’on considère le M. nebrodensis Parlat. comme espèce, sous-espèce ou même variété, selor. l'appréciation que le botaniste se ‘forme du type spécifique, on ne saurait en aucune façon identifier la plante des Pyrénées à celle des monts Nébrodes, et le M. nebrodensis Parlat., bien reconnaissable, je le répète, à sa taille peu élevée, ses feuilles courtes, sa grappe spiciforme de moitié plus courte, peu fournie, lâche, ses fleurs allongées presque de moitié plus grandes, à glumes net- tement inégales, n’appartient pas jusqu'ici à la flore française. Parla- tore, en rattachant en 1848 la plante des Pyrénées à son M. nebrodensis, a fait une assimilation trop hâtive, ce dont les meilleurs botanistes ne Sont pas exempts, sur laquelle il convient peu d’insister, alors qu’à juste litre les auteurs contemporains n’en tiennent plus compte.

44 SÉANCE DU A3 FÉVRIER 1885.

M. Rouy ajoute qu’il présentera à la Société, dans une prochaine séance, les échantillons du Melica des Pyrénées qu'il a reçus de M. Bordère.

M. Malinvaud dit qu’il lui semble difficile d'admettre à priori, et sans preuve matériellé à l'appui, un fait aussi invraisemblable que l'erreur de détermination attribuée à Parlatore au sujet d’une de ses espèces.

M. Rouy répond que la preuve matérielle est la plante des Pyré- nées elle-même, que M. Malinvaud aurait pu étudier (puisqu'elle

aété publiée dans des ewsiccala connus) avant d’en parler par oui-dire et d’après une assertion déjà ancienne.

M. le Président proclame membres de la Société, par suite de présentations faites dans la dernière séance :

MM. Giorpano (D' Joseph-Camille), professeur de sciences natu-

relles à linstitut technique de Naples, présenté par MM. Jatta et Cornu.

LEMoINE (Émile), licencié ès sciences naturelles, rue de l'Étang, à Nancy, présenté par MM. Lemonnier et Mangin.

PÉNICAUD (Georges), rue Taitbout, 27, Paris, présenté par MM. Duchartre et Malinvaud.

TASSEL (Raoul), rue de la Barrière, 58, à Elbeuf (Seine-In- férieure), présenté par MM. Legrelle et Larcher.

M. le Président fait ensuite connaître une nouvelle présentation. M. le Secrétaire général donne lecture de lettres de MM. Piquot

et Fliche, qui remercient la Société de les avoir admis au nombre de ses membres.

Dons faits à la Société :

Ch. Flahault, Récolte et préparation des Alques en | voyage.

Gandoger, Flora Europe, t. UT et IV.

Lebreton et Malbranche, Excursions cryptogamiques (Champignons).

J, Em. Planchon, Catalogue des graines récoltées en 1884 au Jardin des plantes de Montpellier.

B. Renault et R. Zeiller, Sur un Equisetum du terrain houiller supé- rieur de Commentry.

Sur l'existence d’Astérophyllites phanérogames.

R. Zeiller, Cônes de fructification de Sigillaires.

C. Roumeguère, Revue mycologique, n°° 21 à 95.

PATOQUILLARD. PISTILLARIA BULBOSA, SP. NOV. 45

Marie-Joseph Saint-Gal, Supplément à la Flore des environs de Grand- Jouan.

Ed. Timbal-Lagrave, Note sur l’Alyssum montanum L. des Pyrénées.

Essai monographique sur les Bupleurunm (fin).

C.-H. Delogne, Flore cryptogamique de la Belgique. Muscinées.

Morren, Choix de graines rec. au Jardin botanique de l’université de Liége en 1884.

Nylander, Addenda nova ad Lichenographiam europæam, 43.

James M. Crombie, On the Algo-Lichen Hypothesis.

Selwyn and Dawson, Descriptive Sketch of the physical Geography and Geology of the Dominion of Canada.

F. Cohn, Beiträge zur Biologie der Pflanzen, t. IV, fase. 1.

De la part de M. le Ministre de l’Instruction publique :

Société des sciences naturelles de la Charente-Inférieure. Annales de 1883.

M. Bureau offre à la Société, de la part de l’auteur, un ouvrage intitulé : Organismes problématiques des anciennes mers, par M. le marquis de Saporta, et donne un aperçu des matières qu’il renferme.

M. Patouillard fait à la Société la communication suivante :

NOTE SUR LE PISTILLARIA BULBOSA, sp. nov., par M. N. PATOUILLARD.

Au mois de septembre dernier, nous avons récolté dans le Jura, sur des tiges mortes d'Eupatorium cannabinum, un certain nombre de sclé- rotes bruns, de la grosseur d’une graine de Colza; ces sclérotes portaient pour la plupart des clavules d’un Pistillaria que nous n'avons pu examiner sur-le-champ au microscope, mais dont nous avons fait une ample provision.

Au bout d’une quinzaine de jours, ces sclérotes à demi desséchés ont été placés avec leur support sur du sable humide, et bientôt ils ont donné de nouvelles clavules fructifères, dont voici les caractères :

Plante entièrement blanche, de 4-5 millimètres de haut. Stipe pellu- cide, portant quelques poils unicellulaires, courts; base du stipe glabre, renflée en un bulbe hyalin. Clavule cylindrique, insensiblement atténuée au sommet en une pointe stérile; basides à 2, rarement à 4 stérigmates.

46 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

Spores incolores, ovoïdes, un peu courbées et atténuées en pointe à une extrémité (6-7 X 2 p).

En même temps que cette forme basidiosporée, les sclérotes ont donné naissance à de petites cupules blanches, sessiles, de 1-2 millimètres de diamètre, à surface d’abord concave, puis bientôt devenant convexe. L’exa- men microscopique de ces cupules montre qu’elles sont formées d’un tissu émanant du sclérote, et portant à sa partie supérieure une couche de bâtonnets qui se désarticulent en 3-4 articles cylindriques (8-10 X2p), incolores, qui sont des conidies.

Ces conidies, placées dans un liquide nutritif, entrent immédiatement en germination, et montrent les phénomènes suivants.

Il se produit d’abord trois ou quatre vacuoles dans le protoplasma, puis chaque extrémité de la conidie se dilate pour former une petite am- poule dans laquelle se condense une masse plasmique très réfringente ; bientôt un filament naît de chaque ampoule. Ce filament s’allonge beau- coup, se cloisonne, devient rameux, et ne tarde pas à s’anastomoser avec ceux qui proviennent des conidies voisines, de manière à former un réseau mycélien. Pendant ce temps, la cavité de la conidie se vide de son protoplasma, à l'exception des deux globules réfringents qui persistent dans les ampoules, et cette cavité se coupe en trois cellules, par la produc- tion de deux cloisons.

Il arrive quelquefois que le filament naît sur le milieu de la longueur de la conidie: dans ce cas, la paroï commence par former une boursou- flure, dans laquelle se produit un noyau réfringent; puis un filament part de cette boursouflure, et les choses se passent comme dans le pre- mier cas.

Nous avons ensemencé des feuilles d’Uva-ursi el de Graminées, avec ces conidies, et, au bout de peu de jours, nous avons obtenu des clavules basi- difères et des cupules à conidies, sans qu’il v ait eu formation préalable de sclérote. Parfois l’état basidié s’élève du centre de la masse conidifère.

Enfin, nous avons observé également la production du selérote. Lors- que les cupules conidifères sont dépouillées de leurs spores, et que le substratum tend à se dessécher, le stroma s’accroit et cuticularise sa surface qui se colore en brun.

La grande facilité avec laquelle se reproduit ce Champignon nous a permis de le cultiver pendant environ quatre mois.

Le Pistillaria bulbosa est affine au P.diaphana et au P. sclerotioides, mais en diffère par sa pointe stérile et son stipe pubérulent,.

M. J. Vallot fait à la Société la communication suivante :

VALLOT. PLANTES RARES OU CRITIQUES DE CAUTERETS. 47

PLANTES RARES OU CRITIQUES DE CAUTERETS (HAUTES-PYRÉNÉES), par M. J. VALLOT.

Depuis quatre ans je passe, chaque été, cinq ou six semaines à Caute- rets, consacrant tout mon temps aux recherches botaniques. J'ai ren- contré dans mes herborisations un certain nombre d'espèces nouvelles pour le département, d’autres très rares dans les Pyrénées, et dont, par conséquent, il est intéressant d'indiquer des stations nouvelles. C’est l’énumération de ces plantes que je vais donner ici, en y joignant les observations que j’ai été amené à faire sur quelques espèces critiques.

Thalictrum alpinum L.— Cette petite espèce n’est pas rare dans la ré- gion alpine, on l’observe souvent avec une abondance extraordinaire ; ainsi, sur les pelouses des oulettes de Vignemale, elle croît par millions de pieds, et elle forme presque le quart de la végétation.

Anemone narcissiflora L.— Il est rare qu’on en rencontre des indi- vidus de grande taille et à fleurs nombreuses, comme dans les Alpes; celte espèee est presque toujours petite et uniflore dans la région.

Ranunculus platanifolius L. Escale de la Pourtère, dans la vallée de Marcadau. Cette espèce n’est pas indiquée dans la Flore du départe- ment des Hautes-Pyrénées de M. l’abbé Dulac, mais cependant je ne la crois pas nouvelle pour le département. L'auteur de cette Flore indi- quant à Cauterets Le R. aconitifolius L., que je n’y ai jamais rencontré, il est à supposer que, suivant l'opinion de Zetterstedt, il a réuni les deux espèces sous le nom de R. aconitifolius L.

Ranunculus pyrenæus L. (R.pyrenœusL.et R.angustifolius L.).— Je n’ai rencontré dans la région que la variété petite et uniflore de ces deux formes.

Le R. angustifolius L. serait nouveau pour le département, si c’était une bonne espèce; mais je suis persuadé que ce n’est qu’une forme pure- ment accidentelle du R. pyrenœus, qui ne mérite pas même le nom de variété. Le R. pyrenœus ayant souvent les feuilles tout à fait linéaires, le R. angustifolius n’en diffère que par son pédoncule glabre. Sur plu- sieurs séries d'échantillons recueillis dans la même localité, j'ai pu con- Slaler les variations suivantes : Pédoncule très laineux hérissé pubescent pubescent en haut et glabre en bas glabre ; le reste de la plante étant semblable dans les deux formes. Il est donc impossible d'admettre que le R. angustifolius soit autre chose qu’une forme glabre du R. pyrenœus.

Ranunculus montanus Willd. (R. montanus Willd. et R. Gouani

18 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

Willd.). J'ai rencontré dans l'étude de ces formes les mêmes difficultés que Soyer-Willemet et Zetterstedt. Dans la région basse, le R. Gouani est très caractérisé ; il en est de même du R. montanus, dans les hautes régions : mais les échantillons recueillis dans la région moyenne sont toujours difficiles à rapporter à l’une ou à l’autre de ces espèces, et la confusion augmente avec le nombre d'échantillons recueillis, car on trouve des passages insensibles d’une forme à l’autre.

Soyer- Willemet (Observations sur quelques plantes de France) divise le R. montanus en deux variétés, l’une renfermant le R. montanus et le R. Villarsii, autitre de variations, et l’autre constituée par le R. Gouani. C’est à peu près ainsi que je grouperai ces diverses formes, tout en fai- sant remarquer que, si je ne comprends pas le À. Villarsii dans ce grou- pement, c’est uniquement parce que je ne l'ai pas rencontré aux environs de Cauterets, sans nier sa présence dans d’autres localités des Pyrénées. Voici la nomenclature que j'adopterai pour les formes les plus saillantes que l’on rencontre à Cauterets, et qui sont réunies, ainsi que je l'ai dit, par de nombreux intermédiaires.

R. monranus Willd. var. «. Lapeyrousii Soy.-Will. (R. montanus Lapeyr.). Feuilles caulinaires digitées, à lobes linéaires entiers.

Var. 5. Gouani Soy.-Will, (R. Gouani Willd.).— Feuilles caulinaires palmées, à lobes lancéolés dentés.

f. hirsuta. Plante grande, hérissée. f. subglabra. Plante petite, presque glabre. Var. y. gracilis (R. gracilis Schleich.). Plantes grêle; carpelles à bec court.

Arabis ciliata Koch. Route de la Raiïllère ; Péguère ; Castelabarque. Cette espèce, très rare dans le département, elle est indiquée seulement à Midau, à donné lieu à quelques confusions. Philippe ne l’in- dique qu'à Esquierry, sur la foi de Bentham, en déclarant qu’il n’a jamais pu l’ÿ découvrir, tandis que Zetterstedt assure l'y avoir rencontrée; ce dernier l'a aussi recueillie au pied du port de Venasque et à Super- bagnères.

Draba pyrenaica L. (Petrocullis pyrenaica R. Br.). Cette espèce n'est pas commune dans les Pyrénées, elle paraît exiger des conditions de terrain toutes spéciales. Aux environs de Cauterets, je ne l'ai rencontrée qu'au sommet du Monné. Elle demande une grande altitude et-un ter- rain calcaire, conditions peu communes qui expliquent sa rareté. Elle a été signalée au pic du Midi de Bigorre, au Marboré et sur plusieurs sommets des environs de Pau, tous calcaires, tandis qu’on ne la trouve pas au

J. VALLOT. PLANTES RARES OU CRITIQUES DE CAUTERETS. 49

Néthou, au pic de Sauvegarde, au pic d’Ardiden, à la grande Fache, au pic du Midi d’Ossau, etc., sommets granitiques ou schisteux. Au Ba- laïtous, d’après M. le comtede Bouillé, elle est cantonnée sur les parties calcaires ; ayant fait l'ascension de ce pic par l’arête de l’est, qui est gra- nitique, je ne l’y ai pas rencontrée, pas plus qu’au pie voisin, la Fron- dellia. Cependant elle est indiquée au Néouvielle, dont la masse est gra- nitique; mais cette indication est bien vague, et aurait besoin d’être vérifiée au point de vue de la nature du sol.

Je ne saurais dire si le Draba pyrenaica se trouve partout sur le cal- caire. MM. Unger et Stendner le signalent en Allemagne toujours sur le calcaire, mais M. Verlot l'indique dans les parties calcaires et granitiques du Dauphiné. Il ne se trouve pas dans le massif granitique du Mont-Blanc.

Draba incana L. Pic de Viscos. -— C’est une des espèces les plus rares des Pyrénées; elle croît en abondance au sommet même du Viscos. Grenier et Godron, dans la Flore de France, ne l’indiquent dans les Pyrénées que d’après de Candolle, Loiseleur et Bentham, qui ne la citaient eux-mêmes que sur la foi de Lapeyrouse. Ce dernier ne l'avait rencontrée que dans le département des Pyrénées-Orientales. La Flore des Pyrénées de Philippe en cite seulement trois localités, aux environs de Bagnères de Bigorre. Les nombreux échantillons du pic de Viscos sont très touffus et de haute taille (plus de 20 cent.).

Helianthemum jitalicum Pers. var. glabratum (H. œlandicum DC.). Péguère, rochers calcaires. Espèce nouvelle pour le département, et qui n’est indiquée dans les Pyrénées centrales qu’à la peña Blanca.

Polygala depressa Wend. Péguère ; Peyraoute. Espèce très rare dans les Pyrénées, qui n’est indiquée qu’à Pau et à Bagnères de Bigorre.

Lychnis coronaria Lank. Cette belle espèce, une des plus rares de la flore de France, n’est indiquée dans les Pyrénées qu'à Cazaril, près de Luchon. Je l'ai trouvée en abondance dans les bois, autour du hameau de Séquès, près de Cauterets, sur le versant occidental de la montagne de Peygrenègre. La plante y est cerlainement indigène, car elle croit par mil- liers de pieds, et a envahi des clairières entières. Les habitants de Cau- terets vont quelquefois en chercher pour en planter dans leurs jardins.

Alsine cerastiifolia Fenzl. Col de la Fache ; Mont-Perdu. Cette rare espèce n’est signalée dans les Pyrénées centrales qu’au cirque de Troumouse et à la Maladetta. On la trouve aussi sur quelques lieux élevés des environs de Pau.

Geranium nodosum L. Promenade des Lacets. Nouveau pour

le département. On le trouve aussi à Luchon et dans les Pyrénées- Orientales.

Te XXXIL. (SÉANCES) !

50 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

Hyperieum tetrapterum Fr. Cette espèce, qui n’est indiquée dans le département qu’à la vallée d’Aure, est commune autour de Cauterets. On la distingue aisément, par ses sépales acuminés, de la suivante, qui a les sépales ohtus.

Hypericum quadrangulum L. Je n’ai pas rencontré dans ma région cette espèce, qui y est indiquée par M. l'abbé Dulac. N'y a-t-il pas eu confusion avec l'espèce précédente qui est commune à Cauterets, et n’y est pas signalée dansla Flore des Hautes-Pyrénées ?

Cytisus decumbens Walp.— Pentes du Cabaliros. Plante très rare dans les Pyrénées, elle est indiquée seulement aux environs de Bai- gorry, au pic d'Anie et au Monné.

Medicago minima Lamk.— Base de Peyrenègre. Nouveau pour le département.

Oxytropis montana DC. Je possède en herbier un échantillon de cette plante, récolté au Monné par M. Lebel, mais je ne l’ai jamais ren- contrée dans les Pyrénées, elle n’est pas indiquée par les auteurs.

Potentilla minima Hall. Oulettes de Vignemale ; Chabarrou; entre les deux premiers lacs d’Estom-Soubiran, elle est abondante au com- mencement de la saison. Cette espèce n’est indiquée dans les Pyrénées qu’à Troumouse, elle a été récoltée par M. Bordère, au soum d’Aucupat etau Vignemale, elle est indiquée par Philippe.

Rosa pomifera Herm. Promenades du Parc et des Lacets. Cette ‘espèce est assez rare dans les Pyrénées.

Poterium murieatum Spach. Cette espèce, qui n’a pas encore été signalée dans les Pyrénées, est-elle réellement différente du P. dictyo- carpum Spach?

Callitriche hamulata Kütz. Je l’ai trouvé, en quantité et parfaite- ment fructifié, dans un ruisseau, près de la petite mare qu’on rencontre au-dessus de l’escarpement d’Estom, un peu avant d’arriver au premier lac d’Estom-Soubiran, à une altitude de 2200 mètres environ; ce qui pa- raît curieux lorsqu'on voit qu'il se trouve au bord de la mer, aux mares de Roquehaute, dans l'Hérault. La plante est naine, mais facilement reconnaissable à ses fruits sessiles et à ses feuilles linéaires.

Cette espèce, nouvelle pour le département, n’a pas été indiquée dans la Flore des Pyrénées de Philippe. Zetterstedt l'indique entre Salles et Juset, en émettant un doute sur sa bonne détermination, et MM. Timbal- Lagrave et Jeanbernat la signalent au Laurenti.

Saxifraga mixta Lap. (S. pubescens DC; S. Zratiana Schultz; S.

groenlandica Lap.). A l'exemple de M. Engler, je réunis le S. mixta Lap. au S. Zratiana Schultz. Je considère même le S. Jratiana comme

J. VALLOT. PLANTES RARES OU CRITIQUES DE CAUTERETS. D

une simple forme du S. mixta, qui ne mérite peut-être pas le nom de variété. J’ai donné une attention toute particulière à l’observation de cette espèce sur le vivant; j'en ai étudié des centaines d'échantillons à l’état sec, et j'ai pu constater que peu de plantes de la région glaciale sont aussi polymorphes que celle dont je parle. Les pétales varient insensi- blement du simple au double; ils sont blancs ou pourvus de trois nervures purpurines. Les feuilles sont tantôt réunies en petites colonnes très ser- rées (S. [ratiana), tantôt en colonnes très làches (S. mixta), tantôt d’un vert noirâtre, tantôt d’un vert clair. On rencontre souvent toutes ces formes et leurs intermédiaires dans une même localité. Les diffé- rences sont causées par la nature du sol. La forme lâche se produit dans les éboulis, la plante est obligée de s’allonger entre les pierres pour aller chercher la terre végétale, ou lorsqu'elle est protégée par les fissures des rochers, et croît à l'ombre. La forme serrée se trouve dans les terrains découverts, balayés par le vent et la neige, dans les creux de rochers peu profonds, la plante ne trouve qu’une nourriture rare, qui ne peut suffire à un grand développement. J'ai souvent ren- contré les formes extrêmes à quelques pas l’une de l’autre, et je les ai même trouvées réunies sur un même pied.

Torilis helvetica Gmel. Mamelon vert; route de Pierrefitte. Nouveau pour le département, assez rare dans les Pyrénées.

Fœniculum officinale All. Route de Pierrefitte. Nouveau pour le département.

Sambucus racemosa L.— Chaque fois qu'on exploite par une coupe à blanc un bois de Sapins, dans la région subalpine de Cauterets, on voit apparaître spontanément une grande quantité de Sureaux, qui forment bientôt une sorte de taillis, remplaçant la sapinière.

Galium cometerrhizon Lap.—Picd’'Estom-Soubiran, vers 2700 mètres. Cette rare espèce n’est indiquée, dans les Pyrénées françaises, qu'à la vallée d’Eynes, à Riou-Mayou, au port du Plan, au col de Nourry et au port de la Canau.

Galium decolorans G. G. Base de Peyrenègre, au bord du chemin du Cabaliros. Cette plante, hybride des G. verum et Mollugo, est nou- velle pour la flore des Pyrénées. M. Timbal-Lagrave l’a trouvée aux envi- rons de Toulouse.

Senecio pyrenaicus G. G. Sommet du pic de Viscos. On n’en Connaît que quelques localités, dispersées dans toute la chaîne des Pyré- nées. Il est indiqué dans le département à Lhéris.

Artemisia Mutellina Vill. (A. Mutellina Vill. et À. Villarsii G. G.). Cette spèce est commune dans les Pyrénées élevées, au-dessus de

52 . SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

2500 mètres. L'examen d’un grand nombre de pieds m’a montré qu’elle a le réceptacle tantôt glabre, tantôt muni de quelques poils, tantôt couvert de poils nombreux. Dans le premier cas elle constitue A. Villarsüi, et dans le troisième l’A. Mutellina, la deuxième forme étant intermé- diaire. Comme on trouve dans une même localité, et souvent sur la même touffe, des fleurs présentant ces diverses variations, tous les autres caractères restant les mêmes, je ne puis croire que ces formes constituent des espèces distinctes, ni même des variétés. M. l’abbé Miégeville (1) est d'avis que, non seulement les formes des Pyrénées constituent deux espèces distinctes, mais aussi que ces espèces sont différentes des A. Mu- tellina et Villarsii des Alpes, et 1l donne des noms nouveaux aux formes pyrénéennes, À. racemosa correspondant à l’A. Villarsii, et A. oligan- tha correspondant à l'A. Mutellina; mais il avoue lui-même que PA. racemosa offre souvent des poils caducs sur le réceptacle. Je ne saurais être de son avis au point de vue spécifique, et je suis persuadé qu’il n’y a qu’une seule espèce dans les quatre formes considérées.

Gnaphalium norvegieum Gunn. Péguère. Cette plante est assurément rare dans les Pyrénées, Philippe ne l'indique qu’au pie du Midi et au port de Venasque. Toutefois je ne m'explique pas pourquoi cet auteur n’a pas mentionné les localités indiquées par Zetterstedt aux environs de Luchon.

Cirsium rivulare Link. Route de Pierrefitte ; Castelabarque. Cette belle espèce atteint une hauteur de 2 mètres dans un pré des envi- rons de Cauterets.

Cirsium glabrum DC. Assezrare dans les Pyrénées. Je n’en connais qu’une localité aux environs de Cauterets: c’est dans la vallée des oulettes de Vignemale, au bord du chemin, un peu après la cascade de Splumous.

Tolpis barbata Willd. Route de Pierrefitte. Nouveau pour le département, et rare dans les Pyrénées, il n’est indiqué qu’à Perpignan et à Saint-Béat.

Picris pyrenaica L. Indique par Philippe comme très rare dans les Pyrénées, et seulement au Laurenti (d’après Gouan) et à la vallée de Lutour. Il est commun autour de Cauterets.

Rumex Friesii G. G. (R. oblusifolius DC). Espèce nouvelle pour le département, quoique commune autour de Cauterets.

Rumex amplexicaulis Lap. Péguère ; couloir de Bat-Houradade, dans le massif d’Ardiden. Espèce nouvelle pour le département, une

(1) Miégeville, Essai de revision des Armoises des Pyrénées françaises (voy. le Bul- letin, t. XVILL, p. 367).

J. VALLOT. PLANTES RARES OU CRITIQUES DE CAUTERETS. 99

des plus rares des Pyrénées. Elle est indiquée seulement au Laurenti, à Salvanaire (Lap.), à Luchon et au port de Bénasque (de Jouffroy). Je ne puis me prononcer sur la valeur de cette espèce, que je n'ai étudiée que sur le sec.

Betula pubescens Ehrh.— Pic de Viscos; couloir de Bat-Houradade : Castelabarque. Nouveau pour le département. Iln’est indiqué que dans les Pyrénées-Orientales.

Allium fallax Don. Promenade du Parc: route de Pierrefitte ; Péguère ; Castelabarque. Cette espèce est indiquée comme très rare dans les Pyrénées.

Luzula spadieea DC. Assez commun dans la région alpine, comme l'indique Zetterstedt. Philippe et M. l'abbé Dulac l’indiquent comme très rare.

Euzula pediformis DC. Commun dans la région alpine, comme l'indique Zetterstedt, et contrairement à l'opinion de Philippe.

Scirpus compressus Pers. Eboulis morainiques dans la promenade des Lacets. Espèce nouvelle pour la flore des Pyrénées.

Carex Davalliana Sm. Vallée des oulettes de Vignemale. Très rare dans les Pyrénées.

Carex rupestris All, Très commun dans la région glaciale. Cette espèce n’est indiquée dans le département qu’à Héas. Zetterstedt la men- tionne dans plusieurs localités; je ne puis comprendre pourquoi Philippe l’a omise dans sa Flore des Pyrénées.

Carex capillaris L.— Vallée des oulettes de Vignemale: lacs d’'Estom- Soubiran ; pic d’Ardiden. Espèce très rare dans les Pyrénées.

Trisetum agrostideum Fr. Vallée des oulettes de Vignemale. Plante de Laponie, découverte aux environs de Héas par M. l'abbé Mié- geville, qui l'avait fait déterminer par Gay. Plus tard M. l'abbé Miége- ville à cru pouvoir en faire une espèce nouvelle, sous le nom de T. bare- gense. C'est une des plantes les plus rares des Pyrénées.

Poa eæsia Sm. Col de la Haourade. Très rare dans les Pyré- nées, il n’est indiqué qu’au port de la Glère.

Poa laxa Hænke. Cette espèce, considérée comme rare, se trouve partout dans la région glaciale.

Festuca pilosa Hall. Castelabarque ; pic d’Ardiden. Cette espèce, une des plus rares des Pyrénées, est indiquée au Canigou et à Cambredase par Grenier et Godron. Philippe et Zetterstedt ne la mentionnent pas dans leurs Flores, mais M. l’abbé Miégeville l’a rencontrée à Héas.

Polypodium rhætieum L.— Escarpement d'Estom; Péguère.— Nou-

54 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

veau pour le département. Il à peut être été confondu avec l’Asplenium Filix-fœmina.

Equisetum variegatum Schleich. Lac de Gaube et vallée des oulettes de Vignemale, il est très abondant. Nouveau pour le dépar- tement. Philippe indique l'E. hyemale comme très commun autour du lac de Gaube; il faut supprimer cette dernière espèce, qu'il a certainement confondue avec l’E. variegatum.

M. Rouy dit qu’il partage l’opinion de M. J. Vallot, au sujet de la réunion en un même type spécifique des Ranunculus angustifo- lius DC., qui se présente cependant le plus souvent avec des feuilles caulinaires un peu amplexicaules, et R. pyrenœus L. Il ajoute que trois autres plantes viennent augmenter l'aire de variation du R. pyrenœus : les R. plantagineus AÏl., bupleurifolius Lapevyr. et alismoides Bory, ce dernier de la sierra Nevada. Ainsi compris (sensu latissimo), le R. pyrenœus comporte donc cinq variétés :

. plantagineus DC. (R. plantagineus AI.),

. bupleurifolius DC. (R. bupleurifolius Lap.), vulgaris,

. angustifolius (R. angustifolius DC.),

«. uniflorus Boiss. (R. alismoides Bory).

dd À © &

M. Rouy fait remarquer que l’Arabis ciliata R. Br. est une espèce particulière aux îles Britanniques, et que la plante appelée ainsi par Grenier et Godron est l'A. alpestris Schleich., qui existe, en France, dans les Pyrénées, le Jura, le Dauphiné, et s’étend de jusqu’en Serbie.

Au sujet de l'habitat élevé croît dans les Hautes-Pyrénées le Callitriche hamulata Kütz., M. Rouy dit que cette plante ne craint nullement les localités froides : on l’a signalée dans les hautes montagnes, et elle existe aussi dans les régions septen- trionales de l’Europe (Suède centrale, etc.); il la même reçue récemment venant du Groenland.

M. Bonnier a observé aux Grandes-Rousses, dans les Alpes, le Petrocallis pyrenaica dans un terrain qu’il a analysé et qui n’était certainement pas calcaire. [1 a également observé le Callitriche hamulata dans les lieux élevés. Il a aussi remarqué aux environs de Luz et de Gavarnie, et dans la vallée d’Aure, une série de passages entre le Ranunculus Gouani et le R. montanus.

LECLERC DU SABLON. CHUTE DES FEUILLES. 09

M. G. Bonnier demande à M. J. Vallot comment il distingue le Festuca pilosa du F. Eskia.

M. J. Vallot répond que ces deux espèces ont le même port, et peu- vent être facilement confondues à première vue. Le Festuca pilosa a les glumelles mutiques, et l'ovaire glabre, tandis que le F. Eskia a les glumelles ordinairement aristées, et l'ovaire velu au sommet. Mais la meilleure manière de les distinguer réside dans l'examen d’une coupe transversale de la feuille. Les feuilles radicales des deux espèces sont pliées et pourvues sur la face intérieure d'un certain nombre de lobes semblables ; mais l'hypoderme est formé de petits groupes distincts à la face extérieure des feuilles du F. pilosa, tandis qu’il forme un revêtement épais et continu dans le F. Eskia, au-dessous de l’épiderme. L’inverse a lieu pour la face intérieure des feuilles, les fibres hypodermiques ne forment que de petites masses au sommet des lobes du F, Eskia, tandis qu'elles bordent tout le contour des lobes chez le F. pilosa. De plus, le F. pilosa est pourvu de cellules bulliformes entre les lobes, tandis que le F. Eskia en est toujours dépourvu. Ces caractères anatomiques paraissent rapprocher le F. pilosa de la structure des Poa, ce qui ne surprendra pas, lorsqu’on saura que M. Hackel (Monogr. Festuc. europæar.), se fondant sur les caractères du fruit, a exclu cette espèce du genre Festuca, pour lui rendre son ancien nom de Poa violacea Bell. On voit par les grands services que peut rendre l’anatomie pour la détermination de plantes dont la structure intérieure peut être très différente, malgré leur res- semblance superficielle.

M. Duchartre signale à M. J. Vallot la présence du Cirsium gla- brum à la peña Blanca.

M. Leclerc du Sablon fait à la Société la communication sui- vante :

SUR UN CAS DE LA CHUTE DES FEUILLES, par M. LECLERC DU SABLON.

Les feuilles du Laurier-cerise (Cerasus Lauro-Cerasus) sont persis- tantes ; elles restent vertes pendant tout l'hiver, et tombent d’une façon irrégulière à une époque mal définie. J'ai eu l’occasion, pendant le mois de septembre dernier, d'observer sur cet arbre un cas de la chute des feuilles tout à fait particulier. Un jeune plant, repiqué l'hiver précédent, avait eu à souffrir de la sécheresse de l’été, sa croissance avait été faible,

56 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

et il commençait à s’étioler, lorsque les pluies de septembre vinrent lui donner une vigueur nouvelle. À ce moment, l'extrémité des feuilles était plus ou moins jaune, tandis que la partie la plus rapprochée du pétiole avait à peine changé d'aspect ; il y avait d’ailleurs toutes les tran- silions entre les couleurs de ces deux parties. Bientôt après, on put voir apparaître sur la feuille une ligne la divisant en deux régions. Tout ce qui était en deçà de cette ligne par rapport au pétiole est resté vert et vivant, tandis que tout ce qui était au-delà a continué à jaunir, et finale- ment s’est détaché du reste de la plante. Il s'est donc effectué ici une chute partielle de la feuille; la ligne de séparation entre la partie tom- bée et le reste de la plante, au lieu de se trouver comme d'ordinaire à la base du pétiole, partage ici le limbe d’une façon tout à fait irrégulière. On trouve même quelquefois deux lignes analogues complètement dis- tinctes sur la même feuille. La première sépare la partie terminale de la feuille, parcourant le limbe d’un bord à l’autre ; tandis que la seconde décrit un contour fermé dans la partie de la feuille restée vivante, et en détache ainsi un morceau comme à l’emporte-pièce. La partie de la feuille qui reste se trouve ainsi finalement perforée.

Il m'a paru intéressant d'examiner si, au point de vue anatomique, ce phénomène s’opérait suivant les lois ordinaires de la chute des feuilles, ou si à ce cas exceptionnel dans la morphologie externe correspondait quelque chose de particulier dans la structure interne. En faisant une coupe perpendiculaire à la ligne de séparation dans une feuille la chute est imminente, voici ce qu'on peut observer. La cuticule, très épaisse surtout à la face supérieure de la feuille, subit une solution de continuité ; les cellules de l’épiderme, ainsi que celles du tissu en pa- lissade, sont gonflées, arrondies et partiellement dissociées. La partie moyenne de la paroi mitoyenne de deux cellules s’est résorbée, les deux cellules sont ainsi devenues indépendantes l’une de l’autre, et se sont repoussées en s’arrondissant. Il y a de deux à quatre assises de cellules modifiées de cette façon. On voit qu'il y a quelque chose de tout à fait comparable à ce qui a été décrit pour la chute normale des feuilles par MM. Van Tieghem et Guignard (1). Ces auteurs décrivent une couche génératrice dont le fonctionnement produit deux ou trois assises de cel- lules entre lesquelles doit se faire la séparation.

Dans le cas actuel, je crois qu'il faut attribuer une moins grande importance à cette courbe génératrice, d’ailleurs si peu puissante dans le cas normal. C’est à peine s’il se produit un cloisonnement ou deux, je crois mème qu'il peut ne pas s’en produire. Il y a alors simplement mo- dification des cellules déjà existantes ; elles se sont séparées les anes des

(1) Voyez le Bulletin, séance du 22 juillet 1882.

U

ROUY. LEUCOIUM HERNANDEZII. 91

autres, ont augmenté de volume en s’arrondissant, et c’est ainsi quelles ont pu briser la cuticule et les vaisseaux des nervures. On peut apprécier approximativement le nombre des cellules nouvelles produites par l’é- cartement des deux parties de la cuticule qui ont été séparées. Sou- vent on voit que cet écartement peut s'expliquer par l'élargissement des cellules déjà existantes. Dans le parenchyme lacuneux, on peut observer les mêmes particularités, mais d’une façon bien moins nette. Dans les faisceaux des nervures, les choses paraissent se passer de la façon décrite par MM. Van Tieghem et Guignard pour le cas normal.

En somme, qu’il y ait production de cellules nouvelles ou simplement gonflement des cellules déjà existantes, le mécanisme de la chute est le même dans ce cas pathologique que dans le cas normal. Le végétal em- ploie le même moyen pour amputer un membre malade que pour se sépa- rer d’une de ses parties dont l’évolution est achevée.

M. Rouy fait à la Société la communication suivante : LE LEUCOIUM HERNANDEZII Camb. PLANTE FRANÇAISE, par M. G. ROUY.

Ce Leucoium est voisin du L. æstivum L., dont nous le considérons seulement comme sous-espèce, mais duquel il diffère : par ses feuilles ordinairement d’un tiers plus étroites, parfois à peu près de la même largeur; par sa spathe à fleurs moins nombreuses (1-3, rarement 5), de moitié plus petites, à divisions périgonales plus étroites, maculées au sommet d'une tache verte très apparente : par ses capsules plus oblongues ; enfin par l’époque de sa floraison bien plus précoce (février- avril). Ses petites fleurs, caractéristiques, permettent de le distinguer à première vue de l'æstivum.

Voici les renseignements utiles sur ce Leucoium :

L. Hernandezii Camb. in Mém. du Muséum, XIV, 315; Herbert, Amaryllidacee, 333 ; Rœmer, Amaryllideæ (Synopses monographice, fase. IV, 1); Kunth, Enumeratio plantarum, V,473; Willkomm, Index Plant. vascul. insul. Balear.17; Cesati, Passerini e Gibelli, Compendio della flora italiana, 156; Marès, Catal. pl. vasc. Baléares, 215 ; Bar- celo, Flora Balear. 451. Exsice. Willkomm, Baléares, 1873, 2; E. Reverchon, Plantes de Sardaigne, 1882, 272.

France : VAR: prairies à Hyères (herbier Rouy, leg. et ded. de Coincy). Corse : env. de Bastia (herb. Rouy, leg. Huon; communi- quée par M. Autheman sous le nom de L. æstivum L.).

Aire géographique : BALÉARES : C. à Minorque, R. à Majorque. SARDAIGNE (L. æstivum Moris, non L.).

58 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

M. Duchartre fait à la Société la communication suivante :

OBSERVATIONS SUR LE BEGONIA SOCOTRANA D. Hook., par M. P. DUCHARTRE.

Le Begonia socotrana D. Hook. a été découvert, à la date de quatre ou cinq ans, par le docteur J.-B. Balfour, dans l’île de Socotora ou Socotra, qui se trouve à l'entrée du détroit de Bab el Mandeb, par 12 à 13 degrés de latitude boréale et 52 degrés de longitude orientale. Dansles serres du jardin de Kew, qui en avait reçu des pieds de ce botaniste, il a fleuri pour la première fois au mois de décembre 1880. Il à été nommé, caractérisé et figuré par M. J. D. Hooker, d’abord dans le Gardeners’ Chronicle du janvier 1881 (p. 8, fig. 1, fig. noire), ensuite dans le Botanical Magazine (cahier d'avril 1881, pl. 6555). Un pied venu d’une bulbille, jeune, mais portant quatre fleurs, arraché mais bien entier, haut seulement de 14 à 15 centimètres, m’ayant été obligeamment donné par M. Thibaut, l’horticulteur bien connu de Sceaux, j'ai pu en faire l’objet de quelques observations qui m'ont révélé dans cette espèce des particularités d'organisation et de développement assez curieuses, assez spéciales pour mériter, ce me semble, d’être signalées.

Le Begonia socotrana est une plante à végétation et floraison hiver- nales. Il commence à pousser en automne, et il montre dès le mois de décembre ses jolies fleurs roses, de grandeur moyenne pour le genre, qui se succèdent pendant environ trois mois. Toutes ses parties extérieures meurent et disparaissent après la fructification.

Dans le grand genre auquel elle appartient, cette espèce est difficile à ranger dans l’une ou l’autre des 61 sections admises par M. Alphonse de Candolle (Prodr. XV, partie, pages 278-394). « Quoiqu’elle ne rentre » exactement, dit sir J. D. Hooker (Gard. Chron. 1. c.), dans aucune des » 60 sections de ce genre qui ont été établies par Klotzsch et A. de Can- » dolle, elle doit, à mon avis, être placée dans la section africaine » Augustia ; toutefois elle présente, relativement aux caractères de cette » section, des différences dont les principales sont que ses fleurs mâles » ont un périanthe à quatre segments (et non à deux), les filaments plus » courts, les anthères arrondies au sommet, et que ses fleurs femelles » ont le périanthe à six lobes au lieu de cinq, et les bras du style non » enroulés, caractères qui, sauf le dernier, se retrouvent dans le » B. geranioides Hook. (Bot. Mag. pl. 5583), de Natal, plante avec » laquelle le B. socotrana a sans contredit des relations étroites. » En outre, sir J. D. Hooker dit, dans la diagnose du B. socotrana, que la loge dorsale de l'ovaire est pourvue d’une aile. Je ferai observer, à ce propos,

DUCHARTRE. OBSERVATIONS SUR LE BEGONIA SOCOTRANA. 09

que les fleurs femelles que j'ai eues sous les yeux m'ont offert des bran- ches stylaires contournées sur elles-mêmes de manière à former environ un tour de spire. Quant à l’aile indiquée comme prolongeant l’un des trois angles de l'ovaire, l’existence n’en est pas constante : sur une demi- douzaine de fleurs femelles que j'ai vues, j'en ai rencontré trois dans lesquelles les trois angles étaient relevés chacun d’une côte peu saillante ; dans les autres l'aile existait, mais elle n’avait que 3 ou 4 millimètres de saillie, et ne s’étendait pas sur toute la longueur de l’ovaire.

Le Begonia socotrana est donné par sir J. D. Hooker comme lubé- reux. Les jardins royaux, dit ce savant, en doivent au docteur Balfour » des tuberecules. Il est facile à multiplier par ses tubercules. » Aussi ai-je été fort surpris, en examinant le pied de cette espèce qui m'avait été remis par M. Thibaut, de voir qu'il n'avait rien qu’on püt qualifier de tubereule. Voici, en effet, ce que j’ai vu dans cette plante.

La portion souterraine de sa tige était courte, sa longueur totale ne dépassant pas un centimètre et demi. Sur une longueur de 0",012, à partir de son extrémité inférieure tronquée, cette tige souterraine était épaissie, mais si faiblement, que son plus grand diamètre ne dépassait pas 0",004. On peut regarder cette portion inférieure comme un rhizome obliquement ascendant, que les productions nombreuses dont il est chargé distinguent nettement de tout le reste de la tige, et qui constitue la partie à la fois la plus intéressante et la plus importante, au point de vue végétatif, de la plante entière. Les productions qu’elle donne sont de trois sortes :

Sa surface latérale porte, dans une longueur d'environ 0",002, tout autour et immédiatement au-dessus de sa troncature inférieure, de nom- breuses racines nécessairement toutes adventives en raison du mode de multiplication par lequel la plante a été obtenue. Il n’est pas douteux qu'il n’existe d’abord une radicule plus ou moins développée chez les individus venus de graine. Je n’ai pas eu possibilité de faire encore la moindre observation à ce sujet; mais je présume que cette radicule doit être peu durable, et que de bonne heure la plante doit être nourrie par des racines adventives nées à la partie inférieure de sa tige.

Cette même surface latérale est chargée d’un grand nombre d'or- ganes foliaires imparfaitement développés et réduits à l’état d’écailles oblongues, ayant seulement quelques millimètres de longueur. La consé- quence à déduire de ce fait, c’est que la courte portion rhizomateuse de la tige, malgré son faible allongement, comprend de nombreux entrenœuds très raccourcis. Sur le sujet que j'ai examiné, ces écailles se présentaient sous deux états différents : les unes étaient déjà mortes, desséchées et brunes, tandis que les autres étaient vivantes, de couleur claire et un peu épaisses. Rien ne se montrait à l’aisselle des premières; c’est à l’ais-

60 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1885.

selle des dernières que s’étaient développées les singulières bulbilles qui rendent fort remarquable l'espèce dont il s’agit ici, et qui lui fournissent son'"principal moyen de multiplication.

3 Les productions du B. socotrana auxquelles, pour plus de commo- dité, je conserve ici le nom de bulbilles, bien qu’elles diffèrent, sous presque tous les rapports, des corps qu’on désigne habituellement sous ce nom, sont très nombreuses sur la portion rhizomateuse de la tige de cette espèce. Sur le pied jeune et médiocrement vigoureux que j'ai examiné, j'en ai compté 20, serrées les unes contre les autres en un groupe compact qui avait environ 0,025 de largeur avec un peu moins de hauteur. Il y en avait même une de plus, encore jeune, née à l’aisselle d'une grande feuille, au bas du second entrenœud de la tige aérienne. Les plus volu- mineuses de celles que j'ai eues sous les yeux formaient un corps ovoïde, obtus, assez souvent un peu irrégulier, fréquemment renflé dans ses deux tiers inférieurs, de manière à devenir à peu près piriforme, long d'environ 1 centimètre, et mesurant 7 ou 8 millimètres dans sa portion la plus renflée. Ce ne sont pourtant pas les plus fortes dimensions qu’elles puissent atteindre ; en effet, d’après les renseignements qui m'ont été donnés par MM. Thibaut et Kételeër, celles des pieds vigoureux obtenus, pendant l'hiver de 1883-1884, par ces habiles horticulteurs avaient des dimensions au moins doubles de celles que je viens d'indiquer. L’organi- sation intérieure de ces bulbilles est caractéristique, et celles d'aucune autre plante, du moins à ma connaissance, n’offrent quoi que ce soit de semblable.

On sait, en effet, qu'une bulbille est une formation susceptible de se détacher d’une plante, et qui, grâce à la nourriture qui s’y trouve en réserve, peut, au contact du sol, émettre des racines, développer son bourgeon jusqu'alors plus ou moins rudimentaire, et donner ainsi un nou- veau pied. Les organes qui se modifient et se renflent pour les produire pouvant appartenir aux trois catégories d’organes végétatifs, on a été conduit à distinguer trois sortes de bulbilles (1): celles dont la masse est formée en presque totalité d’un petit nombre de feuilles réduites en grandeur, mais, fortement épaissies : telles sont celles qui viennent à l’ais- selle des feuilles des Lilium ligrinum et bulbiferum, dans les inflores- cences des Allium vineale, oleraceum, ete., chez certains Gagea, le

(1) Hermann Peter, Unlersuchungen über den Bau und die Entwickelungsges- chichte der Brutknospen Hameln, 1868, in-8°. Alexander Braun, Polyembryonie und Keimung der Cœlebogyne. Berlin, 1860, in-4° (voyez p. 178 et suiv.). A. W. Eichler, Ueber einige Inflorescensbulbitten (Jahrbuch der k. botan. Gartens und des botan. Museums zu Berlin, 1, 1881. pp. 171-177, pl. 1x) -— Thilo Irmisch, Zur Mor- phologie der monokotylischen Knollen- und Zwiebelgewächse. Berlin, 1850, in-8° (dif- férents passages).

DUCHARTRE. OBSERVATIONS SUR LE BEGONIA SOCOTRANA. 6

Dentaria bulbifera, ete.; 2 celles qui sont constituées essentiellement par un rameau épaissi et en réalité tubérisé, par exemple les Dioscorea Batatas, bulbifera, les Polygonum viviparum, bulbiferum, etc. ; 3 celles, beaucoup moins fréquentes, que forme une racine adventive fortement renflée, qui est surmontée d’un petit bourgeon. M. Eichler en cite comme exemple celles de forme ovoide ou globuleuse, qui se pro- duisent dans le bas de l’inflorescence des Globba, et qui ont été regardées à tort, dans le Botanical Magazine (pl. 6298), comme étant des ovaires imparfaits.

Les bulbilles du Begonia socotrana ontune organisation différente et plus compliquée. En effet, tandis que dans les vraies bulbilles, quelle qu’en soit la nature, il y a toujours une abondante réserve de nourriture destinée à fournir le premier aliment pour leur développement en une plante nouvelle, ici la réserve est aussi faible que possible; tandis que dans les premières le bourgeon, caché entre les feuilles charnues ou qui surmonte l’axe renflé, est très peu développé et plus ou moins rudimeu- taire, dans la plante dont il s’agit ici, le Vourgeon, à l’intérieur de l’en- veloppe close qui l’abrite et le cache, s’est déjà développé en un véritable rameau chargé d’une quantité considérable de corps particuliers, épais et charnus, qui atteignent en moyenne 4 ou 5 millimètres de longueur, et qui sont évidemment tout autant de feuilles gemmaires réduites à une conformation et un état particuliers. Le petit rameau autour et sur le sommet duquel sont attachés ces corps est relativement épais, obtus à son extrémité libre. Comparativement au diamètre longitudinal de la bulbille, sa longueur semble diminuer ou du moins n’augmente pas à partir d’un àge assez peu avancé, ce qui prouve qu'il atteint promptemeut sa plus grande longueur; au contraire, à partir de ce même àge, 1] continue à gagner sensiblement en épaisseur. Ainsi, je lai vu long de 0",004 et épais de près de 0",001 dans une bulbille encore assez jeune qui mesurait 0",007 de longueur et-0,004 d'épaisseur, tandis que j’en ai trouvé un qui avait seulement 0",003 de longueur sur 0",0015 de largeur, dans une autre bulbille beaucoup plus grosse, dont les dimensions étaient de 0",010 sur 0",006. C’est seulement dans ce petit rameau que peut exister une réserve bien peu considérable de nourriture, car l'enveloppe de la bulbille est composée uniquement de deux larges feuilles-écailles fort minces, super- posées exactement l’une à l’autre, sauf dans le bas, et très largement em- brassantes, qui constituent pour cette formation entière une enceinte close. Ces deux feuilles-écailles sont insérées tout autour du petit rameau, l’une presque à sa base, l’autre à environ 0",001 plus haut.

Les organes de nature foliaire qui sont attachés en ordre spiral sur le rameau intérieur ou axe de la bulbille forment d’abord chacun un petit corps oblong, sensiblement rétréci vers sa base, obtus et un peu plus

62 SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1889.

épais vers le sommet, c’est-à-dire à peu près cylindro-conique. À mesure que la bulbille grandit, non seulement ils s’allongent sensiblement, mais encore, et surtout à leur extrémité libre, ils s’élargissent et se développent pour la plupart en une sorte d’épatement le plus souvent demi-circulaire, dont le plan forme un angle droit avec le reste de leur longueur. Fina- lement ils ressemblent en petit, pour la plupart, à des Champignons dont le chapeau serait dimidié. Parfois aussi ils deviennent plus ou moins irréguliers par défaut d’espace pour se développer ou par pression réci- proque.

Organisée comme on vient de le voir, une bulbille de Begonia soco- trana ne ressemble guère aux formations qu’on désigne habituellement sous ce nom. Elle se rapproche plutôt de certains bourgeons, tels notam- ment que ceux de l’Aristolochia Sipho A. Henry, dans lesquels l’enve- loppe générale ou pérule est réduite à une ou deux grandes écailles mem- braneuses (1), fermant complètement une cavité est contenue l’ébauche de la pousse. Seulement je ne connais pas de bourgeon dans lequel l’axe ait pris un développement contparable à celui dont ce Bégonia nous offre l'exemple, et soit devenu comme ici un rameau chargé d’un nombre con- sidérable d'organes foliaires, ni dans lequel les feuilles ébauchées aient quelque analogie de forme ou de développement avec celles dont il vient d’être question.

L'organisation des bulbilles du Begonia socotrana une fois connue, on s’explique les particularités qu'on remarque sur les pieds issus du développement de ces bulbilles. D’après les renseignements qu'a bien bien voulu me communiquer M. Kételeër, celles-ci, détachées du pied mère, restent endormies dans la terre pendant tout l'été, et c’est seule- ment au mois de septembre qu’elles se réveillent de leur torpeur. A cette époque elles émettent des racines, grâce sans doute à la faible quantité de matière nutritive qui était en réserve dans leur axe central. Bientôt cet axe lui-même, nourri par les racines qui viennent de naître, entre en végétation, et prend quelque allongement. C’est lui qui devient alors la courte portion souterraine et rhizomateuse de la tige. En même tempsles singuliers organes foliaires, qui s’inséraient sur lui en nombre que j'ai vu dépasser 60, se développent de leur côté, s’aplatissent et deviennent ainsi les nombreuses écailles que porte cette même portion rhizomateuse de la tige, dans la plante formée, écailles dont il ne serait guère possible de s'expliquer la multiplicité dans un si court espace, si l’on n’en connais- sait l’origine. En outre, ce même axe interne de la bulbille produit un bourgeon terminal duquel provient en peu de temps la tige aérienne. Enfin, parmi les écailles du rhizome, on a vu qu’il en est qui sont restées

(1) Voyez A. Henry, Anospenbilder, Abth., Dicotyl., pl. xx, fig. 11.

DUCHARTRE. OBSERVATIONS SUR LE BEGONIA SOCOTRANA. 63

fraiches et vivantes même sur la plante fleurie; à l’aisselle de plusieurs d’entre elles se produit un bourgeon ou bulbille qui acquiert l’organisa- tion ci-dessus décrite, pendant que le pied qui lui a donné naissance se développe, fleurit et fructifie. A la fin de la végétation annuelle, les bul- billes ainsi produites s’isoleront et, après leur période naturelle de repos, elles s’enracineront à leur tour, puis donneront chacune une nouvelle plante.

En somme, le Begonia socotrana, outre la propagation naturelle par graines, possède un mode rapide de multiplication, grâce à l’abondance avec laquelle il produit, sur la partie inférieure et souterraine de sa tige, des bourgeons-bulbilles d’une organisation spéciale, qui se développent rapidement chacun, après une période de repos, en un nouveau pied flori- fère et bulbillifère. Il est même remarquable que, contrairement à ce qui a lieu dans beaucoup d'espèces, cette facilité de multiplication non sexuée ne nuise pas à l’accomplissement de la faculté reproductrice; mais il faut dire que d’autres Begonia sont encore plus favorisés que lui sous ces deux rapports. Tel est surtout le charmant B. gracilis Kunth, ver. Mar- tiana À. DC. (B. Martiana Link et Otto), qui non seulement produit une grande quantité de graines, mais encore donne à l’aisselle de chacune de ses feuilles un groupe nombreux de vraies bulbilles, toutes également susceptibles de devenir un nouveau pied.

M. le Secrétaire général dépose sur le bureau deux communica- tions écrites : l’une de M. Guinier, sur les Phénomènes de soudure des couches ligneuses qui se rencontrent dans leur accroissement en sens inverse ; l’autre de M. Heckel, sur Quelques faits remar- quables dans la formation secondaire de l'écorce, et, en raison de l'heure avancée, la suite de l’ordre du jour est renvoyée à la prochaine séance.

64 SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1885.

SÉANCE DU 27 FEVRIER 1885. PRÉSIDENCE DE M. BESCHERELLE.

M. Costanlin, vice-secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance du 13 février, dont la rédaction est adoptée.

M. Rouy demande la parole à propos du procès-verbal, et s’ex- prime en ces termes :

A la dernière séance, pris de nouveau à partie au sujet de la présence du Melica nebrodensis Parlat. en France, j'ai promis de mettre sous les veux de la Société des exemplaires de Melica provenant des localités authentiques citées dans la discussion : Nébrodes, Pyrénées, île d'Œland ; les voici. Je fais plus: j’apporte un document qui mettra certaine- ment fin à ce fastidieux débat.

M. Maïinvaud s’appuyait, pour affirmer la présence en France du M. nebrodensis Parlat., sur la citation de Parlatore, créateur de l’espèce, mentionnant en 1848, dans son Flora italiana, cette plante dans les Pyrénées. J'avais beau assurer à mon honorable confrère que la plante des Pyrénées et celle de Sicile n’étaient nullement identiques, il décla- rait invraisemblable que Parlatore püt s’être trompé dans la détermina- tion d’une de ses propres espèces. Eh bien! le célèbre botaniste italien lui-même est arrivé à rejeter pour son espèce la localité pyrénéenne. Dans ses Études sur la géographie botanique de l’Italie, son dernier ouvrage, publié en 1878 par M. de Tchihatchef comme complément à sa traduction française de la Végétation du globe de Grisebach, il donne (pages 57 et 58) la liste des espèces des montagnes élevées de la Sicile, et, parmi les plantes qu'il y énumère comme spéciales à la Sicile, se trouve justement son M. nebrodensis. Cela explique bien pourquoi depuis 1878 les auteurs ne mentionnent plus le M. nebrodensis Parlat. en France, pas plus dans les Pyrénées qu'aux environs de Paris par exemple (1).

Je n'ai donc rien avancé de téméraire en énonçant que le M. nebro- densis Parlat. était une plante méridionale et orientale, non française jus- qu'ici; je dis même orientale seulement, parce que M. Boissier, dans le Flora orientalis, n’acceplant le M. nebrodensis que comme variété du M. ciliata L. (compris dans un sens très large), sous le nom de M. ciliata

(1) Consultez : Nyman, Conspectus floræ europææ ; Edm. Bonnet, Petite flore pari- sienne ; Extraits de lettres publiées dans le Bulletin, confirmant mon assertion que M. nebrodensis G. et G. M. ciliata L. (vera); ete.

SÉANCE DU 271 FÉVRIER 1885. 65

var. nebrodensis Coss. Flore d'Algérie (car ce Melica méridional existe aussi en Algérie), lui a rattaché deux de ses créations personnelles, les M. laxiflora et cretica, d'Orient.

Mon honorable contradicteur, qui, à la dernière séance, s’appuyait sur Parlatore pour certifier, sans autre preuve à l’appui, que le M. nebro- densis Parlat. était une plante tout au moins pyrénéenne, aurait pu, semble-t-il, nous épargner cette trop longue controverse, en consultant plus amplement les ouvrages du botaniste italien.

M. Malinvaud dit qu'il se réserve d'examiner l'ouvrage apporté par M. Rouy. Il ajoute :

Parlatore, dans le passage cité, ne revient pas sur sa précédente affir- mation relative à l’existence de son Melica nebrodensis dans les Pyré- nées. En admettant même (ce qui n’est pas démontré) qu'il ait varié dans sa manière de voir à ce sujet, il suflirait, pour être fixé sur un fait aussi simple que la détermination d’un Melica, de consulter les auteurs compétents qui ont eu à s’en occuper. Or aucun de ceux que nous con- naissons n’a mis en doute l'existence du Melica nebrodensis comme plante française. Après Grenier et Godron, qui l’ont reconnu dans une des formes répandues en France, M. Cosson, que nous avons entendu nous dire ici même (1) qu’il possédait des échantillons authentiques de l'espèce de Parlatore, la signale à Mantes, aux Andelys et sur d’autres points des environs de Paris (2). M. Boissier est exactement de l’avis de M. Cosson; pour lui, Melica ciliata var. nebrodensis Coss.— M. nebro- densis Parlat, (3), MM. Willkomm et Lange, dans leur Prodromus flore hispanicæ, distinguent spécifiquement les Melica Magnolii et nebro- densis, et disent de ce dernier : « Hab. in Gallia (4)... » Les agrosto- graphes les plus estimés, notamment Duval-Jouve et M. Hackel, ne sont pas moins affirmatifs sur ce point de fait. Cette unanimité de témoi- gnages ne permet vraiment pas d'élever une contestation sérieuse sur la présence du Melica nebrodensis dans la flore française.

M. Rouy répond que, en ce qui concerne le Flora orientalis, ses remarques ci-dessus exposées répondent absolument à l’argumen- lation de M. Malinvaud, et que tous les autres ouvrages cités par son honorable confrère sont antérieurs à l'opinion exprimée par

1) Voyez plus haut, page 38.

2) Flore env. Paris, édit. 2, page 818. ) Flora orientalis, t. V, p. 589.

) Prodr. flor. hisp. t. 1, p. 85.

T. XXXIL. (SÉANCES) 9

66 SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1885. Parlatore lui-mème en 1878. Le débat lui semble donc complète- ment clos.

M. le Président proclame membre de la Société :

M. de Coincy, au château de Courtoiseau, par Triguères (Loiret), présenté par MM. Petit et Rouy.

M. le Président fait ensuite connaître deux nouvelles présenta- tions, et proclame membre à vie M. Tarrade, pharmacien à Limoges, qui a rempli les conditions exigées pour l'obtention de ce titre.

M. le Secrétaire général donne lecture d’une lettre de M. Raoul Tassel, qui remercie la Société de l'avoir admis au nombre de ses membres.

Dons faits à la Société.

D. Cauvet, Cours élémentaire de Botanique.

J. Chareyre, Valeur relative des caractères employés dans la classi- ficahion des Alques.

Nouvelles Recherches sur les cystolithes.

J. Chatin, Recherches sur l'anguillule de l'oignon.

Daveau, Le Palmier nain dans la péninsule de Sétubal.

J. Dominique, Lichens du littoral de la baie de Bourgneuf (Loire- Inférieure).

Fliche et Grandeau, Recherches chimiques et physiologiques sur la Bruyère commune.

Michel Gandoger, Rubus nouveaux, avec un Essai sur la classifica- tion du genre.

Fr. Gay, Sur les Conjuguées du midi de la France.

W. G. Farlow, Notes on a Fungus parasitic.

On some Species of Gymnosporangium and Chrysomyxa of the United States.

Asa Gray, Botanical Contributions, 1884-1885.

Memorial of George Benthaim.

J. Arevalo Baca, Index seminum hort. bot. Universitatis valen- Line, 1885. |

G. Licopoli, Anatomia e Fisiologia nell Anona reticulata e nell Asimina triloba.

P. A. Saccardo, Sylloge Fungorum omnium hucusque cognitorum, vol. HT.

Journal ofthe New-York Microscopical Society, 2,

De la part de M. le Ministre de l'instruction publique :

J. VALLOT.-— PLANTES ANOMALES DE CAUTERETS. 67

Bulletin des bibliothèques et des archives, publié sous les auspices du Ministère de l'instruction publique.

M. J. Vallot fait à la Société la communication suivante :

N PLANTES ANOMALES DE CAUTERETS (HAUTES-PYRÉNÉES), par M. J. VALLOW®.

J'ai rencontré, dans mes excursions autour de Cauterets, quelques anomalies dont la description intéressera peut-être les botanistes. Voici celles qui m'ont paru dignes d’être présentées à la Société.

Ranunculus alpestris L. Cette espèce, commune dans la région alpine, présente une anomalie assez curieuse. Sur l’escarpement de calcaire métamorphique qui sépare les deux premiers lacs d’Estom-Sou- biran, elle a toujours les pétales trilobés et rappelant la forme des seg- ments des feuilles. Ils sont souvent incisés jusqu’au milieu; quelque- fois ils ne sont que crénelés, et rarement ils sont entiers. Les fleurs sont beaucoup plus petites que chez la plante normale.

Ranunculus montanus Willd. var. Gouani. Un échantillon pro- venant de Peyraoute porte une feuille caulinaire monstrueuse. Au lieu d’être palmée, comme sont ordinairement les feuilles de la tige, elle est semblable dans son pourtour aux feuilles radicales, avec cette différence qu’elle est sessile. Le limbe de cette première feuille est traversé par un véritable pétiole, remplaçant sa nervure médiane, et donnant nais- sance plus haut à une deuxième feuille semblable aussi aux feuilles radicales. En d’autres termes, c’est une feuille pétiolée, soudée à une feuille sessile, la dernière présentant l'aspect de stipules soudées au pétiole de la première.

Un autre échantillon provenant de Peguère présente le même phé- nomène, mais moins caractérisé : les feuilles sont mains découpées, et la feuille supérieure est réunie à l’inférieure par le limbe rétréci, bordant le pétiole, qui paraît ainsi largement ailé. Dans une autre feuille du même pied, le limbe n’est plus divisé en deux parties, il est seulement plus allongé et plus divisé que dans les feuilles normales; la feuille est oblongue et à sept divisions alteignant seulement le milieu du limbe. Ces trois échantillons renferment tous les passages entre la feuille mons- trueuse et la feuille normale. Cette monstruosité n’est pas rare, car Je l'ai déjà rencontrée dans Les Alpes sur le R. montanus.

Ranunculus nemorosus DC. Un échantillon recueilli sur la route du pont®d'Espagne présenteune anomalie de la surface des car-

68 SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1885. pelles : ils sont couverts de tubercules, donnant naissance chacun à un poil simple.

Ranunculas nemorosus DC. J'ai trouvé près du lac d'Estom, à unc altitude de 1700 mètres, et bien loin de toute habilation, une plante à fleurs doubles, ou plutôt à fleurs pleines. La fleur est très petite et hémisphérique. La conformation du calice est régulière, mais les éta- mines et les carpelles sont remplacés par des pétales, de plus en plus petits à mesure qu'ils se rapprochent du centre. Ces pétales sont très réduits el à demi roulés en cornet, de sorte que la fleur offre en petit l’aspect du Dahlia double. L'écaille de l'onglet présente la conformation normale. La plante est très réduite et n’a que 12 centimètres.

Rosa pimpinellifolia L. var. adenophora G. G.(R. myriacantha DC.). J'ai cru devoir rapporter à cette variété un petit Rosier que j'ai recueilli en 1881 au col de Riou, dans les rochers au-dessus de l'hôtellerie. C’est une forme naine, dont les tiges rabougries ne s'élèvent qu’à 5 à 10 cen- timètres. Les pousses de l’année sont munies de quelques aiguillons, ou inermes ; le vieux bois est toujours inerme. Les folioles sont presque orbiculaires et d’une petitesse remarquable (5 à 10 millimètres), à dents glanduleuses. Les pieds étaient nombreux sur un espace restreint, et, en les arrachant, il était facile de voir qu’ils étaient réunis les uns aux autres par des tiges souterraines souvent très longues. Tous ces pieds divers étaient certainement des rejets d’une seule plante qui se propa- geait ainsi souterrainement. Depuis lors je suis retourné chaque année au col de Riou à des époques différentes, espérant trouver des fleurs et des fruits, mais je n’ai plus trouvé aucune trace de la plante, qui a été probablement tuée par un hiver plus rigoureux. Le col de Riou est situé à 1943 mètres d'altitude.

J'ai eu l'occasion de faire sur cette petite espèce des observations qui sont bien faites pour mettre en garde les botanistes contre une école nouvelle qui base souvent une espèce sur une petite différence dans le port de la plante ou la forme et la dimension des feuilles. Mon père, qui m’accom- paguait dans cette excursion, charmé par l'élégance de ce feuillage microscopique, en prit quelques rejets pour les planter. Ils furent mis en pot en septembre 1881, à Lodève (Hérault), et transportés ainsi à une altitude de 200 mètres, dans la région de l'Olivier.

L'influence du climat ne tarda pas à se faire sentir, et en septembre 1882 les plantes avaient déjà notablement changé. Les pousses de l’année qui, au col de Riou, n’avaient que de 1 à 5 centimètres, avaient pris un développement de 15 à 20 centimètres, et s’étaient hérissées de nom- breuses épines. Les feuilles étaient beaucoup plus grandes, et les folioles

J. VALLOT. PLANTES ANOMALES DE CAUTERETS. 69

avaient pris un contour plus ovale. Les plantes furent alors mises en pleine terre, dans une pépinière.

En septembre 1883, elles avaient pris un grand développement dans touies leurs parties. Elles avaient fleuri au printemps.

Enfin, en septembre 1884, les tiges ont un mètre de haut, sont ra- meuses, couvertes d’aiguillons depuis le sol jusqu’en haut, et ont produit de nombreux rejets souterrains. Les folioles sont devenues ovales, apicu- lées, deux fois plus longues que larges, atteignant 25 millimètres de lon- gueur, mais elles ont conservé leurs dents 2landulenses.

On voit combien l'influence du climat se fait sentir sur la forme exté- rieure des Rosiers. Il faut donc se défier des nombreuses espèces que lon a fondées, depuis quelques années, sur des différences souvent moins marquées que celles que j'indique sur des plantes provenant, des rejets d’un méme pied. Je suis convaincu que beaucoup d'espèces, prises dans d’autres familles, ne résisteraient pas à une expérience semblable.

M. Mer demande à M. J. Vallot s’il a fait des coupes dans les feuilles du Rosa pimpinellifolia, dans le but d'étudier les varia- tions de l’assise en palissade.

M. J. Vallot répond qu’il ne s’est pas occupé de cette question.

Au sujet du Rosier dont vient de parler M. J. Vallot, et qui est à fleurs roses, M. Rouy dit que les feuilles de ce Rosier étant dou- blement dentées et glanduleuses en dessous, il doit être classé, comme l’a fait M. J. Vallot, non pas tout à fait à côté du R. pimpi- nellifolia type, mais dans le voisinage des R. Ripartii Dés., my- riacantha DC. et Malyi Kern., ce dernier constituant une forme curieuse, assez exactement intermédiaire entre les Pimpinellifoliæ et les Alpine.

Quant aux variations successives qu'a subies ce Rosier, trans- planté hors de son habitat ordinaire, il y à peut-être un fait à rapprocher de l'observation (1) que M. Rouy a présentée il y a deux ans environ, à propos d’une communication de M. V. Payot, au sujet des modifications qu'offre également le R. alpina, plante très variable dans la forme des feuilles et des fruits, et l’abondance des aiguillons. Un autre point à retenir, qui semble résulter jusqu'ici des cultures du Rosier que signale M. J. Vallot, c’est que la pré- sence des glandes à la face inférieure des folioles est sensiblement plus constante que la forme des folioles ou la taille de la plante, voire même la fréquence des aiguillons.

(1) Voyez le Bulletin, t. XXX, p. 85

70 SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1885.

M. Duchartre pense qu’il est bon de tenir compte des différences qui résultent de la variation d'altitude. La taille des plantes dimi- nue quand on arrive dans les localités froides : le Sulix herbacea est un véritable arbre souterrain. Il semble, dans le cas présent, que la variation d'altitude est la principale cause qui modifie le végétal. On sait que souvent la culture intervient pour transfor- merles plantes: c’est ainsi que la Primevère de Chine à feuilles normalement arrondies a été changée en une plante à feuilles allongées.

M. J. Vallot répond qu'il n’invoque, dans le cas actuel, que la variation d'altitude comme cause modificatrice. En effet, il n°y a pas eu culture dans son expérience; les pieds du Rosa rapportés des Pyrénées ont été mis dans un coin de jardin et abandonnés à eux-mêmes sans culture : cette dernière influence n’a donc pu intervenir.

M. Malinvaud à remarqué que les feuilles sont doublement dentées. Il sera intéressant de constater si ce caractère, auquel on accorde généralement une grande importance, n’est pas altéré par la culture.

M. Vallot répond que les feuilles restent doublement dentées, les dents devenant plus grandes en même temps que la feuille.

M. Zeiller fait à la Société la communication suivante :

FOUGÈRES RECUEILLIES DANS LA PÉNINSULE MALAISE PAR M. DE MORGAN, par M. R. ZEILLER.

J’ai reçu dernièrement d’un ami, M. J. de Morgan, ingénieur civil des mines, une série de Fougères qu’il a eu l’amabilité de récolter à mon intention pendant les mois de juillet et d'août 1884, dans une portion encore inexplorée de la péninsule Malaise. Plusieurs d’entre elles sont nou- velles pour la région, et lrois n'étaient pas encore connues, ainsi que me l’a confirmé M. J. G. Baker, le savant botaniste de Kew, qui a bien voulu me prèter le secours de sa parfaite connaissance des Fougères pour l’examen des quelques espèces qui m’avaient paru soit nouvelles, soit dou- teuses. Il a eu également l’obligeance de me donner son avis sur une Séla- ginelle qui me semblait constituer une nouvelle espèce, et qui en effet n'avait pas encore été décrite. Je suis heureux de lui adresser ici tous mes remerciements pour la bienveillante complaisance avec laquelle il a

ZEILLER. FOUGÈRES DE LA PÉNINSULE MALAISE. 71

répondu à mes demandes de renseignements, et m'a fourni comme termes de comparaison deux ou trois espèces que je n'avais pu trouver dans l’herbier du Muséum.

Les Fougères que M.J.de Morgan m’a rapportées ont été récoltées par lui dans la région montagneuse du royaume de Perak, entre 30’ e15 degrés de latitude N., sur le versant ouest de la grande chaîne de montagnes qui constitue l’axe de la péninsule Malaise, et à l’un des rameaux secon- daires de laquelle appartient le mont Ophir, près de Malacca, l'un des points les plus explorës par les botanistes. Les points d’où proviennent les espèces dont je vais donner la liste sont : les alentours de Klian Kin- din, dans le district d’Oulou Kinta, à 161 mètres d’altitude; la grotte de Boukit Tehôra, près d'Ipoh, à 100 mètres environ d'altitude; Tehangkat Simpahh, sur la rivière Krbou, à 206 mètres d’altitude ; la vallée du Sougni Liang, à 750 mètres environ d'altitude ; le Gounong Riam (1), dont le sommet, au voisinage duquel ont été faites les récoltes, atteint 1954 mètres d’alti- tude; le Gounong Krbou, aux alentours du sommet, lequel est à 2354 mètres d'altitude; Tchangkat Krbou, à 1214 mètres d’altitude; et le Gounong Sünoy, à 1800 mètres d'altitude environ. Toute cette région, hérissée de montagnes à pentes d’une raideur extrême, constituées par des granits ou des schistes anciens redressés, et coupée de profonds ravins, est habitée par les Sakayes, peuplade aborigène tout à fait sauvage, ignorant même le travail du fer, très distincte de la race malaise établie dans la région inférieure du pays, et appartenant à celle des Negritos Papouas.

Outre les Fougères, M. J. de Morgan m'a rapporté aussi un certain nombre de plantes phanérogames, dont M. Franchet a bien voulu entre- prendre l’examen, et se propose de donner ultérieurement la liste à la Société.

Je passe maintenant à l’énumération des Fougères, pour laquelle je sui- vrai l’ordre du Synopsis Filicum, et des quelques Lycopodiacées recueil- lies en même temps.

GLEICHÉNIACÉES.

Gleichenia vulennica Blume. Gounong Krbou. D'après les in- dications données par M. de Morgan, cette espèce remplace dans la mon- tagne le G. dichotoma, et y forme d'épais massifs sur les points la jungle a été coupée; les échantillons qu’il en a recueillis sont identiques aux Spécimens authentiques de Blume que j'ai pu voir dans l’herbier du Mu- séum. Cette espèce n'avait pas encore été signalée dans la péninsule Malaise.

(1) Boukit signifie colline; Tchangkat signifie colline, et, par extension, village sakaye ; Sougni signifie rivière, et Gounong montagne.

72 SÉANCE DU 271 FÉVRIER 1885.

@.(Mertensia) &iehotoma Willd. Klian Kindin. Cette espèce, très commune dans toute la région inférieure de la presqu'île, forme également, avec ses grandes frondes à rachis indéfiniment ramifié, des massifs épais la jungle a été coupée; ses feuilles, souvent très raides, font, d'après les Malais, des coupures de mauvaise nature, très difficiles à guérir.

CYATHÉACÉES.

Cyathea Brunonis Wall. Klian Kindin. Les frondes de cette belle espèce atteignent jusqu'à 2,20 de longueur; ses pennes primaires ont souvent 0",30 et 0",35 de longueur.

Alsophila Eakeri, D. Sp.

Frondes tripinuatifides, pennes primaires ovales-lancéolées, mesurant (d’après les pennes rapportées par M. de Morgan) 0",30 à 0",35 de longueur; pennes secondaires (ou pinnules) étalées, longucs de 0,035 à 0,040 dans la partie moyenne de la penne primaire, diminuant graduellement de longueur vers la base comme vers le sommet de la penne qui sc termine en pointe aiguë, distantes de 0,010 à 0,012, sessiles ou brièvement pétivlées, divisées presque jusqu’au rachis en lobes obtus à contour obscu- rément crénelé Dans les portions stériles, res lobes mesurent de 4" à 5"" de lon- gueur sur ?"® de largeur; les lobes fertiles, fortement contractés et à bords légèrement recourbés en dessous, ne dépassent pas 2",5 de longueur. Les pennes primaires se montrent fertiles, tantôt presque jusqu'au sommet, tantôt sur les deux tiers inférieurs seulement de leur étendue.

Rachis d'un brun foncé, couverts sur leur face supérieure de poils bruns courts et serrés, et sur les côtés d'écailles scarieuses brunes, lancéolées, frangées sur les bords, peu nombreuses. Nervure médiane des pennes secondaires légèrement flexueuse, cou- verte en dessous, mais seulement sur les pennes fertiles, ainsi que les nervures mé- dianes des lobes, de nombreuses écailles brunes, lancéolées, à bord frangé. Nervules presque toujours simples, au nombre de 8 à 10 par lobe.

Réceptacle placé presque à la base de chaque nervule, très près de la nervure mé- diane du lobe, atteignant 0%",5 ou 0"",6 de hauteur, dilaté en massue au sommet, et légèrement incliné vers le contour extérieur du lobe. Sores très fournis, au nombre de 6 à 10 par lobe, eten couvrant presque complètement la face inféricure. Consistance coriace.

Gounong Krbou. M. de Morgan ne l’a rencontrée qu’une seule fois. Cette espèce se rapproche, d’une part de l’A. commutata Mett., d'autre part de l'A. latebrosa Hook. Elle ressemble à la première de ces deux espèces, dont M. Baker à bien voulu m'envoyer un fragment comme terme de comparaison, par sa consistance très coriace, ainsi que par la contrac- tion très accentuée de ses lobes fertiles, par l'élévation et la disposition des réceptacles sporangifères ; elle en diffère par ses pennes secondaires beaucoup plus profondément découpées, par ses sores plus nombreux, occupant presque toute la face inférieure des lobes. Ce dernier caractère la distingue également de VA. latebrosa, auquel elle ressemble par le mode de découpure de ses pennes stériles, mais qui se distingue par ses nervules bifurquées, par sa consistance plus molle, par ses pinuules fer-

ZEILLER. FOUGÈRES DE LA PÉNINSULE MALAISE. 13

tiles non contractées, par les écailles blanchâtres placées sur les nervures à la face inférieure des pennes.

D’après les indications de M. J. G. Baker, à qui je suis heureux de pou- voir la dédier, cette espèce devrait prendre, dans le Synopsis Filicum, le ne 57°, à la suite de l’A. commutata.

A. gigantea Wall. Gounong Sônoy, dans un ravin. Bien que M. Baker réunisse cette espèce à l'A. glabra, je conserve de préférence ici le nom de Wallich, l’échantillon rapporté par M. de Morgan différant un peu, notamment par ses pinnules pétiolées, des échantillons d’A. glabra que j'ai pu voir dans l’herbier du Muséum, et concordant au con- traire exactement avec ceux d'A. gigantea recueillis à Ceylan par Walker. Cette espèce n’était pas indiquée dans la péninsule Malaise.

A. latebrosa Wall. Klian Kindin. Le tronc de cette Fougère atteint parfois 8 mètres de hauteur, avec des frondes de 3",50 de lon- gueur.

Matonia pectinata Br.— Gounong Riam.— Cette remarquable espèce n'était signalée jusqu’à présent, même dans le Handbook récent de M. Beddome (1), qu’à Bornéo et au mont Ophir près de Malacca. Il est vraisemblable, puisque M. de Morgan l’a rencontrée au Gounong Riam, qu’elle doit exister toutlelongde la grande chaine de la péninsule. J’ajou- terai que l’herbier du Muséum en renferme deux échantillons, dont l'un aurait été récolté à Singapour par Walker, et l’autre à Poulo-Pinang.

HYMÉNOPHYLLACÉES.

Trichomanes obscurum Blume. Tchangkat Simpahh, auprès d’une cascade.

T. pluma Hook. Gounong Riam.— J'ai constaté,en consultant l'herbier du Muséum, l'identité de cette espèce, créée en 1854 par Hooker (2), et signalée seulement à Bornéo, avec la Fougère de Nouvelle- Calédonie recueillie à Balade et à Ouagap par Vieillard, et à laquelle M. Van den Bosch a donné en 1861 le nom de T. lætum (3), lequel, étant postérieur au nom de Hooker, doit par conséquent disparaître. J'ajoute- rai que, sur les échantillons récoltés par M. de Morgan, la columelle est tantôt très longue, comme l'a indiqué Hooker, atteignant jusqu’à 6 millimètres, tantôt beaucoup plus courte, ne dépassant le bord de lurne que de 2 ou 3 millimètres.

(1) Col. R. H. Beddome, Haadbook to the Ferns of British India, Ceylon and the Malay Peninsula. Calcutta, 1883, p. 19.

(2) Icones plantarum, tome X, pl. 997.

(3) Ann. des se. natur. série, BOT. t. NY, p. 90,

SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1885.

a | CS

POLYPODIACÉES.

Davallia (Humata) angustata Wall. Sougni Liang.

D. (Humata) pedata Smith. Tchangkat Krbou, sur les troncs d'arbres. D. (Prosaptia) Emersoni Hook. et Grev. Sougni Liang, sur les

arbres. Cette espèce n'avait pas encore été signalée dans la péninsule Malaise.

D. (Prosaptia) eontigua Swartz. Tchangkat Simpahh. Non encore indiqué dans la péninsule Malaise.

D. bullata Wall. Tchangkat Krbou, sur les troncs des arbres.

Lindsaya eultrata Sw., var. minor Hook. Sougni Liang, entre les fentes des rochers dans les ravins.

Lindsaya (Synaphlebium) obtusa J. Sm. Tchangkat Simpahh, sur les rochers; et au Gounong Riam une forme à pinnules presque entières, correspondant à la variété figurée par Hooker sous le nom de L. propinqua. —- Cette espèce n’est pas indiquée par M. Beddome dans la péninsule Malaise; elle a cependant été donnée par Hooker comme originaire de Malacca.

Adiantum caudatam Linn. Ipoh, grotte de Boukit Tchôra. Pteris (Campteria) hiaurita Linn. Ipoh, grotte de Boukit Tchôüra.

Blechnum Finlaysonianum Wall, Klian Kindin, très commun dans tous les endroits frais de la forêt.

Asplenium normale Don. Sur les arbres : Tchangkat Simpahh, Tchangkat Krbou. Cette espèce n’était pas encore indiquée dans la péninsule.

A. tenerum Forst. Tchangkat Krhou, dans les ravins. —- Non signalé encore dans la péninsule. A. elongatum SW. (4. productum Presl). Sougni Liang. —- Ne

diffère du précédent, auquel M. Baker et M. Beddome le réunissent, que par la forme de ses pinnules, arrondies et comme tronquées, au lieu d’être effilées au sommet. Signalé à Poulo-Pinang et à Singapour, mais non dans la péninsule Malaise.

A. caudatum Forst. Tchangkat Krbou, dans les ravins. A. (Darea) Belangeri Kunze. Tchangkat Krbou, dans les ravins.

A. (Athyrium) drepanophylium Baker (Athyrium falcatum Bedd.). —Tchangkat Simpahh.— N'avait pas encore été indiqué dans la péninsule Malaise.

ZEILLER. FOUGÈRES DE LA PÉNINSULE MALAISE. 75

A. (Diplazium) porrectum Wall. Sougni Liang, près du Gounong Riam, au voisinage des ruisseaux.

A. (Diplazium) decussatum Wall. Gounong Sünoy. Il me reste un léger doute au sujet de cette espèce, dont M. de Morgan n’a recueilli qu'un fragment de fronde; l’échantillon qu’il m’a rapporté est intermé- diaire entre l'A. Thwaitesii Br. et l’A. decussatum, tels que les figure M. Beddome (1), qui, du reste, les considère maintenant l’un et l’autre comme de simples formes de l’A. japonicum Thunb. (2).

A. (Diplazium) speeiosum Blume. Tchangkat Simpahh. A. (Diplazium) polypodioides Mett. Sougni Liang. Utilisé comme aliment par les Sakayes.

Didymochlæna lunulata Desv. Gounong Riam ; Tchangkat Krbou. Le tronc de cette espèce atteint 1.mètre de hauteur, avec des frondes de 2 mètres de longueur.

Aspidiom (Pleocnemia) membranaceum Hook. Ipoh, grotte de Boukit Tchüra. Non encore indiqué dans la péninsule Malaise.

Nephrodium (Lastre&) gracileseens Hook. Tchangkat Krbou. Non signalé dans la péninsule Malaise.

N. (Lastrea) eakearatum Hook. Sougni Liang. Non signalé dans la péninsule Malaise.

N. (Lastrea) viseosum Baker. Gounong Riam; Gounong Krbou. N. (Eunephrodium) sakayense, n. Sp.

Frondes réunies en touffes serrées, d’un vert foncé, bipinnatifides, longues de 1" à 1,20, larges de 0",25 à 0",30, ovales-lancéolées, terminées au sommet en une longue pointe simplement pinnatifide. Rachis d’un rouge brun foncé, légèrement canaliculé sur lo face supérieure, et muni le long de ce sillon de poils écailleux et de quelques écailles plus grandes d’un brun très pâle.

Pennes étalées-dressées, de consistance papyracée, alternes, distantes d’un même côté, de 0",025 à 0,030, longues de 0”,15 à 0,20, larges de 0",015 à 0,018, linéaires- lancéolées, atténuées au sommet en pointe aiguë, divisées jusqu’au tiers ou aux deux cinquièmes de leur hauteur, en partant du bord, en lobes obtusément aigus, très légè- rement arqués en faux, et obscurément crénelés au sommet.

Rachis des pennes garni, à la face supérieure, de poils d’un brun très pâle ou blan châtres, qui se montrent également, mais beaucoup plus rares, sur la nervure médiane de chaque lobe, et sur les nervules qui s'en détachent; face inférieure du limbe fine- ment glanduleuse. Nervures médianes des lobes étalées-dressées, espacées de 3m à 4%, droites ou légèrement courbées en faux, émettant buit à dix paires de nervules simples, droites ou faiblement arquées : les deux nervules inférieures de deux lobes contigus s'unissent l’une à l’autre, en formant le long du rachis de la penne un triangle à sommet obtus, duquel part une nerville libre parallèle aux nervures médianes des

(1) Beddome, The Ferns of British India, vol. IH, pl. 291, 292. 2) Beddome, Handb. to the Ferns of Brit. India, p. 180.

70 SÉANCE DU 21 FÉVRIER 1885.

lobes, qui s'arrête à 3%" du rachis, un peu avant d'atteindre le sinus séparatif de ces lobes ; les deux nervules suivantes se recourbent brusquement vers le haut au mo- ment de s'unir, et suivent ensuite le contour extérieur de leurs lobes respectifs presque jusqu’au point aboutit la troisième nervule, laissant entre elles une bande membra- neuse de 0,1 de largeur, qui se continue et prolonge la soudure des lobes jusqu'à l'extrémité de la quatrième nervule.

Sores placés à la base même de chacune des quatre ou cinq nervules les plus basses, tout contre la nervure médiane du lobe, au nombre, par conséquent, de 4 à 5 paires par lobe, et de À à 3 paires seulement vers l'extrémité des pennes. Indusium très caduc.

Sougni Liang, près duGounong Riam. Cette espèce, dont je tire le nom de celui de la peuplade des Sakayes, ressemble à beaucoup d’égards, et notamment par sa forme générale, au Nephrodium truncatum Presl (Aspidium truncatum Gaud.); mais celui-ci, dont M. Baker a bien voulu m'envoyer un échantillon comme terme de comparaison, a les pennes plus développées en largeur comme en longueur, les lobes de celles-ci plus lar- ges, plus nettement tronqués et plus visiblement crénelés au sommet; sa consistance est plus coriace; les trois ou quatre nervules inférieures de chaque lobe s’unissent régulièrement à celles du lobe voisin. Enfin les sores, beaucoup plus nombreux, s’élevant jusqu'aux nervules supérieures de chaque lobe, sont placés seulement près de la base de celles-ci, à peu de distance de la nervure médiane, et non pas à leur base même tout contre la nervure.

N. (Sagenia) eoadunatum Wall. Ipoh, grotte de Boukit Tchüra.

Nephrolepis ramosa Moore. Sougni Liang, sur les troncs des arbres.

Polypodium (Phegopteris) punetatum Thunb. Ipoh, grotte de Boukit Tchôra.

P. (Dictyopteris) aifforme Blume. Klian Kindin, près des ruis- seaux.

P. subpinnatifidum Blume. Sur les rochers du Gounong Krbou. Celte jolie espèce n’était pas encore signalée dans la péninsule Malaise.

P.khasyanum Hook.— Tchangkat Krbou, dansles fentes des rochers. Non encore indiqué dans la péninsule Malaise.

P. obliquatum Blume. Tehangkat Simpahh. Non signalé jus- qu’à présent dans la péninsule Malaise.

P. fuscatum Blume.— Gounong Krbou, sur les arbres. Non encore indiqué dans la péninsule Malaise.

P. (Phymatodes) stenophyllum, var. 5. Blume. Tchangkat Krbou, sur les arbres.

ZEILLER. FOUGÈRES DE LA PÉNINSULE MALAISE, 77 P. (Phymatodes) superficiale Bl. Tchangkat Krbou, sur les arbres. P. (Phymatodes) Morgani, n. sp.

Rhizome traçant, recouvert d'un enduit cireux d'un blanc bleuâtre, et muni d'écailles brunes, lancéolées, aiguës, à bord entier, qui garnissent également la base du pétiole de chaque fronde.

Frondes simples, entières, lancéolées, graduellement atténuées en pointe aiguë au sommet, atténuées de même vers le bas en un pétiole long de 0,06 à 0",10 ; limbe de 0",20 à 0",30 de longueur sur 0,020 à 0",035 de largeur. Frondes stériles et fertiles légèrement dimorphes : les frondes stériles plus courtes et plus larges, à limbe de 0,20 sur 0",055 ; les frondes fertiles plus longues et plus étroites, à limbe de 0,20 à 0°,50 sur 0",018 à 0,022 de largeur seulement, parfois obscurément crénelées vers le sommet. Consistance coriace ; faces inférieure et supérieure lisses et glabres.

De la nervure médiane de la fronde partent des nervures secondaires principales nettement accentuées, étalées-dressées, distantes de 5" à 6"" les unes des autres, très légèrement flexueuses, qui se continuent presque jusqu'au bord du limbe ; elies compren- nent entre elles, dans le sens longitudinal, deux à trois séries d’aréoles irrégulières avec nervilles libres, et dans le sens transversal, entre la nervure médiane ctle bord du limbe, huit à dix séries d’aréoles sur les frondes stériles, et quatre à six sur les frondes fer- tiles. Nervation peu distincte, sauf les nervures principales, mais visible pourtant par transparence, du moins sur le sec.

Sores arrondis, de 2"" de diamètre, formant une seule série de chaque côté de la ner- vure médiane, presque à égale distance entre celte nervure et le bord, un peu plus près cependant de celui-ci; un seul sore entre chaque deux nervures secondaires prin- cipales. Les sores sont nettement immergés, placés au fond d’une dépression tronco- nique un peu plus large à l'entrée qu'au fond, formant sur la face supérieure de la fronde une suillic très accusée. Les files de sores n'occupent que les deux tiers supérieurs du limbe, et encore à l'exception de la pointe extrême, qui reste stérile.

Tchangkat Simpahbh, sur les troncs d'arbres dans les endroits humides. D'après les indications qu'a bien voulu me donner M. Baker, celte espèce, que je me fais un plaisir de dédier à mon ami M. J. de Morgan, vient se placer à côté du P. simplicissimum F. Muller, de lAustralie, dont elle diffère par ses frondes moins étroites, et surlout par ses sores immergés. Elle prendrait dans le Synopsis Filicum le 330 **.

P. (Dipteris) bipteris Blume. Gounong Riam.— Cette magnifique Fougère, dont le pétiole dépasse 2 mètres de hauteur, forme en certains points, d’après les observations de M. de Morgan, de vraies forêts sous lesquelles rien ne pousse, et l’on ne peut se frayer un passage que le Couteau à la main.

P. (Phymatodes) macrochasmum Baker. —Gounong Krbou.— Cette espèce, récemment créée par M. Baker, à qui j'en dois la détermi- nation, n’a encore été signalée que sur un seul point, au mont Singalan, dans l'ile de Sumatra (1).

(1) Baker, On a Collection of Ferns made by Beccart in Western Sumatra (Tri- nen’s Journ. of Botany, t. XNILT, 1880, p. 216).

18 SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1885. P. (Phymatodes) ineurvatum Blume.— Gounong Riam, sur les arbres P. (Phymatodes) paimatum Blume. Gounong Sünoy.

Gymnogramme (Selliquea) Feei Hook. var. vulcanica Blume (sp.). Sougni Liang, sur les arbres.

Antrophyum angustatum Brack. Gounong Sünoy, sur les arbres. Cette forme, qui se rattache à l'A. plantayineum Kaulf., ne parait pas avoir encore été signalée dans la péninsule Malaise.

Tænitis blechnoides Sw. Gounong Riam.

MARATTIACÉES.

Angiopteris evecta Hoffm. var. cuspidata Blume. Sougni Liang Gounong Riam. Les échantillons recueillis par M. de Morgan, à pin- nules de 0,012 environ de largeur, terminées en pointe dentelée, con- cordent exactement avec un échantillon de Blume, qui se trouve dans l'herbier du Muséum sous le nom que je viens d'indiquer; ils s'accordent du reste tout aussi bien avec l'A. Durvilleana de Vriese.

LYCOPODIACÉES.

Lycopodium cernuum Linn. Gounong Riam.

Selaginella (Stachygynandrum) atroviridis Spring. Gounong Sünoy.

S. (Stachygynandrum) Waïiehii Spring. Sougni Liang, près du Gounong Riam.

S. (Heterostachys) Morgani, n. sp.

Tiges de 0",20 à 0,25 de longueur et de 2/3 de millimètre environ de diamètre, simples ou à peine ramifiées dans le quart ou le tiers inférieur, puis émettant sous des angles de 30° à 40° des rameaux alternes, plus ou moins ramifés, de 1/3 de millimètre de diamètre environ, distants, d’un même côté, de 0",015 à 0",020. Rameaux de la portion moyenne de la tige stériles, longs de 0",025 à 0,030, émettant un ou deux ramules dressés, simples ou ramifiés eux-mêmes une seule fois ; rameaux du tiers su- périeur fertiles, émettant chacun deux ou trois ramules alternes, simples ou divisés eux-mêmes une ou deux fois par dichotomie, et portant à leur extrémité les épis de fruc- tification, qui sont ainsi au nombre de six ou sept pour chaque rameau primaire ; rameaux du sommet plus courts et moins ramifiés, ne portant que un à trois épis.

Feuilles dimorphes, d’un vert foncé en dessus, plus pâles en dessous, attachées sur les angles de la tige, espacées, sur une même file, de 2%" à 2% 5 sur la tige, et de 1" à 1"°,5 sur les rameaux. Feuilles antérieures étroitement appliquées, ovales-lancéolées, aiguës et mucronulées au sommet, finement denticulées sur les bords, munies sur le dos d'une carène rectiligne ou plus souvent arquée et convexe vers l'extérieur ; leur longueur atteint 1%%,25 ou 1%%,30 sur la tige, et est réduite à moitié sur les rameaux ; sur ceux-ci elles sont plus ou moins imbriquées. Feuilles postérieures étalées-dressées, ovales-lan- céolées, aiguës au sommet, finement denticulées, surtout le long du bord supérieur, et beaucoup pius obscurément sur le bord inférieur, nettement inéquilatères, largement arrondies à la base du côté supérieur, munies’ sur le dos d’une carène rectiligne plus ou

-

moins accusée ; sur la tige, elles mesurent environ 1%%,5 de longueur sur 1% à 4,25

ZEILLER. FOUGÈRES DE LA PÉNINSULE MALAISE. 19

de largeur, et sur les rameaux 0"",75 à 1°" de longueur sur 0"",60 à ("",75 de largeur.

Épis de 4"* à 5% de longueur, aplatis, à bractées dimorphes, résupinés. Brac- tées de la face antérieure étalées-dressées, imbriquées, d’un vert foncé, présentant à l'œil un contour ovale-lancéolé, à sommet oblusément aigu, inéquilatère, de 1"" de longueur sur 0"",5 à 0"*,6 de largeur, à bord supérieur finement denticulé, à bord inférieur entier. En réalité elles sont pliées en deux, et le contour inférieur apparent est formé par la carène très aiguë correspondant à ce pli; la moitié repliée en dessous est également finement denticulée sur le bord supérieur. Bractées de la face postérieure dressées, imbriquées, d’un vert plus pâle, ovales-lancéolées, de 0,75 de longueur, sur 0%»,5 à 0,6 de largeur, terminées au sommet en pointe très aiguë, denticulées sur les bords, symétriques, convexes et nettement carénées sur le dos.

Macrosporanges orbiculaires-réniformes, de 0"",5 à 0"%,6 de diamètre, placés au nombre de { à 8 à la partie inférieure des épis, de couleur jaunâtre. Macrospores sphé- roïdales, légèrement déprimées, de 1/3 de millimètre de diamètre, bombées d'un côté, pyramidales de l'autre, à trois arêtes légèrement saillantes, de couleur blanche, à sur- face hérissée de pointes très fines Microsporanges à peine plus petits que les macro- sporanges. Microspores d’un rouge jaunâtre (couleur de bichromate de potasse).

Gounong Riam et Gounong Krbou, au milieu des Mousses. Cette espèce appartient au sous-genre Heterostachys de M. Baker, et, dans ce sous- genre, au groupe 4 des Suberosæ (1). Elle vient se ranger, dans a elasst- fication de Spring, parmi les Platystachyæ, dans le groupe du $. chryso- caulos, et ressemble beaucoup, d’après les indications de M. Baker, qui a bien voulu l’examiner, au S. glauca Spring; mais elle en diffère par ses bractées beaucoup plus nettement dimorphes, comme par la forme plus aiguë de ses grandes feuilles. J'ajouterai que, d’après Spring, le S. glauca a les macrospores rougetres, tandis que la présente espèce les a

tout à fait blanches.

Il ressort de l'énumération qui précède que, sur 4 espèces de Fougères récoltées par M. de Morgan, 3 sont lout à fait nouvelles et 17 n'avaient pas encore été observées dans la péninsule Malaise, Il est à noter que, comine on devait s’y attendre, c’est surtout de la région montagneuse que proviennent ces espèces, nouvelles soit par elles-mêmes, soit pour la région. En effet, sur 10 espèces recueillies autour de Klian Kindin el d’Ipoh, une seule n’était pas connue dans la péninsule, l'Aspidium membranaceum, signalé à Ceylan, à Java et aux Philippines. La propor- tion est beaucoup plus forte pour les espèces, au nombre de 44, recueil- lies au voisinage des sommets ou dans les ravins qui les séparent. Sur ce chiffre, 19, c’est-à-dire plus des deux cinquièmes, se sont trouvées nou- velles pour le pays, dont 3 non encore décrites, el 16, c'est-à-dire plus d’un tiers, observées seulement dans d'autres localités. De ces 16 espèces,

(1) Baker, A Synopsis of the genus Selaginella (Trimen's Journal of Botany, t. XXI 1883, p. 5).

80 SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1889.

deux étaient signalées tout près de la péninsule Malaise, le Davallia Emersoni à Poulo-Pinang et l'Asplenium elongatum à Poulo-Pinang et à Singapour. Les autres se trouvent pour la plupart dans les îles de la Sonde, à Sumatra, Java ou Bornéo; 3 seulement n'étaient connues que de régions plus lointaines, les Asplenium normale et drepanophyllum, indiqués seulement dans l’Inde, et le Polypodium khasyanum dans l'Himalaya.

M. Duval, vice-secrétaire, donne lecture de la communication suivante :

SUR LES PHÉNOMÈNES DE SOUDURE DES COUCHES LIGNEUSES QUI SE RENCONTRENT DANS LEUR ACCROISSEMENT EN SENS INVERSE, par M. E. GUINIER.

Dans une communication insérée au Bulletin, séance du 11 juillet 1884, et relative à une anomalie des branches du Pin maritime, M. Van Tieghem constate la soudure, avec résorption de l'écorce, du corps ligneux appartenant à deux moitiés de branches, dont les surfaces de section se sont cicatrisées et recouvertes d’accroissements ligneux.

M. Bonnier à cité à ce sujet l'exemple d'un Chèvrefeuille enroulé autour d'un Peuplier, la plante grimpante étant devenue tout à faitinterne, et la couche génératrice du Peuplier s'étant refermée autour d’elle,

J'ai figuré dans la planche T, fig. 1 (réduction au 1/3), la coupe longi- tudinale passant par la moelle d’un tronçon d’une tige d’Aune recueillie dans la forêt de Prayols (Ariège), tige qui présente ce même phénomène. L'un des bourrelets À de cette coupe longitudinale est dessiné en gran- deur naturelle dans la figure 2, l'on voit la disposition des couches ligneuses qui entourent la tige du Chèvrefeuille.

Il s’est constitué d’abord, au-dessus et au-dessous de la ligne spirale suivant laquelle la plante grimpante a exercé sa constriction sur la tige d'Aune, des bourrelets ligneux qui ont grossi, en se recouvrant d’accrois- sements successifs, marchant pour ainsi dire à la rencontre les uns des autres. Quand ces accroissements sont arrivés à se toucher, l'écorce a disparu sur le plan de contact, et le sinus très aigu compris entre les bourrelets s’est comblé à laide d’une formation figneuse sans solution de continuité en ce point; mais il est resté au milieu du corps ligneux de l’Aune uu Jambeau d’écorce isolé, qui contourne d’abord la tige du Chèvre- feuille, et revêt ensuite les parois d’une fente placée entre les lèvres des bourrelets primitivement formés, fente qui disparaît en s’amincissant dans l'intérieur de la couche ligneuse, qui la première s’est refermée par la soudure de ses deux parties.

GUINIER. SOUDURES DES COUCHES LIGNEUSES. 81

Ce phénomène n'est pas différent de celui qu’on observe toutes les fois que, par une lésion profonde de l'écorce, par l’ablation d’une branche rez-tronc, etc., il y a eu solution de continuité de la zone génératrice, puis cicatrisation de la plaie par les accroissements ligneux successifs, et finalement soudure des parties en contact de la couche ligneuse qui est venue oblitérer complètementla cicatrice.

C’est encore un phénomène semblable qu’on observe quand deux tiges, très voisines et s’élevant sur la même souche dans une direction presque parallèle, se soudent en un seul tronc par suite des progrès de leur crois- sance. Ce fait est très fréquent, mais il n’est pas apparent à l’extérieur : le débit des troncs le révèle, et l’on voit alors, sur la section perpendiculaire à l'axe, deux séries de couches concentriques formant un 8, séries dont l'ensemble est recouvert de couches ligneuses non discontinues eltendant à revenir à la forme circulaire dès qu’elles ont comblé les angles rentrants du 8. Ordinairement il reste, au point de tangence des deux boucles du 8, un lambcau d’écorce plus ou moins étendu, isolé et comme noyé au milieu de la masse ligneuse.

Voici comment on peut concevoir ces phénomènes de soudure :

Lorsque les bourrelets appartenant à une même couche ligneuse en voie de formation se rencontrent, il se produit, par la pression réciproque qu'ils exercent l’un sur l’autre, un amincissement des écorces. Cet amin- cissement s’observe très bien quand un bourrelet pareil vient buter contre un obstacle résistant, par exemple le chicot d’une branche sèche, ou bien, dans le cas suivant très remarquable : Une souche de Sapin, exploitée depuis un assez grand nombre d'années, et creuse à l’intérieur, avait continué à vivre et àse recouvrir d’accroissements ligneux (Gæppert); les bourrelets ligneux formés sur le bord extérieur, après avoir recouvert R surface de la troncature, s'étendaient à l'intérieur, et donnaient sur la Surface cylindrique intérieure des épanchements de matière ligneuse atténués par le bas en forme de lune, lesquels étaient séparés de la surface inerte du bois de la souche par une pellicule d’écorce excessivement mince. À la faveur de cet amincissement, l'écorce est pénétrée par le tissu ligneux, rejetée à droite et à gauche, et dès lors l’accroissement ligneux en voie de formation ferme la fente qui sépare les bourrelets, et isole pour toujours l'écorce qui tapisseles parois de cette fente.

Pour que les choses pussent se passer autrement, il faudrait que l'accroissement du corps ligneux füt arrêté par les écorces en contact, el que, cessant de s'effectuer suivant ce plan de contact, il se continuât seu- lement sur lesdeux lèvres de la fissure, qui marquerait la limite de ces deux écorces, comme si cette limite était rendue infranchissable par une lame métallique mince qu'on supposerait fixée entre les bourrelets pri- mitifs.

T. XXXIL (SÉANCES) 6

82 SÉANCE DU 21 FÉVRIER 18859.

Mais le tissu de l'écorce jeune des bourrelets est toujours plus ou moins mou ; dès que cette écorce est soustraite au contact de l'air, il ne s’y forme probablement plus de tissus secs, liège ou péridèrme. Il faut remarquer aussi que, dans les conditions normales, l'écorce s’accroit dans le sens tangentiel plus que dans le sens de l’épasseur; la compression, opposant un obstacle à l'accroissement dans le sens de l’épaisseur, facilite encore l'écartement des éléments, fussent-ils doués d’une certaine résistance (liber). On comprend ainsi jusqu’à un certain point que les tissus les plus extérieurs de l’écorce disparaissent les premiers. Étant donnée d’ailleurs la force d'expansion propre au tissu ligneux en formation, la pénétration de l’écorce par ce tissu n’est plus difficile à concevoir.

Quand deux corps ligneux, munis d’une écorce dure, épaisse et dont une partie notable n’est plus vivante, viennent à se rencontrer, comme dans le cas de la soudure de deux troncs, cette double écorce forme un plan de séparation impénétrable à toute formation ligneuse ; seulement il se développe de part et d’autre de ce plan des bourrelets qui, eux, pour- ront se souder comme nous l’avons vu plus haut.

Dans les branches anormales de Pin maritime, la rencontre des corps ligneux se fait de la même manière, mais ces corps ligneux ne sont recou- verts que de l'écorce tendre et à tissus vivants qui est celle des jeunes branches de cette essence. Cette double écorce est donc susceptible de s’'amincir et de se laisser pénétrer par le tissu ligneux en formation, de manière à disparaître complètement à l’étranglement du 8 formé par les corps ligneux au moment de Jeur rencontre, et sans qu’il reste aucun lambeau d’écorce enclavé.

La question de la soudure des couches ligneuses en voie de formation a été étudiée, mais succinctement, par Duhamel du Monceau (Physique des arbres, t. 1T, Viv. 1v, p. 83 à 84), qui signale des résultats analogues.

Il est à remarquer que, dans une expérience ayant pour but de provo- quer, s’il était possible, l’union des deux écorces de deux jeunes Chènes assujettis lun contre l’autre, Duhamel reconnut qu'il y avait entre les deux morceaux de bois deux couches d’écorce brune non adhérente, mais que ces écorces étaient traversées par de « petites veines herbacées » qui commençaient à former une légère union ». Ce phénomène, s’il était vérifié, appellerait une étude anatomique dont Duhamel ne s’est pas préoccupé.

M. Leclerc du Sablon fait observer, à propos de la communica- ion de M. Guinier, qu'il a observé plusieurs cas comparables à ceux signalés par notre confrère. En faisant l’anatomie de l’arbre qui sert de support à la plante grimpante au moment les cou-

COSTANTIN. ÉPIDERME DES VÉGÉTAUX AQUATIQUES. 83

ches génératrices des deux bourrelets vont arriver au contact l’une de l'autre, on peut observer quelques modifications dans le produit de leur activité. Sur un Tremble, par exemple, le bois notamment se trouve modifié ; il est plus mince que le bois ordinaire, et contient des îlots de fibres comparables aux fibres libériennes. On observe aussi quelquefois une production de suber particu- lier. On peut remarquer de plus que la tige grimpante modifie, par la présence qu’elle exerce sur le support, la direction des vaisseaux du bois dans ce dernier. En effet, les vaisseaux qui se forment lorsque cette pression est déjà assez forte ne sont plus ver- ticaux ; ils longent la face inférieure de la tige grimpante, en sorte que la sève peut monter par ce chemin spiralé jusqu’à la partie supérieure de l’axe, sans jamais passer sous la plante grimpante.

M. Costantin fait à la Société la communication suivante :

OBSERVATIONS CRITIQUES SUR L'ÉPIDERME DES FEUILLES DES VÉGÉTAUX AQUATIQUES, par M. J. COSTANTIN.

L’épiderme est une membrane dont l’étude a été souvent entreprise; cependant bien peu d’uniformité s’observe dans l’ensemble des résultats obtenus, bien des questions sont encore à résoudre. L’épiderme manque- til dans les plantes submergées? Le milieu a-t-il une influence sur sa structure? Je vais essayer d'aborder ces deux questions en groupant Îles faits établis par divers botanistes, et en m’efforçant de les subordonner d'après leur importance.

L Présence ou absence d’épiderme.—Selon Brongniart et de Jussieu, l'épiderme manque dans les feuilles submergées. Ces deux botanistes pensaient ainsi parce que, dans ce cas, les deux caractères de l’épiderme des feuilles aériennes ne s’observent plus : la présence des stomates et l'absence de chlorophylle.

Ces deux caractères peuvent-ils servir à définir l’épiderme ? C'est ce que je veux examiner d’abord. |

1 La chlorophylle peut-elle exister dans les cellules de l'épiderme ? C’est un fait établi depuis longtemps que la matière verte peut exister dans les cellules épidermiques en même temps que les stomates chez un certain nombre de plantes aquatiques (1). Mais, mème pour les feuilles atiques (Alisma Plantago,

de la t. HE,

(1) Chatin, Anatomie comparée des végétaux: Plantes aqu 1 A. rantinculoides Damasonium vulgare, ete.). Ghatin, Note sur race Matière verte dans l'épiderme des feuilles aquatiques (Bull. Soc. bot. de France, P. 675) (Hippuris, vulgaris Peplis Portula, Trapa natans, etc.).

84 SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1885.

acriennes, on sait aujourd’hui que la présence de la matière verte s’ob- serve très ordinairement dansles cellules externes des feuilles: c’est ainsi que M. Stoehr a constaté que sur 102 Dicotylédones, 94 présentent de la chlorophylle (1). Done, puisque la chlorophylle peut exister en même temps dans les cellules non stomatiques et dans les stomates, et. que la matière verte se rencontre très souvent dans les feuilles aériennes, on ne peut pas tenir compte de la présence ou de l’absence de chloro- phylle pour dire qu’il y a ou qu'il n’y a pas d’épiderme. L’existence de ce pigment en grande abondance dans l’assise externe des feuilles sub- mergées tient à l’action du milieu. L’anatomie comparée des végétaux aqualiques parait amener à ce résultat, que l'expérience confirme d’après M. Askenasy (2) et M. Lewakoffski (3).

2 Le caractère tiré de la présence des stomates est-il meilleur que le précédent? Cela pourrait ètre, si une même feuille ne présentait aucune variation dans la répartition des stomates. En est-il ainsi? Si lon démontre qu’une face d’une feuille peut présenter ou non des stomates quand le milieu varie, l’absence des stomates ne permettra pas de con- clure à l'absence d’épiderme. Je vais examiner si l’on connaît des exem- ples de telles variations.

Il. Jiépartition des stomates sur les feuilles nageantes et submer- gées. Afin de déterminer l'influence du milieu sur la répartition des stomates, trois méthodes ont été employées, l'observation isolée, l’étude du développement, et l'expérience. Ces trois méthodes, dont la valeur est très différente, ont guidé les botanistes qui se sont occupés de la question actuelle. L'observation simple ne donne pas l’état final, le développement est plus instructif, mais l’expérience seule est probante. Examinons et discutons les résultats obtenus par ces méthodes différentes.

Observations isolées. Les feuilles submergées n’ont pas de stomates, c'est en parliculier ce que Brongniart a constaté chez le Potamogeton lucens (4). Les deux faces des feuilles nageantes ont une organisation différente en rapport avec les deux milieux aérien et aquatique : « C’est le milieu, dit A. de Jussieu (5), vit la plante qui détermine la présence ou l'absence d'épiderme; cela est tellement vrai, que, dans les feuilles qui nagent à plat sur l’eau, la face supérieure qui se trouve en rapport avec

(1) Stoehr, Sitzungsberichte der Wiener Akademie, 1819, LXXIX, p. 17.

(2) M. Askenasy à constaté, en submergeant une feuille aérienne de Ranunculus aqualilis, que l'action du nouveau milieu se manifeste immédiatement par l'apparition de matière verte en grande abondance dans l’épiderme. (Bot. Zeit. 1870, p. 192.)

(3) Influence du milieu sur la forme des plantes (Mém. de l’Acad. de Kazan, 1873, 6). L'effet de l'action de l’eau sur le Æubus fruticosus est d’accumuler la chlorophylle dans les parties périphériques.

(4) Annales sc. nat. série, 189), & XXL.

(5) Cours élémentaire de botanique, p. 43.

COSTANTIN. ÉPIDERME DES VÉGÉTAUX AQUATIQUES. DH]

l'air est garnie de stomates; la face inférieure n’en a pas. » Ge résultat peut se comprendre quand on se rappelle que les stomates servent à mettre le parenchyme foliaire en rapport avec l'air atmosphérique, et jouent un rôle si important dans la transpiration.

Les lois précédentes ne sont pas aussi générales qu’on pourrait le croire d'après les énoncés précédents. On a trouvé des stomates à la face infé- rieure des feuilles nageantes, on en a observé sur les feuilles submergécs. M. Duchartre (1) a le premier signalé l'existence de stomates à la face inférieure des feuilles nageantes du Limnocharis Ilumboldtii et de l'Hydrocharis Morsus-rane.

Depuis cette observation, les exceptions se sont multipliées. M. Boro- din (2) a trouvé chez le Callitriche autumnalis un groupe de stomates au sommet des jeunes feuilles, bien que la plante vive sabmergée; chez le Callitriche verna, ce groupe est remplacé par un stomate largement ouvert, Le même auteur cite également l’existence d’un stomate à l’extré- mité de la nervure médiane de l’Hippuris vulgaris. D'autres observateurs ont faitles mêmes constatations : M. Askenasy (3) sur les feuilles cotylédo- paires du Ranunculus aquatilis, M. Braun (4) sur les feuilles primor- diales submergées des Marsilia, etc. Enfin j'ai observé également la présence de stomates sur les feuilles submergées des Villarsia ovata et Pontederia cordata croissant dans le bassin du Jardin botanique de Bordeaux.

Les stomates peuvent donc exister sur les feuilles aquatiques. Cette observation permet-elle de conclure que le milieu n'empêche pas la for- mation des stomates ? C’est l'opinion qui a été formulée autrefois d'une manière nette par M. Weiss (5).

Cet auteur, après avoir constaté l’extrème diversité qui se rencontre à l'égard de la répartition des stomates dans une même famille, dans un même genre, termine en disant que le milieu, la terre, l'air et l'eau, lobseurité et la lumière, n’ont aucune influence sur les stomates. Mais l'auteur ne donne pas la preuve des résultats qu'il avance. Devant une affirmation aussi catégorique, voyons ce que le développement et l'expé- rience nous apprennent.

Développement. L'observation isolée conduit à des contradictions que l'étude du développement servira peut-être à lever. Voici plusieurs faits qui permettront probablement de comprendre quelques-unes des anomalies enregistrées par les observateurs.

(1). Buli. Soc. bot. de France, t. I, p. 675. un

(2) Ueber den Bau der Blattspilze emiger Wasserpflanien (Bot. Ze. 1870, n 52). M. Reinhardt a constaté un fait analogue chez le Callitriche hamulata (Bot. Jahres- bericht, 1879, p. 30).

(3) Bot. Zeitung, 1870, p. 192. . u

(4) Monatsberichte der k. preuss. Akad. der Wiss. zu Berlin, 1870, p. 669.

(5) Pringsheim's Jahrb. für wiss. Bot. t. IV, p. 189.

86 SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1885.

4 Le Sagittaria sagittifolia présente trois sortes de feuilles : les feuilles submergées rubanées, les feuilles nageantes en cœur, et les feuilles aériennes en flèche (1). On sait depuis longtemps que les pre- mières n’ont pas de stomates sur les deux faces, tandis que les troisièmes en ont au contraire des deux côtés (2). Les feuilles nageantes sont très intéressantes, et ont été étudiées il y a quelques années par M. Rein- hardt (3). Les premières feuilles nageantes qui apparaissent n’ont pas de stomates à la face inférieure. Entre ces premières feuilles et les feuilles véritablement aériennes, il y a une série de transitions, non seulement par la forme, mais par la structure; les feuilles nageantes suivantes ont un petit nombre de stomates à la face inférieure, et moins que précédemment à la face supérieure : ceci s'accorde peut-être avec une tendance à se soulever au-dessus de la surface de l’eau.

% Un second fait est également établi dans le mémoire du précédent auteur (4), c’est que le développement des stomates dans les feuilles de l’'Hydrocharis Morsus-ranæ commence dans le bourgeon hibernal. Ces organes de transpiration sont déjà formés, le bourgeon étant encore com- plètement clos. Les stomates que l’on observe dans une feuille non encore arrivée à l’air peuvent donc souvent se former avant que la feuille soit au contact de l’eau.

J'ai constaté un fait analogue en étudiant la face supérieure du Limno- charis IHumboldtii. La feuille était encore complètement convolutée, que l’'épiderme supérieur était couvert de stomates qui ne s’étaient pas formés au contact de l’eau (5).

En somme, le développement montre que la question est complexe, et que, sile milieu peut avoir une influence, d’autres causes peuvent agir pour déterminer l'apparition des stomates. En effet, ces petits appareils peuvent exister sur une feuille aquatique parce qu’ils se sont formés dans le bourgeon.

L'étude du développement conduit donc à rejeter les résultats dus à des observations simples. Cette seconde méthode n’est d’ailleurs pas plus décisive que la première, quant à ce qui regarde l’influence du milieu. Cette influence ne peut être établie que par l'expérience.

(1) Reinsch, Ueber die dreierlei Arten der Blätter der Sagittaria sagittifolia L. (Flora, 1860, 47, p. 740).

(2) Chatin, Analomie comparée des végétaux : Plantes aquatiques. Reinsch, Loc. cit.

(2) Quelques notes sur le développement des stomates chez les plantes, en russe Charkow, 1879 (voy. Bot. Jahresbericht, 1875, p. 31).

(4) Reinhardt, loc. cit.

(o) Les feuilles submergées et les feuilles nageantes jeunes du Limnocharis ne pos- sèdent pas de stomates sur la presque totalité de leur face inférieure, sauf sur une suce extrèmement réduite (1 ou 2 millimètres carrés), à l'extrémité de la nervure mediane,

COSTANTIN. ÉPIDERME DES VÉGÉTAUX AQUATIQUES. 87

Expériences. La première expérience à citer est très nette, et en contradiction formelle avec l'affirmation de M. Weiss; elle est déjà ancienne et due à M. Hildebrand (1). Cet auteur a eu l’occasion d'étudier un Marsilia quadrifolia qui avait été submergé. Ce pied possède des feuilles nageantes n’ayant de stomates qu’à leur face supérieure ; les pieds terrestres voisins ont des feuilles aériennes qui ont des stomates sur les deux faces. Le même botaniste a pu faire les mêmes constatations avec le Marsilia pubescens et le Polygonum amphibium. Chez cette dernière espèce, les changements sont frappants. Un pied de Polygonum amphibium lat trouvé par M. Hildebrand loin d’un endroit aquatique; il était vraisemblablement adapté à la vie aérienne depuis longtemps. Il fut transporté dans l’eau ; les feuilles aériennes (qui avaient plus de stomates à leur face inférieure qu’à leur face supérieure) moururent, et il appa- rut des feuilles nageantes. Il est donc très curieux de voir, dans ces trois exemples, que les feuilles se modifient complètement par suite de leur séjour dans l’eau : dans les unes, il y a des stomates sur les deux faces et même plus à la face inférieure (Polygonum amphibium), comme dans [es feuilles aériennes ; dans les autres, il n’y en a qu’à la face supé- rieure, comme dans les feuilles nageantes de Nymphæa.

Un second expérimentateur, M. Askenasy (2), conclut également dans le même sens. Il a fait germer sur la terre humide et dans l’eau des Ranunculus aquatilis, il a trouvé des stomates sur la forme terrestre seulement. M. Askenasy a également fait une expérience très instruc- tive, [la submergé un de ces pieds qui avait commencé à se déve- lopper à l'air. Les anciennes feuilles pourrissent, il s’en produit de nouvelles qui prennent peu à peu l'aspect extérieur des feuilles aquati- ques; les premières feuilles rappellent encore un peu les feuilles terres- tres, non seulement par leur aspect, mais par la présence des stomates, cependant les cellules se remplissent de chlorophylle. Bientôt le nombre des stomates diminue, et la base des laciniures n’a plus de stomates quand l’extrémité en a encore.

Enfin M. Lewakoffski (3), chez un Rubus qu'il a submergé, et tout récemment M. Schenck, en étudiant un pied de Cardamine prutensis développé sous l’eau, ont trouvé que les stomates existaient sur les deux faces des feuilles aquatiques, mais en plus grande abondance à la face supérieure, tandis que l'inverse a lieu sur les feuilles aériennes.

Conclusions. I] résulte des faits précédents que :

a. Le nombre des slomates peut varier dans une même plante pour.

(1) Bot. Zeit. 1870. (2) Loc. cit.

(3) Influence du milieu sur la forme des plantes (Mém. de l'Acad. de Kazan, 1873, 6).

83 SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1885.

les feuilles identiques. Ce résultat ressort nettement des expériences de M. Hildebrand, etc.

b. L'absence de chlorophylle et la présence de stomates ne peuvent servir à définir l'épiderme. C'est la conséquence du résultat précédent. M. Sicard était arrivé à ce résultat, mais pour d’autres raisons.

c. Le milieu aquatique a une influence sur la formation des stomates. Les expériences qui permettent d'arriver à ce résultat sont trop peu nombreuses pour qu'on ait le droit de généraliser. Il est indispensable de les répéter et de les multiplier, pour pouvoir justifier d’une manière bien décisive ce dernier énoncé.

A la suite de la communication précédente, M. Mer fait les obser- vations suivantes :

Je rappelle à la Société qu'il résulte des nombreuses recherches que j'ai entreprises sur la question, et dont une partie a été publiée dans le Bulletin (1), que lhérédité exerce une influence prépondérante sur l'apparition des stomates, et qu’il y a souvent antagonisme entre cette influence et celle du milieu. J’ai fait connaître de nombreux cas qui témoi- gnent de cet antagonisme. Il suffira d’en rappeler quelques-uns : persis- tance des stomates sur les feuilles et les inflorescences de Subularia aquatica, dans les stations cette plante est toujours submergée ; sur les feuilles de Potamogeton r'ufescens insérées à la partie supérieure de la tige, lors même qu’elles se tiennent à une assez grande distance au- dessous de la surface de l’eau ; sur les feuilles nageantes de Nuphar pu- milum, qui ont parfois à traverser une couche d’eau d’une épaisseur de plusieurs mètres, avant d'arriver à l'air, etc.

Réciproquement, il existe des plantes qui, pendant les grandes séche- resses, se trouvant parfois émergées, développent des feuilles aériennes sur lesquelles on n’aperçoit jamais trace de stomates (Jsoetes lacus- tris). I'est probable que, si leur émersion était plus fréquente qu'elle ne l’est, les feuilles qui naissent hors de l’eau acquerraient une constitu- tion plus aérienne et se garniraient peu à peu de stomates. C’est ce qui arrive pour la Littorelle, sur les feuilles aériennes de laquelle ces organes s’observent en assez grand nombre, principalement dans le voisinage de la pointe.

La présence des stomates à l'extrémité des feuilles immergées dans un grand nombre d'espèces (Ranunculus aquatilis, Myriophyllum alter- niflorum, etc.), de même que dans celles qui vivent immergées par la

(4) Bull. Soc. bot. de France, t. XXVIT, p. 50, 194; t. XXVIIL, p. 87; t. XXIX, p. 81. Comptes rendus Acad. des sc. t. LXE, p. 375; t. XCIV,p. 175; t. XCY p. 395. Associal. franç. Paris, 1878, p. 715; Alger, 1881, p. 642. !

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bâse, la partie supérieure à l’air (Typha, Carex ampullacea, ete.), est une preuve à invoquer en faveur de l'influence de l’hérédité.

L'observation montre que, lorsqu'une plante peut vivre à l’air et sous l'eau, elle acquiert tout de suite, quand elle se développe dans l’un ou l’autre de ces milieux, et cela en vertu de l'hérédité, les caractères propres à chacun d'eux. Les feuilles de Callitriche qui se trouvent tour à tour submergées et émergées, suivant les variations de niveau, en présentent un remarquable exemple sur lequel j’ai insisté à plusieurs reprises. Hilde- brand, dont M. Costantin vient de parler, cite de son côté, à l'appui de la même thèse, les Marsilia quadrifolia, Sagittaria sagittifolia et Poly- gonum amphibium.

Pendant longtemps a régné l’idée que les stomates sont complètement sous la dépendance du milieu, disparaissant ou apparaissant dès que celui-ci devient aquatique ou aérien. Les partisans des causes finales, voyant dans les stomates des organes destinés spécialement à la transpi- ration, trouvaient lout naturel d'admettre leur absence dès que leur fonc- tion devient inutile. Cette opinion était fondée sur des observations incomplètes ou inexactes. Il a été reconnu depuis que les stomales sont bien plus fréquents sur les feuilles aquatiques qu’on ne le croyait, qu’ils Sy perpétuent sans déformation apparente, et sans que leur présence nuise au fonctionnement de la plante, de même qu’ils peuvent faire défaut sur certaines feuilles aériennes, sans que ces dernières paraissent en souffrir.

Des remarques précédentes, il ne faudrait cependant pas conelure que le milieu n’exerce aucune influence sur l'apparition des stomates. Bien que beaucoup de recherches restent à faire dans cette direction, on pos- sède un certain nombre de faits qui permettent d’entrevoir que la présence des stomates ne résulte pas uniquement du besoin qu’éprouve la feuille de transpirer à l'air, On est parvenu, dans quelques circonstances, à en faire naître sur des organes immergés qui d'ordinaire en sont dépour- vus (feuilles linéaires de Potamogeton natans), bien à en augmenter la quantité en faisant varier les conditions d'éclairage et d'humidité. C’est ainsi que le nombre des stomates se réduit de plus en plus, à mesure que les formes deviennent plus étiolées. Dans les conditions naturelles, plu- sieurs faits semblables ont été signalés. La feuille insolée de Charme possède à la face inférieure plus de stomates que la feuille ombragée. Dans les feuilles de Lilas commun, les stomates de la face supérieure sont plus nombreux au soleil. Il en est de même pour la face inférieure des feuilles de Seringat. Enfin, dans le Lilas Varin, les feuilles situées à l'extérieur d'un massif possédaient des stomates à la face supérieure, tandis qu'on n'en rencontrait pas sur cette face dans les feuilles situées à l'intérieur de ce même massif.

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L'observation a montré que, dans certaines espèces, l’apparition des stomates est favorisée par la présence des galles (Vitis vinifera, Ribes nigrum, Populus fastigiata, divers Saliæ, etc.).

Tous ces faits établissent une relation évidente entre la nutrition et l'apparition des stomates, relation qui précédemment avait déjà été établie pour les poils radicaux et caulinaires. [l'est à remarquer, du reste, que les conditions qui favorisent le développement des poils favorisent aussi celui des stomates. Aussi peut-on dire d’une manière générale que l’apparition de ces deux sortes d'organes est due à la présence d’un dépôt de matières nutritives, dépôt qui provient souvent d’un ralentisse- ment dans la croissance des tissus.

M. Costantin répond en ces termes :

Je ferai d'abord remarquer que j'ai cité des faits analogues à celui qu'offre le Subularia. M. Mer dit ensuite que les feuilles de Littorella, à l’air, se garnissent peu à peu de stomates; ce fait n'est-il pas en rapport avec l'influence du milieu ?

Quant à la présence des stomates à l'extrémité des feuilles que M. Mer attribue à l’hérédité, il est à observer que le même auteur a autrefois regardé leur présence comme due à une autre cause. En effet, il a attribué leur formation à la nutrition (Bull. de la Soc. bot. de France, t. XXX, p. 121).

Relativement aux plantes amphibies, le fait que signale M. Mer de la multiplication des stomates sur les pieds aériens plaide en faveur de l'influence du milieu. [l importe peu de savoir si c’est une force hérédi- taire qui renait; le point en question est qu’elle renaît quand la plante est plongée dans l’eau. D'ailleurs le fait précédent, relatif aux Calli- triche, a déjà été signalé par M. Reinhardt en 1879, chez le Callitriche hamulata.

La question de Ja piqûre des galles, quoique intéressante, n'ayant qu'un rapport éloigné avec le sujet, je ne m’en occuperai pas ; je crois devoir également réserver le point relatif à la nutrition pour des recher- ches ultérieures, quand la matière sera müre pour la science.

En somme, il est important de retenir actuellement que je ne me suis posé qu'une question à examiner : étant donnés deux pieds d’une même plante, le premier à l'air, le second dans l’eau, y a-t-il plus de stomates sur l’un que sur l'autre? M. Mer ne s’est pas posé nettement cette ques- tion et ne